Par Agence Ecofin


(Agence Ecofin) - Le Togo ne renvoie pas que l'image des jeunes qui chôment. Il y en a de ces jeunes qui se battent contre vents et marées, notamment contre les pesanteurs socioculturelles, les soucis de financement, les clichés, etc. pour réaliser leurs rêves.

Plus connu comme le promoteur du thé de kinkéliba, le jeune Komi Dovi Koudou, Directeur Général de Bio Afrique, issu d'une famille « très modeste » selon ses propres termes, est aujourd'hui l'une des étoiles montantes du monde entrepreneurial togolais et une référence sur le marché concurrentiel du thé.

Et si depuis un moment, des investisseurs occidentaux, notamment américains lui font des yeux doux au point de lui proposer d'ouvrir à eux le capital de sa structure, il n'en a pas toujours été ainsi. Entrepreneur depuis son berceau, le talent n'a pas suffi pour lui tracer sa voie. Pour y arriver, il a dû allier foi, courage, détermination et, par-dessus-tout, le sérieux et la rigueur au travail.

Fervent défenseur de l'idée selon laquelle tout le monde peut naturellement résoudre l'éternelle équation de financement qui se pose à tout jeune entrepreneur à force de bien faire ce que l'on sait faire, son profil nous a intéressé. Il s'est prêté volontiers à un entretien avec Togo First. Savourez.

Togo First : Comment vous est venue l'idée de monter votre propre structure de production et de commercialisation du thé de kinkéliba dans un environnement où les multinationales règnent en maîtres ?

K.D.K : Depuis les bancs d'école, j'aspirais à devenir chef d'entreprise. Notre situation financière très modeste de ce moment, parce que nous sommes nés de parents pauvres, ne permettait pas de couvrir tous nos besoins alors qu'on était élève. Elle nous a amené à nous lancer dans des activités génératrices de revenus pour pouvoir subvenir à nos besoins. Après ma maîtrise, je tournais en rond dans les entreprises et dans certaines activités ; sans parvenir à m'asseoir véritablement… Jusqu'au jour où j'ai entendu parler du FAIEJ et de son programme de formation et je me suis inscrit. La formation en gestion de microentreprise m'a permis de me positionner avec le kinkéliba.

Je n'étais pas parti à la formation avec l'idée de produire du thé kinkéliba…C'est au cours de la formation que nous avons été orientés et moi aussi j'ai trouvé mon inspiration. Quand j'étais malade en deuxième année, on devait me faire une opération sur le foie. Grâce au kinkéliba, un tradithérapeute m'a soigné et m'a ainsi évité cette opération. Ça m'a tellement marqué !

Lors de la formation, la Directrice Générale nous disait qu'elle voulait produire des acteurs de la croissance économique et non des débouchés du marché extérieur, et que si nous pouvons nous baser sur des valeurs locales pour entreprendre notre initiative, ce sera une bonne chose. C'est comme ça que c'est parti.

Togo First : Apparemment vous n'êtes pas que dans le thé kinkéliba.

K.D.K : Nous sommes partis du thé de kinkéliba ; nous sommes restés à l'écoute du marché, des suggestions et nous avons ajouté le gingembre, la citronnelle. Nous utilisons maintenant le thé de Gambie pour faire du bissape avec des couleurs différentes et des effets thérapeutiques différents. C'est ainsi que notre gamme est en train de croître progressivement sur le marché des thés.

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Notre environnement ne croyait pas ou n'encourageait pas à entreprendre.

Togo First : Quelles ont été vos difficultés ? N'avez-vous pas eu peur d'embrasser une activité où des multinationales règnent quasiment en maîtres ?

K.D.K : les multinationales qui monopolisaient quasiment le marché ne nous inspiraient pas de la peur. Je me disais que si elles existent, nous aussi pouvons prendre quelque chose et lui trouver une place et, progressivement, cela va entrer dans les habitudes alimentaires et la culture des populations.

Notre plus grande difficulté était liée à nos pesanteurs socio-culturelles. Notre environnement ne croyait pas ou n'encourageait pas à entreprendre. Mes parents disaient qu'avec un diplôme, on pouvait trouver un bon poste dans la fonction publique. Mais devenir entrepreneur, c'était la seule chose en laquelle je croyais. Nous avons donc dû faire preuve de courage et de détermination pour nous lancer ; et aujourd'hui, ils nous félicitent et nous encouragent.

A part cela, tout le monde a des difficultés, qu'on soit millionnaire ou seulement avec 10 000 FCFA. Il y a les déceptions, mais on doit pouvoir faire face à tout cela et se relever. C'est en ça que nous apprenons la vie même de l'entrepreneuriat.

Togo First : Des difficultés certes. Mais vous avez aussi fait du chemin ; comment les populations réagissent-elles à vos produits ?

K.D.K : Nos produits se portent de mieux en mieux. Au début, les gens ne nous réservaient pas un bon accueil quand nous allions présenter nos produits. Certains même nous priaient gentiment de revenir sur nos pieds. Des gens disent que rien de vrai ne peut venir du Togo ; que le kinkéliba est trop amer. Mais nous offrions des échantillons et finalement, les gens ont apprécié notre thé et même les docteurs et pharmaciens nous appellent pour leur livrer du thé de kinkéliba. Nous pensons que nous sommes en train de progresser de la sorte.

Togo First : Quelques chiffres pour illustrer votre progression…

K.D.K : Moi je ne base pas fondamentalement mon succès sur le chiffre d'affaires. Ce qui importe le plus pour moi, c'est l'occupation de terrain. Actuellement nous sommes pratiquement dans toutes les grandes villes du pays et même jusqu'à Cinkassé. La semaine dernière, nous étions à Mandouri pour faire une promotion de nos produits. Donc tant que nous élargissons notre couverture du territoire national, notre structure croît. A partir de 17 000 boîtes vendues par an, nous sommes à 29 000 voire 30 000 boîtes par an. Une main-d'œuvre à la production que nous rémunérons à hauteur de 6 000 000 à 7 000 000 FCFA par an ; des commerciaux payés entre 4 000 000 et 6 000 000 FCFA.

Aujourd'hui d'ailleurs, nos produits vont au-delà des frontières nationales. Nous avons participé à certains salons et à certaines foires, même grâce au gouvernement ; on était à Dakar, au Burkina Faso, en France, en Belgique. Chaque fois que nous sommes partis avec les produits, ils ont été consommés.

Il y a des distributeurs qui en commandent. Nous sommes en train de nous organiser car pour faire des distributions à l'extérieur, il faut être sûr d'un certain nombre de choses. On s'organise ; il y a même des fonds américains qui veulent bien rentrer dans notre capital pour nous permettre de mécaniser complètement notre processus de fabrication et d'augmenter les champs de culture du kinkéliba afin de pouvoir assurer la distribution à l'international.

Propos recueillis par Séna Akoda

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