Par Dessy Damianova


A notre époque de grands bouleversements dans le monde du travail - des transformations causées par le numérique, mais pas seulement – on observe, entre autres, une plus grande mobilité professionnelle et socio- professionnelle des employés. Il est définitivement révolu le temps où l'écrasante majorité des salariés restaient fidèles à un seul emploi tout au long de leur vie active. Aujourd'hui, à part la mobilité interne (délocalisations, nouvelles affectations dans le cadre d'une même entreprise), les cas de mobilité externe liée à un changement de métier, de domaine d'activité et même de pays, sont de plus en plus fréquents.

Que le départ soit volontaire ou non (très souvent, malheureusement, il est causé par un licenciement), il représente un moment assez délicat dans la carrière de l'employé. Celui qui quitte est toujours tenté de régler ses comptes avec des supérieurs et des collègues dont l'attitude n'avait pas toujours été la plus sympa ou la plus correcte. Si l'on quitte un poste pour en intégrer ailleurs un autre, plus avantageux, ce qui est le plus souvent un signe certain de croissance professionnelle, on a le choix entre l'option de partir dans un esprit de pardon et de bienveillance et la tentation de céder aux « sirènes » de la revanche. Celles-ci poussent, au moment de l'exit triomphal, à dire « les quatre vérités » aux collègues malveillants et aux supérieurs autoritaires. Le sentiment de réussite, l'impression de voir la vie nous sourire doit normalement nous incliner à davantage d'indulgence et de magnanimité mais une telle attitude est loin d'être universellement adoptée par les démissionnaires.

Très souvent, la rancune, l'amertume et le ressentiment trop longtemps contenus et réprimés explosent lors des adieux et le départ se transforme en un moment désagréable pour tous – pour les destinataires des « quatre vérités » mais aussi pour la personne qui les émet. Bien évidemment, la tentation des « quatre vérités » est encore plus grande quand le départ n'est pas volontaire mais forcé : un licenciement ou une contrainte de démissionner peuvent déclencher de la part de l'employé souvent psychologiquement excédé, une avalanche de critiques et d'accusations. Mais cette manière d'agir n'est pas constructive et risque de nuire à l'avenir professionnel de la personne. Aujourd'hui où les réputations se font et se défont sur Internet et que l'information se transmet rapidement par les réseaux sociaux, il suffirait d'un petit commentaire sur vos velléités revanchardes et sur votre crise de nerfs lors du pot d'adieu pour détourner durablement de vous les regards favorables de futurs employeurs.

Quitter un travail implique aussi tout naturellement la question de la formulation du préavis du départ ainsi que celle de la passation « des pouvoirs». Après avoir donné le préavis et déjà sur le point du départ, l'employé doit penser à tous les détails liés à la transmission du poste. Afin de rester professionnel jusqu'au bout, il est souhaitable d'avoir le réel souci d'une transition pleinement réussie et effectuée en douceur. Pour ce faire, on peut assister à l'entretien d'embauche de son successeur et même demander d'avoir une voix décisive dans sa désignation. Une fois la désignation effectuée, il s'agirait de faciliter l'intégration du nouvel employé dans l'entreprise et sa familiarisation avec ses collègues et principaux interlocuteurs.

Et finalement, quand tout est déjà fait – le successeur désigné, les dossiers bouclés et le bureau vidé de tous les effets – il est avantageux tant pour les démissionnaires volontaires que pour les « remerciés », de faire le bilan de leur parcours dans l'entreprise qu'ils quittent. Une récapitulation générale qui insisterait sur les points positifs de ce parcours - l'évolution sur le plan professionnel, les nouvelles compétences acquises – permettrait de jeter un pont solide entre l'emploi que l'on quitte et celui que l'on va bientôt commencer. Il faut avoir aussi une pensée pour les bienfaits que l'on a reçus de ses collègues ou supérieurs hiérarchiques - rien que pour la confiance accordée par ces derniers au début quand ils vous ont choisis pour ce poste et le temps et les moyens financiers qu'ils ont investis pour vous former, ils méritent la gratitude. Bien évidemment, il est plus aisé d'exprimer sa reconnaissance quand on part dans de bonnes conditions, de son propre gré. Il est de loin plus difficile de remercier ses supérieurs quand on est … « remercié ».

Mais tout laisse à croire que faire un tel effort permettrait au licencié de quitter l'entreprise en de meilleurs termes, sur une note positive, ce qui est toujours à préférer s'il veut garder sa sérénité et rebondir avec succès.

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