Par la rédaction


Philippe D. Monnier – Administrateur de sociétés internationales, investisseur et management consultant

Le Monde Economique Depuis quelques années, on constate que les cantons suisses peinent de plus en plus à attirer des entreprises étrangères. Peut-on dire que la Suisse a perdu son « aura » attractif ?

Philippe D. Monnier: Absolument pas. Je suis tous les jours en contact avec des patrons de sociétés étrangères établies en Suisse ou sur le point de s'y établir et je peux vous assurer que la Suisse est de plus en plus attractive, entre autres grâce aux développement positifs concernant la fiscalité des entreprises, l'application « souple » de la loi contre l'immigration de masse et la dépréciation récente du franc.

Contrairement à une idée répandue, il n'est absolument pas vrai que le nombre de nouvelles sociétés étrangères est en baisse. Les statistiques officielles sont complètement faussées pour au moins deux raisons : d'une part, les sociétés étrangères passent de moins en moins par les promotions économiques étatiques. D'autre part, les nouvelles sociétés étrangères sont de plus en plus issues de pays émergents et, pour des raisons de discrétion, elles ne font pas de communiqués de presse et sont donc hors des radars classiques.

Le Monde Economique On a toujours parlé de la fiscalité comme étant le principal avantage de la Suisse face à la concurrence. Avec la fin des cadeaux fiscaux octroyés aux entreprises étrangères, de quels autres atouts la Suisse dispose-t-elle pour attirer les entreprises étrangères ?

Philippe D. Monnier: Le terme « cadeau » me parait inadéquat car les avantages fiscaux offerts à certaines entreprises (la grande majorité d'entre elles étant d'ailleurs des entreprises suisses) est tout simplement une application de la législation suisse. De plus, la fiscalité a toujours été un argument parmi une série d'autres arguments généralement plus importants.

Grosso modo, la Suisse été extrêmement attractive fiscalement jusque vers 2009, notamment grâce à l'arrêté Bonny et au statut spécial des « sociétés principales » (taxées entre 5% ou 9% sur le profit). Entre 2010 et 2014, suite aux attaques acérées principalement de l'Union européenne, nous sommes rentrés dans une zone d'incertitude complète et, pour compenser, nous avons dû développer en urgence de arguments non-fiscaux très solides et détaillés ce qui nous a permis d'attirer un nombre record de sociétés. Heureusement, depuis 2015, la visibilité et la situation fiscale sont devenues bien meilleures ; malgré le refus de la RIE III par le peuple, 90% est déjà clairement défini et ce 90% est incroyablement attractif pour les entreprises suisses et étrangères.

Le Monde Economique Selon vous, quels sont les freins à l'attractivité de la Suisse ?

Philippe D. Monnier: Notre faiblesse principale, ce sont nos coûts élevés mais ils sont surcompensés par une longue série d'atouts. Ce qui est essentiel pour attirer des belles sociétés étrangères, c'est d'avoir les coudées franches et de savoir nouer des contacts étroits avec les chefs de grandes entreprises et, dans certains pays, avec le plus haut niveau de gouvernements étrangers.

Le Monde Economique Il fut un temps ou la majorité des entreprises qui s'installaient en Suisse venait des Etats-Unis. Observe-t-on encore cette tendance aujourd'hui ? Si non, de quels pays viennent ces nouvelles entreprises ?

Philippe D. Monnier: Les Etats-Unis sont moins importants que dans le passé mais ils restent bien sûr un pays clé. Par contre, les pays émergents à l'instar de la Chine et de la Russie ont gagné en importance. En outre, le BREXIT signifie des opportunités incroyables pour la Suisse ; par exemple beaucoup de grands groupes japonais vont déplacer leurs sièges européens hors du Royaume Uni.

Le Monde Economique En avril dernier, le président Trump a présenté sa réforme fiscale : le «Trump Tax Plan». En passant de 35% à 15%, le taux d'imposition des entreprises américaines passerait de l'un des plus élevés à l'un des plus bas parmi les pays de l'OCDE. La Suisse devrait-elle s'inquiéter?

Philippe D. Monnier: Pas vraiment et cela pour plusieurs raisons : si la réforme fiscale américaine devait se confirmer et perdurer (beaucoup d'observateurs avisés en doutent), les sociétés américaines auraient plus de fonds pour investir autant aux Etats-Unis qu'à l'étranger. En plus, une grande partie des investissement américains en Suisse sont liées à l'Europe et il n'est pas raisonnable de les rapatrier aux Etats-Unis, surtout que les taux d'imposition en Suisse sont et seront souvent bien en dessous des 15% américains. Pour les sièges européens, les concurrents de la Suisse sont avant tout des pays comme l'Irlande et les Pays-Bas plutôt que les Etats-Unis.

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