Par R. P.


  • Glaxo nettement en tête en matière de croissance en Europe, Roche sur la bonne voie, Novartis stable
  • Les dépenses en R&D continuent de croître en 2017 – le pipeline de médicaments augmente d'un cinquième
  • De nouveaux écosystèmes, les start-up et les solutions numériques vont massivement modifier le marché d'ici 2030
  • Des plateformes axées sur les données innovantes révolutionnent le marché

Les marges des 21 plus grands groupes pharmaceutiques du monde baissent, mais elles continuent toutefois de grandir grâce à des médicaments vedettes et de nouvelles substances actives contre le cancer. 40 pour cent des substances actives qui sont nouvellement développées à l'heure actuelle de par le monde sont des médicaments contre le cancer. Déjà en 2017, les entreprises pharmaceutiques gagnaient presque un euro sur trois grâce à ceux-ci: les chiffres d'affaires dans le domaine de l'oncologie ont progressé de CHF 151,3 milliards à CHF 160,0 milliards d'euros. Simultanément, les chiffres d'affaires des médicaments vedettes ont nettement plus augmenté que les chiffres d'affaires globaux: tandis que le 21 plus grandes entreprises pharmaceutiques du monde ont généré en tout CHF 520,4 milliards de chiffre d'affaires en 2017, soit seulement 0,4 pour cent de plus que l'année précédente, le chiffre d'affaires des médicaments vedettes a progressé de trois pour cent pour atteindre CHF 312,4 milliards.

La faible croissance du chiffre d'affaires ne se retrouve toutefois pas dans le résultat opérationnel: par rapport à l'année précédente, l'EBIT a baissé de 2,4 pour cent à CHF 176,0 milliards. Les effets du taux de change ont cependant joué un rôle important en 2017: après correction des effets de change, les chiffres d'affaires ont progressé plus nettement de 2,6 pour cent et l'EBIT a légèrement reculé, avec une baisse de 0,4 pour cent, Roche et Novartis étant restés presque constants. Les marges ont également baissé: en 2017, elles s'élevaient encore à 26,5 pour cent, à savoir 1,8 point de pourcentage de moins qu'en 2016, mais 0,2 point de pourcentage de plus qu'en 2015.

Ces résultats sont issus d'une analyse des ratios financiers des 21 plus grandes entreprises pharmaceutiques du monde que le cabinet d'audit et de conseil EY a réalisée.

«En ce qui concerne les médicaments vedettes et contre le cancer, il existe une dépendance de plus en plus grande des groupes pharmaceutiques» déclare au sujet des chiffres Paolo Prisco, chef du segment de marché Life Sciences Suisse chez EY. «L'augmentation du chiffre d'affaires évolue vers un niveau peu élevé en raison des marges en baisse. Il faut dès lors trouver de nouvelles solutions: les sociétés doivent encourager encore davantage les innovations et constituer des écosystèmes totalement neufs. La médecine personnalisée fondée sur des données va en outre façonner l'avenir, c'est là que beaucoup de choses vont et doivent se passer.»

Jürg Zürcher, Directeur de Biotech à Bâle ajoute: «Beaucoup d'autres branches seraient très satisfaites des marges du secteur pharmaceutique. Cependant, le recul révèle un problème: la concurrence est énorme dans les plus grands secteurs thérapeutiques tels que l'oncologie et, finalement, il ne reste plus que de petites parts du gâteau. Les enjeux sont importants pour les groupes. L'acceptation de nouvelles formes de thérapie et la volonté de payer des systèmes de santé déterminera le succès ou l'échec.»

Le reste du monde croît plus rapidement que les marchés saturés d'Europe et des États-Unis

À cela vient s'ajouter le fait que la demande est en train de grandir dans les grands pays émergents tels que la Chine, l'Inde ou le Brésil. Cela fait que l'évolution du chiffre d'affaires s'avère très variable au niveau régional. Alors que les chiffres d'affaires n'ont progressé que faiblement dans les marchés relativement saturés des États-Unis et de l'UE, les groupes pharmaceutiques ont connu une croissance de leur chiffre d'affaires de 2,6 pour cent dans le reste du monde en 2017. En ce qui concerne le développement de médicaments, les groupes réagissent à la demande en augmentant les dépenses en recherche et développement: les 21 plus grands groupes pharmaceutiques y ont consacré en tout CHF 98,7 milliards en 2017, soit 3,7 pour cent de plus que l'année précédente. En ce qui concerne les deux groupes pharmaceutiques suisses, Roche a augmenté de 5 pour cent ses dépenses de R&D, tandis que Novartis les a réduites légèrement de 1 pour cent.

Le pipeline de nouvelles substances actives est bien rempli

Les entreprises pharmaceutiques investissent considérablement dans de nouveaux produits. En 2017, le nombre de substances actives en développement clinique a progressé de près d'un cinquième (19,4 pour cent) après une croissance de tout juste 12 pour cent l'année précédente. C'est surtout dans les dernières phases, peu avant l'entrée sur le marché, que le nombre a crû de manière significative, passant de 200 l'année passée à 315. Sur une période de deux ans, la croissance s'est même élevée à 85 pour cent durant ces phases.

«Le nombre élevé de médicaments qui ont été autorisés au cours des derniers mois montre que les pipelines des groupes pharmaceutiques sont bien remplis» déclare M. Zürcher. C'est une bonne chose pour les patients car ils disposent rapidement de nouveaux traitements grâce aux investissements dans la recherche et le développement. Des percées dans certains domaines stimulent l'ensemble du secteur et donnent lieu à un environnement d'investissement positif». M. Zürcher cite comme exemple les protéines qui soutiennent le système immunitaire contre le cancer au niveau cellulaire.

L'organisation d'écosystèmes ouvre la voie vers des modèles économiques totalement nouveaux

Une nouvelle étude d'EY examine les tendances du secteur pour l'avenir. Il en ressort qu'il existe encore un potentiel considérable pour le secteur pharmaceutique, bien que les marchés soient fortement saturés. Cela est dû aux nouvelles possibilités technologiques qui entraînent un bouleversement de l'ensemble du secteur de la santé. Des écosystèmes et des modèles économiques complètement redéfinis constituent la voie du futur. Dans le but de pouvoir accompagner globalement les clients du secteur de la santé, les grands groupes investissent dans de jeunes sociétés technologiques qui offrent par exemple des solutions de plateformes ou des canaux de distribution numériques. Roche, qui s'est construit un écosystème sophistiqué et contrôle ainsi fortement le marché du diabète, en constitue un exemple.

Les ventes pharmaceutiques classiques constitueront certes toujours la plus grande partie du marché à l'avenir, mais la part des solutions de santé informatiques progressera massivement sur le marché global: l'étude pronostique pour la Suisse un triplement de 1,6 milliards d'euros à 4,1 milliards. Les solutions de santé informatiques atteindront donc un niveau similaire à celui des ventes pharmaceutiques classiques.

Paolo Prisco, chef du segment de marché Life Sciences Suisse chez EY, souligne: «Le secteur pharmaceutique se trouve dans une transformation du pharmaceutique 1.0 au pharmaceutique 4.0, pour arriver à l'approche «outcome based», c'est-à-dire un modèle qui implique de manière collaborative toutes les parties prenantes, telles que les patients, les médecins, les assurances et l'État.»

Les start-up Life-Science vont prendre des parts de marché aux grands groupes

Une concurrence avec les nouvelles entrées sur le marché, qui vont prendre des parts de marché aux entreprises pharmaceutiques déjà établies, va cependant voir le jour. D'ici 2030, d'après les pronostics d'EY, les start-up de Life-Science vont s'adjuger entre 30 et 45 pour cent du marché. Les groupes pharmaceutiques devraient perdre plus de parts de marché s'ils se concentrent purement sur des mesures d'efficacité et adoptent des innovations à l'extérieur du secteur au lieu de les développer eux-mêmes. Le meilleur scénario pour eux consisterait à chercher à contrôler et créer eux-mêmes l'ensemble de l'écosystème.

Valeur future acquise à l'aide de plateformes fondées sur des données

«Les modèles d'affaires axés sur les données vont modifier durablement l'industrie pharmaceutique, affirme M. Zürcher pour conclure. Les start-up sont plus agiles pour le développement de nouvelles solutions, ce qui leur donne un avantage par rapport aux grands groupes. Dans ce contexte, la traduction des données en informations jouera le rôle décisif pour offrir aux patients les meilleures méthodes de traitement possibles. La collaboration au-delà des frontières nationales et entre entreprises revêtira une importance cruciale pour que les écosystèmes puissent fonctionner et fournir de la valeur ajoutée aussi bien aux patients qu'aux entreprises.»

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