Par patrice Bievre


Interview de Thierry Darbellay humoriste et coach sportif.

Monde Economique : Dans votre spectacle intitulé « Voulez-vous changer avec moi », vous traitez d'un sujet très sensible à savoir celui de l'échec scolaire. Pourquoi un tel sujet vous tient-il tant à cœur ?

Thierry Darbellay : Cette question me tient à cœur car la manière dont on définit le terme échec en milieu scolaire me perturbe. Trop souvent les élèves qui ont des mauvaises notes à l'école se voient collés ad vitam aeternam une étiquette de looser. L'école ne s'appuie pas assez sur les prédispositions naturelles des gamins pour les faire progresser. Le système scolaire incite les enfants à s'améliorer dans des domaines qu'ils n'affectionnent pas forcément et qui ne serviront jamais leurs ambitions propres. En classe, j'ai fréquemment eu le sentiment d'être une truite à qui on demandait de courir aussi vite qu'un lièvre alors que sa vocation naturelle était de nager. Si je ferme les yeux, aussi longtemps que je me souvienne, j'ai toujours été un écolier malheureux brimé dans sa liberté. A l'école on m'enseignait des choses sans jamais m'expliquer le pourquoi de leur existence. Quand j'essayais d'en savoir plus, on me répondait c'est comme ça un point c'est tout. Une telle réponse ne me satisfaisait pas car j'aime bien savoir pourquoi je fais les choses. Le plus perturbant dans l'histoire fut mon passage devant l'orienteur scolaire qui après avoir pris connaissance de mes mauvais résultats scolaires a décidé que j'allais devenir maçon ou menuisier. Alors que je ne suis pas habile de mes deux mains, si on me donne des clous et un marteau je vais me blesser. Avant de m'imposer une telle décision, il aurait pu au moins faire un diagnostic. J'avoue que cette rencontre m'a énormément traumatisée. C'était comme si ce professionnel m'avait jeté un sort afin de me maintenir en position d'échec. Si tous les bâtisseurs de cathédrales étaient des cancres il n'y aurait aucun monument historique sur terre.

Monde Economique : Selon Françoise Dolto les parents ont valeur d'exemple pour leurs enfants. Pourquoi certains enfants ont du mal à accepter les conseils des aînés ?

Thierry Darbellay : J'ai toujours eu de la peine à écouter les conseils des ainés car je n'arrivais pas à leur donner du sens. Selon moi, certains adultes ont tendance à reproduire des schémas ou des automatismes sociaux sans jamais se soucier du pourquoi de leur existence. En vous disant cela il y a une histoire qui me vient immédiatement à l'esprit, c'est celle du jambon. Il s'agit d'une petite fille qui demande à sa maman pourquoi elle coupe les deux côtés du jambon avant de le mettre au four. Sa mère lui répond parce que c'est comme ça ma fille. La petite fille, pas convaincu par cette réponse, va voir la grand-mère et lui pose la même question. La grand-mère lui répond, on fait ainsi car ma mère faisait ainsi et puis c'est comme ça qu'on doit le faire. Toujours pas convaincu la petite fille va voir son arrière-grand-mère et lui pose encore une fois la même question. Et cette dernière lui apprend qu'on ne pouvait faire autrement à l'époque. Les fours disponibles sur le marché étaient tellement petits qu'on ne pouvait y introduire un jambon entier. Donc pour en revenir à votre question, je dirai que les enfants écoutent tout naturellement les ainés toutes les fois où leurs conseils leur semblent pertinents. Même si un enfant est une personnalité en construction, ce dernier est avant tout un être humain. C'est-à-dire un individu doté d'une intelligence et d'une capacité d'auto apprentissage qui peut l'amener à découvrir des choses de par lui-même. C'est pour cela que l'éducation d'un enfant est une démarche qui ne s'improvise pas et, qui nécessite un minimum de rigueur.

Monde Economique : Quand vous parlez de vos spectacles vous les qualifiez de séminacle. En quoi ce type de spectacle se distingue-t-il des spectacles traditionnels ?

Thierry Darbellay : Un séminacle est un spectacle humoristique à vocation éducative. En créant ce néologisme, j'avais pour ambition de créer un nouveau concept éducatif associant la notion de séminaire à celle de spectacle. Pourquoi cela, et bien tout simplement parce que le cerveau humain est toujours en quête de deux choses soit une augmentation du plaisir soit une diminution de la douleur. Par ailleurs avec l'humour on arrive à traiter des questions douloureuses ou faire passer des messages sans provoquer des séquelles ou des traumatismes chez le spectateur. Cette nouvelle approche pédagogique permet d'expliquer des concepts académiques jugés complexes ou rébarbatifs en s'appuyant sur des images impactantes enrobées d'humour. Car le cerveau humain est plus sensible aux images qu'aux mots qui peuvent dans certains cas avoir une connotation trop abstraite pour le commun des mortels. C'est pour cela que mon spectacle, « Voulez-vous changer avec moi » est une succession de scénettes où je fais la caricature de personnages évoquant leur mal être, entrecoupées d'instants où je redeviens sérieux afin de porter un regard académique sur la thématique traitée.

Monde Economique : A écouter votre histoire, on a la preuve que l'échec scolaire n'est pas toujours synonyme d'échec professionnel. Comment avez-vous réussi à transformer votre handicap de départ en une force ?

Thierry Darbellay : Je ne sais pas si je puis dire que j'ai réussi. Mais une chose est certaine, aujourd'hui je réalise des choses qui me font vibrer et ce privilège je ne l'ai pas obtenu grâce à l'école. C'est en sortant de ma zone de confort pour aller découvrir la réalité de mon univers, que j'ai rencontré des personnes formidables qui m'ont aidé à reprogrammer mon cerveau pour en faire un outil au service de mes ambitions et de mes passions. Tout au long de notre de vie, la société nous inculque des croyances ou une vision de l'avenir qui entravent notre épanouissement personnel. Quand j'ai quitté l'école, j'ai opté pour un apprentissage dans le secteur de la boulangerie et de la pâtisserie. J'ai choisi cette activité car je voulais avoir du temps libre la journée pour faire du sport. J'ai commencé le fitness à l'âge de 13 ans pour des raisons purement médicales et puis j'y ai pris goût. En voyant mon corps se sculpter et s'embellir de jour en jour j'ai gagné en assurance et en estime de moi-même. Avec le sport j'ai appris que la discipline et la patience était nécessaire pour réaliser un objectif. Après cela je suis parti au service militaire. L'armée pour moi a été l'école de la seconde chance. Au sein de l'institution militaire j'ai suivi plusieurs formations qui m'ont permis d'accéder au grade de premier lieutenant. Avec l'armée j'ai appris à travailler en équipe, à manager les hommes et à planifier un projet. En apprenant à maitriser ces différentes disciplines, j'ai créé autour de moi un environnement propice à la création de ma propre entreprise dans le domaine du coaching sportif.

Monde Economique : Certains employeurs ont tendance à imposer à leurs collaborateurs un parcours professionnel à vie. Votre spectacle a-t-il pour ambition de lutter contre cette tradition ?

Thierry Darbellay : Mère Térésa disait « je ne lutte pas contre la guerre, mais je me bats pour la paix ». Tout ceci pour dire que mon spectacle n'a pas pour ambition de lutter contre quoi que ce soit. J'ai écrit mon spectacle pour encourager tous ceux que le destin n'a pas gâté, à se donner les moyens de réaliser leur rêve. Dans la vie tout démarre à partir d'une idée qui devient réalité quand on passe du rêve à l'action. Si je prends le cas de mon spectacle, je ne l'aurais jamais réalisé si j'avais succombé à l'envie d'abandonner ou à la procrastination. Ce n'est qu'une fois que je me suis affranchi de mes peurs et de mes craintes, que j'ai fini par ordonnancer toutes les tâches qui allaient donner vie à mon projet. En plus de cela, pour gagner du temps, j'ai dû me faire aider par un metteur en scènes, un coach vocal, un ingénieur du son, un spécialiste de la lumière etc. C'est tout ceci que je voudrais partager avec les autres. Dans de nombreuses entreprises il y a des hommes et des femmes qui sont convaincus qu'ils ne pourront jamais réaliser leur rêve. Avec mon spectacle qui a été conçu pour divertir et former, je compte aller à leur rencontre pour leur expliquer qu'on peut du jour au lendemain devenir l'artisan de sa propre évolution. Je n'ai aucun doute sur ma capacité à remplir cette mission car je suis porteur non pas d'une théorie mais d'un modus operandi qui a été éprouvé sur le terrain et qui a abouti à un résultat concret. N'oublions pas qu'une entreprise qui incite ses collaborateurs à évoluer maximise ses chances de survie dans un environnement instable.

www.thierrydarby.com

Copyright © Monde Economique - Tous droits réservés