Par la rédaction


Monde Economique : Pouvez-vous nous présenter l'école Moser ?

Alain Moser : Je m'appelle Alain Moser et je suis le Directeur général de l'école 2ème génération. Mon père a fondé l'école Moser qui compte aujourd'hui 3 établissements distincts en 1961 soit : un établissement à Genève avec une peu plus de 700 élèves, un établissement de 400 élèves à Nyon et, un établissement à Berlin depuis 10 ans qui compte actuellement un peu plus de 300 élèves.


Monde Economique : Quelles sont les particularités de l'école Moser ?

Alain Moser : L'école Moser se distingue un peu des autres écoles privées par le fait qu'elle ne propose en Suisse qu'un seul diplôme, c'est-à-dire la maturité suisse, cantonale à Genève et fédérale à Nyon et l'abilac à Berlin qui représente le diplôme de l'abitur allemande et du bac français. Ce qui a fait la réputation de l'école et sa renommée en Suisse a peut-être été l'approche concernant l'enseignement des langues, en particulier l'enseignement immersif des langues. Au lieu d'enseigner une langue par des cours de langue, les langues sont aussi enseignées par des matières dans la langue cible. Les mathématiques peuvent par exemple être enseignées en anglais alors que la biologie l'est en allemand. C'est ce qu'on appelle l'immersion et ceci donne des résultats exceptionnels pour l'acquisition des langues, que les enfants soient monolingues ou déjà bilingues. Le français, l'allemand et l'anglais sont les 3 langues obligatoires jusqu'à la maturité. Les élèves peuvent y ajouter l'espagnol, l'italien, le latin ou le grec. Une autre particularité de l'école Moser qui la distingue par rapport à d'autres écoles est sa démarche concernant le numérique. La dématérialisation des supports pédagogiques et une approche particulière sur l'utilisation des nouvelles technologies dans l'enseignement.


Monde Economique : Comment envisagez-vous le développement futur de l'école ?

Alain Moser : Le développement de l'école Moser a été très important ces vingt dernières années. On a plus que doublé les effectifs avec un impact important aussi bien sur les effectifs des élèves que des enseignants, mais pour le futur, le développement va se faire de manière plutôt qualitative que quantitative. Nous aimerions avoir des établissements qui restent à taille humaine. Les objectifs pour Genève sont atteints en terme de croissance d'effectifs de même à Nyon et à Berlin. Ce que l'école Moser envisage à l'avenir est peut-être d'ouvrir des classes pour les touts petits. Nous n'avons pas d'offre pour les petits, car nous accueillons aujourd'hui seulement les enfants à partir de l'âge de 8 ans. Nous y réfléchissons avec le rachat potentiel d'une école à Berlin qui nous permettrait d'aller dans ce sens.

Cependant, le développement qualitatif plutôt que quantitatif va aller vers différents axes comme la formation de nos enseignants qui doit rester très performante, attirer des talents dans notre école ; il y en a de plus en plus et je suis très fier de ce constat. Nous recevons depuis plusieurs d'années des offres spontanées d'enseignants très motivés avec des compétences en informatiques, en utilisation des technologies et, l'axe principal de développement aujourd'hui est en rapport à notre culture numérique.


Monde Economique : Vers quelle transition l'école va aller en ce qui concerne tous ces outils qui nous entourent ?

Alain Moser : L'école Moser a développé il y a maintenant 3 ans une plateforme de « E-Learning » qui s'appelle « Matu on line.ch » cette plateforme rencontre un succès important en Suisse romande mais qui bien entendu, vu la taille du marché, n'est pas encore rentable, Nous avons de très gros projets avec une nouvelle équipe que je viens de créer et nous venons d'engager un nouveau directeur pour la stratégie et l'innovation. Nous sommes la seule école à avoir un poste de ce type à l'interne pour nous assister à développer des aides stratégiques dans ces domaines qui sont incontournables et auxquels nous devons donner des réponses pour que nos élèves soient en adéquation avec le monde qui les attend, aussi bien universitaire que le monde du travail. On ne peut plus faire fi de ces technologies à l'école, donc il faut un vrai projet autour de cela.


Monde Economique : Comment aujourd'hui l'école Moser prépare-t-elle ses élèves à la vie professionnelle ?

Alain Moser : Vous l'avez compris pour clarifier un premier point, nous ne sommes pas une école professionnelle, donc il y a des écoles qui ont pour but de préparer des élèves à une profession. Nous, nous avons pour but de préparer des élèves à un examen qui leur permet de rentrer à l'université.


Monde Economique : Comment préparer les élèves pour l'université qui a beaucoup changé et comment faire en sorte qu'ils soient en adéquation avec le monde du travail ?

Alain Moser : Le grand challenge pour les écoles aujourd'hui, au 21ème siècle est relativement simple, au niveau académique et pédagogique, le système suisse a une réputation exceptionnelle parce que le niveau académique est très élevé. La maturité suisse s'adresse aujourd'hui à environ 20% de la population. C'est un examen très difficile académiquement et il n'y a donc rien à reprocher à cet examen, au contraire il nous est envié.

Les formations annexes professionnelles, les apprentissages font que l'on a très peu de chômage des jeunes en Suisse. L'enjeu pour l'école aujourd'hui et, pour l'école Moser en particulier, est l'adéquation avec le monde universitaire et demain le monde du travail. Un des gros problème des écoles actuellement est ce que l'on appelle les « social skills ». Pour être en adéquation avec les attentes du monde du travail, il faut que les jeunes soient en capacité d'intégrer des équipes, de collaborer, d'utiliser les technologies à leur portée, de savoir s'ils extraient une image sur internet et la mette sur un document, si elle est libre de droit. Comment est-ce que j'utilise ces médias. quid des « fake news », comment je contrôle les choses que je reçois. L'information est partout, comment comprendre tout ça ? L'école aujourd'hui est face à des enjeux nouveaux, au niveau de l'éthique, de la distance par rapport à ce que l'on reçoit donc quelles sont les matières à intégrer, comment préparer nos élèves à ça, il faut des environnements qui le permettent.

L'école Moser par exemple a un concept pédagogique qui s'appelle le « dynamic Learning » qui a pour but et qui a comme corollaire « Learning by doing ». Nos élèves font. L'école est un lieu où il faut faire des choses, (pas juste recevoir des informations que l'on traite dans un autre contexte), comme le travail collaboratif, la solidarité, l'utilisation des nouvelles technologies, la prise de notes, la capacité à réfléchir autrement, la créativité.

La mission de l'école Moser, (Demandez aux autres écoles quelle est leur mission, je ne suis pas sûr qu'ils en aient une très claire) est très simple et paradoxalement très compliquée, ce n'est pas de faire réussir tous nos élèves, ce n'est pas de les envoyer tous à Harvard ou au MIT bien que nous en trouvions dans toutes les universités et même les plus grandes universités, mais c'est l'aboutissement d'un processus et cette mission est très simple, développer chez nos élèves le goût d'apprendre et stimuler leur créativité. C'est ce que demande le monde du travail, des gens qui sont prêts à continuer à avoir envie de se former et en plus qui ont une capacité créative très forte. Il n'y a pas un start-uper, ni aucune une entreprise aujourd'hui qui ne le demande pas. Le problème des systèmes scolaires, c'est que les élèves restituent des connaissances et, dès qu'ils sortent du moule, on leur dit : « c'est pas bien, c'est faux, ce n'est pas comme ça, tu ne sais pas dessiner, tu écris mal etc. » l'école produit donc aujourd'hui des jeunes qui ont peur de prendre des risques, on les a un peu cassés alors que l'école Moser travaille sur la confiance en soi des élèves et sur ces deux axes, le goût d'apprendre et la créativité, cela donne des résultats exceptionnels.

Copyright © Monde Economique - Tous droits réservés