Par R. P.


  • 82 % des banques suisses prévoient une augmentation des résultats opérationnels
  • Les banques attendent impatiemment la fin de la vague de réglementations
  • Accent de plus en plus renforcé sur l'innovation et la croissance
  • Les intérêts négatifs continuent de peser grandement sur l'activité des banques suisses
  • Les opérations de crédit continuent de gagner en attractivité
  • La digitalisation et la concurrence étrangère à la branche sont prises aux sérieux
  • La cyber-sécurité est le thème du moment

Dix ans se sont écoulés depuis l'éclatement de la crise financière. De nombreuses banques ont depuis disparu du marché, en raison aussi de la politique qui leur a imposé de nombreuses réglementations nouvelles, parfois très invasives. Ces ajustements ont eu des impacts négatifs qui perdurent, tant en termes de rentabilité opérationnelle que de coûts. Il faut ajouter à cela les nouveaux défis auxquels les établissements ont été confrontés, tels les intérêts négatifs, la concurrence étrangère à la branche ou les nombreux changements fondamentaux qu'implique la digitalisation.

En dépit de toutes ces difficultés et des incertitudes générées, les banques suisses envisagent l'avenir proche avec confiance. Selon une étude menée par EY auprès des banques, 82 % (contre 68 % l'an passé) des établissements interrogés s'attendent à une hausse des résultats opérationnels pour l'année à venir – le plus haut pourcentage enregistré depuis plusieurs années[1]. « Au regard des nombreux défis à relever, le résultat de ce sondage peut surprendre, mais il existe aussi de bons arguments justifiant cette confiance », déclare Patrick Schwaller, Managing Partner, Audit Financial Services, chez EY en Suisse. « De nombreuses banques ont fait preuve d'une capacité de résilience élevée au cours des dernières années difficiles et en ont tiré une nouvelle confiance. Une grande majorité des établissements sondés table par ailleurs sur une amélioration des conditions-cadres économiques et réglementaires. »

Réglementation des marchés financiers – objectif atteint ?

Dans le sillage de la crise financière, les régulateurs ont imposé partout dans le monde des contraintes strictes, notamment en matière de capital et de liquidité, mais aussi pour le négoce des dérivés, la protection des investisseurs et la transparence fiscale. Aujourd'hui, les établissements financiers sont clairement d'avis que le programme de réforme réglementaire a porté ses fruits : 87 % des banques sont convaincues que le marché financier est plus stable aujourd'hui qu'avant la crise financière. A savoir également que 37 % (contre 11 % l'an passé) des banques interrogées s'attendent même à une fin de l'inflation des réglementations – le plus haut pourcentage attesté depuis que cette étude est menée. « Reste cependant à savoir si le système financier dans la forme actuelle qu'il revêt sera suffisamment solide pour affronter les défis et crises à venir dont la nature n'est pas encore connue », signale Olaf Toepfer, responsable Banking & Capital Markets chez EY en Suisse.

Accent stratégique sur l'innovation et la croissance

Ces dernières années, les banques ont donc été fortement occupées par la transposition des nouvelles dispositions réglementaires. Leur attention s'est ainsi principalement focalisée sur les coûts générés et sur l'évolution des marges à la baisse.

Désormais, la normalisation des conditions-cadres réglementaires attendue par les banques semble s'accompagner d'un repositionnement général des thèmes prioritaires. Pour cette année, 43 % (contre 27 % l'an passé) des établissements interrogés ont l'intention de centrer à nouveau leur stratégie sur l'innovation et la croissance. La transformation que connaît également le secteur de la finance du fait de la digitalisation rend cette décision d'autant plus cruciale. Parallèlement aux investissements dans de nouveaux canaux de distribution et les nouvelles technologies, les partenariats noués avec des acteurs non bancaires, tels par exemple les FinTech, sont placés davantage au premier plan.

Les banques souffrent des taux d'intérêt négatifs

Immuablement, les banques considèrent les intérêts négatifs comme problématiques – 86 % (pourcentage inchangé par rapport à l'an passé) des banques interrogées estiment que la politique de taux bas de la BNS a des conséquences négatives pour leur établissement. La conséquence la plus fréquemment évoquée en la matière (à 59 %) est l'érosion des marges dans le secteur d'activité bancaire classique. La pression sur les marges étant de plus en plus marquée, la majorité des banques (57 %) n'exclut désormais plus catégoriquement la répercussion des intérêts négatifs à la clientèle privée. Schwaller tempère toutefois en la matière : « Cette évolution ne devrait cependant toujours pas se répercuter en direct sur les clients de détail ».

Selon l'opinion des établissements sondés, le niveau bas des taux d'intérêt en défaveur des banques ne changera pas à court terme. La vaste majorité des banques interrogées (74 %) s'attend à ce que la Banque nationale ne mette fin à sa politique monétaire expansionniste qu'à moyen terme, donc dans un à trois ans. Les banques restent donc en souffrance sur ce point.

Les opérations de crédit continuent de gagner en attractivité

Malgré le contexte de taux négatifs, les opérations de crédit restent intéressantes pour les banques suisses et sont attendues pour gagner en attractivité par rapport aux années précédentes. Seuls 25 % des établissements interrogés ont indiqué vouloir suivre une politique de crédit plus restrictive pour l'année en cours. Il y a quatre ans, ils étaient encore 60 % dans ce cas, une proportion qui a donc continuellement baissé depuis. « Les banques se montrent nettement plus optimistes que les années précédentes. Un avis partagé en particulier pour les financements à crédit des PME. Les PME suisses ont en effet bien encaissé le choc du franc et sont en bonne santé », constate Schwaller.

Les dernières années ont été marquées par une phase de défaillances de crédit d'un niveau inhabituellement faible, ce qui influence indéniablement l'évaluation des banques. Seulement 20 % (contre 30 % l'an passé) des banques prévoient désormais une hausse des correctifs de valeur et des provisions sur les avances à la clientèle, ce malgré un volume du crédit sans cesse croissant. « Tant que les intérêts restent bas, les emprunteurs peuvent assumer relativement sans problème les coûts de financement au regard du niveau historiquement bas auxquels ils se situent actuellement. Il est toutefois peu probable que ce scénario perdure indéfiniment », prévient Schwaller.

Les banques reconnaissent la portée de la digitalisation – le recours à des robots est prévu

Les banques suisses reconnaissent de plus en plus le potentiel de la digitalisation. 53 % (contre 26 % l'an passé) des banques interrogées prévoient que les développements technologiques auront au final dans leur secteur également des répercussions fondamentales sur les stratégies, les modèles d'affaires et les processus commerciaux. Ceci constitue un véritable revirement d'opinion puisque, dans les années précédentes, la majorité des banques voyaient principalement dans la digitalisation un canal de distribution supplémentaire complétant l'activité en place. Aujourd'hui, quasiment les trois quarts des banques sondées estiment que le secteur financier suisse se trouve au cœur d'un changement structurel.

« La digitalisation est le moteur principal d'un changement structurel à long terme. Cette estimation des banques laisse entrevoir que la digitalisation n'est désormais plus considérée comme une tendance, mais bel et bien comme une réalité qui s'installe », déclare Toepfer. En réaction à cette évolution, les banques investissent dans la mise en place de think tanks sur le numérique ou de plates-formes d'innovation permettant de tester et de développer de nouvelles solutions.

Une grande majorité (75 %) des banques interrogées envisage d'avoir recours à des robots ou à des assistants virtuels à l'avenir. Selon les banques, cette évolution aura un impact notamment dans les domaines de l'analyse et des décisions (p. ex. propositions d'investissement, décisions de crédit) et dans le middle et le back office. « Mais à cette fin, les banques doivent d'abord accomplir plus de progrès dans la standardisation et l'industrialisation de leurs processus », explique Toepfer.

La cyber-sécurité est le thème du moment

La digitalisation qui s'installe au galop induit une vulnérabilité plus importante de la sécurité informatique des banques. Le secteur du « mobile banking » a ouvert de nouvelles portes d'entrée aux hackers, cela rend le traitement professionnel et sécurisé des données d'autant plus important.. Les nombreuses cyber-attaques révélées au fil des derniers mois, qui ont visé les messageries privées de personnalités politiques, de services secrets, d'entreprises, de banques centrales et du réseau de paiement SWIFT, ont clairement mis à jour les immenses risques entourant la sécurité des données. Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que les banques aient cité dans le sondage EY de cette année le thème de la « cyber-sécurité » comme le thème prioritaire pour l'année en cours.

Informations concernant l'étude

EY baromètre des banques repose sur un sondage réalisé auprès de 100 dirigeants (principaux dirigeants) de différentes banques dans toute la Suisse. Même les unités suisses des deux grandes banques ont été interrogées ; leurs estimations ont été intégrées dans les évaluations générales mais n'ont pas été prises en compte dans les évaluations par type de banque. 33 % des établissements interrogés sont des banques étrangères, 31 % des banques privées, 22 % des banques régionales et 14 % des banques cantonales. 70 % des établissements proviennent de Suisse alémanique, 23 % de Suisse romande et 7 % du Tessin. L'enquête a été réalisée en novembre 2017. La collecte et l'évaluation des données ont été effectuées par EY Suisse.

[1] EY Suisse crée le EY baromètre des banques depuis huit ans

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