CEMAC : malgré les ambitions de diversification des économies, les banques prêtent peu aux secteurs productifs

18 août 2019

(Agence Ecofin) – A la fin du premier trimestre 2019, l’encours des crédits accordés par les banques opérant en zone CEMAC, au profit des entreprises du secteur primaire et secondaire, représentait moins de 7 % du volume total des prêts à l’économie. L’information qui est contenue dans le rapport de politique monétaire de la BEAC, la Banque centrale de cette sous-région, précise que les secteurs des services et des infrastructures publiques ont reçu plus de financement. 

Le document explique que la répartition du financement bancaire à l’économie par branches d’activités à fin mars 2019, fait ressortir une prépondérance des branches « transports, activités des auxiliaires de transports et télécommunications » et « commerce de gros et détail, restauration et hôtel » (18,9 % chacune), suivie de la branche « Bâtiment et travaux publics »(14,0 %). 

Cette situation marque une contradiction avec les volontés publiques affichées par les Etats membres de la CEMAC, de diversifier leurs productions économiques. Une dynamique qui est plus urgente encore, dans le contexte actuel de crise des devises à laquelle ils font face, et qui est principalement le fait d’une pression des importations, alors que les volumes exportés n’évoluent pas significativement. 

Le secteur primaire, rappelons-le, regroupe ceux de l’agriculture et des activités extractives et le secondaire est celui de l’industrialisation et de la transformation. Techniquement les deux ont un potentiel de valeur ajoutée et de création d’emplois solides en déploiement normalement. Le manque de collaboration avec les banques dans le cadre de cette vision de diversification est donc évident. 

Selon des experts de la BEAC qui ont discuté sous anonymat avec l’agence Ecofin, la situation globale des crédits à l’économie est préoccupante. Le volume des prêts bancaires représentait en 2018 moins de 18 % du produit intérieur brut (PIB), contre une moyenne de 40 % en Afrique, selon des indicateurs économiques de la Banque mondiale. Certains experts ne manquent pas de fustiger les orientations de politique monétaire de la BEAC, qui selon eux, vise des« objectifs irréalistes » de stabilité monétaire et maîtrise de l’inflation, en dessous de 3%.

Plusieurs choses ont été faites par la banque centrale en vue de faciliter la liquidité au sein des banques. Une des mesures fortes aura été celle de l’uniformisation des réserves obligatoires qui ont permis à certains groupes bancaires de la région de s’offrir de nouvelles possibilités de financement des économies. 

On note toutefois aussi que l’environnement économique et surtout bancaire s’est détérioré avec l’augmentation des créances en souffrance, dont l’encours atteignait les 1 815 milliards FCFA. Dans le même temps, certaines études de la BEAC ont démontré que 50 % des créations monétaires ont tendance à être utilisés dans le cadre des importations, ce qui accentue la pression sur les réserves de change. 

Les producteurs primaires tout comme les promoteurs de petites et moyennes entreprises de transformation sont donc peut-être les victimes d’une stratégie monétaire où les acteurs ne recherchent que leurs intérêts exclusifs. La BEAC a aménagé, au niveau du marché monétaire, un Guichet de refinancement des crédits à moyen terme lui permettant de refinancer des investissements productifs sur une durée supérieure à 2 ans et inférieure à 7 ans. Mais les informations sur ce service et les modalités pour en bénéficier sont inconnues du grand public.

Idriss Linge

 

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