EY Baromètre des banques 2019: Les signes de l’époque

13 janvier 2019

  • Les banques moins euphoriques que l’an dernier
  • La phase de croissance exceptionnelle du crédit pourrait toucher à sa fin
  • Les taux d’intérêt négatifs pèsent sur les banques – la disposition à répercuter ces coûts s’accroît
  • Les banques veulent se développer – en mettant l’accent sur les activités de placement
  • Les banques veulent de nouveaux assouplissements face à la vague réglementaire – mais les coûts restent élevés
  • La numérisation et le changement structurel touchent tout d’abord les banques de détail
  • Proximité des clients et qualité élevée du conseil pour garantir l’interface clients

Depuis la crise financière de 2007, la politique monétaire des principales banques centrales se caractérise par des mesures plutôt non conventionnelles, comme des taux d’intérêt négatifs et de vastes programmes d’achat d’obligations. Les banques ont en outre été confrontées à une vague de nouvelles réglementations. En plus du net renforcement des dispositions relatives aux fonds propres et aux liquidités, il faut citer également les initiatives de régularisation fiscales, qui ont mené à une transformation en profondeur de la gestion de fortune transfrontalière des banques suisses.

Ces évolutions posent d’énormes défis aux banques. « La politique des taux bas a fait fondre les marges dans les activités de crédit et les produits des intérêts sont restés stables uniquement grâce à une nette progression des activités de crédit. Et dans les opérations de commissions, les banques ont dû gérer des réductions de marges douloureuses », déclare Patrick Schwaller, Managing Partner, Audit Financial Services, chez EY en Suisse.

Cependant, malgré cet environnement de marché exigeant, les banques envisagent l’avenir avec optimisme. Au total, 78 % des établissements interrogés tablent sur une hausse des résultats commerciaux dans les six à douze prochains mois (année précédente : 82 %). Il convient toutefois de noter que les banques suisses sont moins satisfaites de la marche des affaires de l’année écoulée qu’elles ne l’étaient l’année précédente. Et elles ne sont plus que 19 % – soit la valeur la plus basse depuis 2011 – à évaluer de façon tout à fait positive l’évolution des affaires au cours de l’exercice écoulé. « Globalement, on constate que l’euphorie de l’an dernier a disparu et l’on sent une plus grande incertitude », remarque Patrick Schwaller.

Ainsi, les évaluations des banques quant aux perspectives d’avenir des divers domaines d’activité se sont toutes nettement assombries. « Les banques affichent des perspectives d’avenir moins positives que l’an dernier et ce, pour l’ensemble des domaines d’activité », ajoute Olaf Toepfer, responsable Banking & Capital Markets chez EY Suisse. Les secteurs les plus fortement touchés par cette évolution sont l’Investment Banking (moins 26 points de pourcentage) et l’Asset Management (moins 13 points de pourcentage). De surcroît, 63 % des banques interrogées pensent que la création de valeur des banques n’augmentera pas à l’avenir. « La mutation structurelle, la numérisation et l’érosion des marges dans le secteur bancaire, ainsi que les conditions-cadres macroéconomiques exceptionnelles sont autant d’éléments qui font que les banques interrogées sont manifestement convaincues que la création de valeur des banques suisses ne connaîtra pas de sensible progression », explique Olaf Toepfer. 

La phase de croissance exceptionnelle du crédit pourrait toucher à sa fin

Les banques suisses ont massivement augmenté leurs volumes hypothécaires ces dernières années. Ceux-ci ont en effet presque doublé depuis l’année 2000. Mais la dynamique du marché hypothécaire semble marquer fortement le pas. Ainsi, 44 % des banques s’attendent aujourd’hui à suivre, à l’avenir, une politique de crédit plus restrictive pour le financement de construction de logements, ce qui représente une augmentation marquée par rapport à l’année précédente (34 %). En revanche, 55 % des établissements bancaires envisagent de maintenir leur politique d’octroi des crédits de ces dernières années (année précédente : 62 %). Et seule une des banques interrogées table sur une politique plus expansive dans ce domaine.

Pour Patrick Schwaller, cette frilosité accrue des banques n’est guère étonnante. « Après une longue phase d’expansion, le marché hypothécaire affiche à la fois des tendances de saturation et des symptômes de surchauffe dans certaines régions et certains segments. » 

Les taux d’intérêt négatifs pèsent sur les banques – la disposition à répercuter ces coûts s’accroît 

Les banques croulent sous la charge des taux d’intérêt négatifs et, d’année en année, jugent la politique de taux bas de plus en plus négative. Jusqu’à présent, elles ont pu éviter un fléchissement du résultat des opérations d’intérêts grâce à une extension du volume de crédit. Mais le marché hypothécaire montre des tendances à la saturation, si bien que la considérable croissance de ces dernières années ne se poursuivra probablement pas à l’avenir. « Dès lors, le problème de rentabilité des banques menace de s’aggraver à long terme », prévient Patrick Schwaller. Par conséquent, on ne s’étonnera pas que la disposition des banques à supporter à elles seules le fardeau des taux d’intérêt négatifs diminue chaque année. Alors qu’en 2015, encore 70 % des banques interrogées avaient catégoriquement exclu de répercuter les taux d’intérêt négatifs, elles ne sont plus que 34 % depuis. Par ailleurs, un tiers des banques interrogées indiquent toujours vouloir abaisser bientôt le seuil à partir duquel elles répercutent les taux d’intérêt négatifs. « Mais dans le segment de la clientèle de détail, de telles mesures restent impensables pour la quasi-totalité des banques et il n’est actuellement guère envisageable de ponctionner les fortunes de clients inférieures à 100 000 CHF par des taux négatifs », tempère Patrick Schwaller. 

Les banques veulent se développer – en mettant l’accent sur les activités de placement

Les banques mettent l’accent stratégique de nouveau davantage sur l’innovation et la croissance. Alors qu’une croissance soutenue a été atteinte ces dernières années, en particulier dans les activités de crédit, la majorité des banques considèrent à présent que ce sont les activités de placement qui comportent le potentiel de croissance le plus important. Reste toutefois à savoir si cette stratégie de diversification produira vraiment les résultats escomptés pour la majorité des banques, « car la somme des ambitions des banques dans le segment des opérations de placement avec des clients suisses est probablement plus élevée que le potentiel de marché effectif », met en garde Olaf Toepfer. 

Les banques veulent de nouveaux assouplissements face à la vague réglementaire 

La FINMA a lancé en juillet de cette année la phase pilote du « régime des petites banques », qui s’accompagne d’allégements concrets au niveau de la réglementation applicable aux petites banques (c.-à-d. les banques appartenant aux catégories de surveillance 4 et 5). Tout juste plus de la moitié des banques (56 %) – en particulier les établissements de petite taille et de taille moyenne – saluent l’assouplissement de la réglementation. « Mais pour nombreuses d’entre elles, les allégements réglementaires ne vont pas encore assez loin et les banques souhaitent un élargissement du régime des petites banques à d’autres catégories de banques ainsi qu’à d’autres domaines de réglementation », précise M. Schwaller.

L’espoir clairement exprimé l’an dernier que les efforts de réglementation et les coûts s’y rattachant aient atteint un pic et qu’intervienne désormais une normalisation avec moins de réglementations et des coûts plus faibles ne s’est toutefois pas encore confirmé. Ainsi, de nouveau cette année, moins d’un tiers des banques interrogées s’attendent à ce que le secteur financier soit moins réglementé à l’avenir. En même temps, 82 % des banques pensent que les coûts de la réglementation resteront élevés et ne baisseront pas durablement.

La numérisation et le changement structurel touchent tout d’abord les banques de détail

Les banques s’accordent sur le fait que ce sont le trafic des paiements (47 %; -8 points), suivi par le conseil en placement (17 %; -3 points) et l’activité de crédit (14 %; +6 points) qui restent le plus fortement concernés par le changement structurel. En outre, il faut souligner également que les banques suisses considèrent avant tout que les places de marché et les plateformes (37 % ; +18 points) ainsi que la blockchain (28 % ; inchangé) constituent la principale menace pour leurs activités. Les banques de détail, en particulier (61 %), se sentent fortement menacées par les places de marché et les plateformes d’échange, ce qui n’a rien d’étonnant car, souvent, plus de 75 % du produit d’exploitation de ces banques provient des opérations d’intérêts. Les actuelles places de marché accroissent la transparence du marché et proposent des crédits à la consommation et des crédits aux entreprises de même que des hypothèques, parfois à des prix plus avantageux que les banques. En outre, ce phénomène assouplit les barrières à l’accès au marché hypothécaire pour les assurances et les caisses de pension. « Les résultats montrent que le changement structurel touchera tout d’abord le Retail Banking », signale ainsi M. Toepfer.

Proximité des clients et qualité élevée du conseil pour garantir l’interface clients

Les banques suisses pensent que la proximité avec les clients (40 %) et une qualité élevée du conseil (27 %) resteront des critères déterminants pour fidéliser la clientèle, à l’avenir également. Et la majorité des banques (environ deux tiers) sont persuadées de pouvoir continuer à défendre l’interface client dans le futur et d’être utiles pour la vie quotidienne des consommateurs. Toutefois, d’autres études, surtout réalisées auprès des clients, montrent qu’en matière de compréhension des besoins de la clientèle, le secteur bancaire accuse un net retard par rapport à d’autres industries. Souvent, il n’est pas très clair quels sont les véritables besoins des clients, ni quels moteurs implicites motivent leurs décisions. « Un traitement et une gestion des clients selon des caractéristiques classiques ne sont probablement plus guère appropriés si on veut disposer d’un modèle d’affaires d’avenir », résume M. Schwaller.

 

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