Par Younes BELFELLAH


La rencontre de la semaine dernière entre l'émir du Qatar Tamim bin Hamad Al Thani et le président français Emmanuel Macron était la troisième entre les deux hommes en moins d'un an.

C'était une occasion pour renforcer les relations stratégiques entre les deux pays. La relation franco-qatarienne repose sur des mécanismes de coopération diversifiés. Sur le plan politique et militaire, Paris considère le rôle du Qatar en tant que puissance émergente dans le monde arabe et développe avec Doha une vision commune sur la prolifération de la paix dans la région et la lutte contre le terrorisme. Dans ce sens, il faut signaler une collaboration en perpétuelle croissance entre les forces de sécurité qataries et la gendarmerie française et la signature des contrats d'armement. Le Qatar été parmi les premiers consommateurs des Rafales par l'achat de 24 avions en 2015.

En ce qui concerne l'économie, les relations entre le Qatar et la France apparaît très dynamique.

La France est le deuxième partenaire commercial du Qatar avec un total des exportations de 10 milliards de dollars. Au Qatar, il y a plus de 200 entreprises françaises qui travaillent dans des secteurs comme : les hydrocarbures, le tourisme, la finance et l'enseignement. Il s'agit également des entreprises impliquées dans les projets qui concernent l'organisation de la coupe du monde du football en 2022 notamment dans le BTP, l'électricité et le transport à l'égard du projet Métro Doha qui sera réalisé par un consortium entre RATP et Keolis avec une valeur de 3 milliards d'euros.

Le Qatar est un pays avec lequel la France enregistre un excédent commercial qui avoisine 3 milliards d'euros. C'est aussi le second pays d'accueil des investissements du fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA). Ces investissements dépassent 30 milliards d'euros et créent plus de 10000 emplois dans différents secteurs d'activité : le tourisme et l'hôtellerie, l'immobilier, l'aéronautique, les médias, la construction et les infrastructures. De plus, le Qatar investit 7.6 milliards d'euros dans la bourse de Paris. Ces investissements permettent au Qatar de faire une diversification économique et réduire les risques financiers en injectant les richesses du Gaz dans une stratégie d'investissement porteuse de progrès et de croissance économique.

Depuis le 5 juin 2017, l'Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn et l'Egypte ont annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar, la fermeture des ports terrestres, maritimes et aériens et la prévention du transit dans leurs terres, dans l'espace aérien et dans les eaux territoriales.

Depuis cette date, le Qatar a mis en place une stratégie économique vouée à freiner les effets négatifs du blocus et diversifier ses partenariats économiques. Un rapport du FMI publié le mois dernier prévoit un taux de croissance de 2.8 % en 2018 et salue les mesures prises par le Qatar pour faire face aux effets du blocus.

Il s'agit des mesures de soutien qui concernent la dévaluation de monnaie pour stopper l'inflation et la régulation du taux d'intérêt directeur par la banque centrale pour rassurer les investisseurs, il faut savoir que le Qatar accueille des investissements directs étrangers qui dépassent 144 Milliards de Dollar. Il est pertinent de souligner les mesures d'accompagnement adoptées par le Qatar durant ce blocus, il s'agit de chercher d'autres partenaires économiques surtout pour couvrir la pénurie alimentaire sachant bien que le Qatar exporte 90% de ses besoins alimentaires. D'autres mesures ont été prises dans les premiers du blocus à savoir l'annonce d'une augmentation de la production du Gaz par Qatargas qui atteint 30%. En plus, Qatar Airways a fait part de son intention d'acquérir environ 10% du capital d'American Airlines et l'acquisition de 49% des parts de la compagnie aérienne italienne « Air Italy ». Ces acquisitions vont permettre à la compagnie qatarienne de faire des vols au pays du blocus sous la couverture des compagnies achetés.

Durant cette année, le Qatar a avancé dans la concrétisation de sa vision de développement baptisée Qatar 2030 qui reflète un programme d'activité visant l'appartenance du Qatar au Top 20 des économies les plus fortes dans le monde. Cela était fait à travers l'inauguration du Port Hamad, un projet fructueux pour le commerce international et il est capable de recevoir 7, 8 millions de tonnes des produits annuellement.

La visite de l'émir a permis de réaffirmer la volonté commune de renforcer les liens économiques entre les deux pays et de résoudre cette crise avec le soutien de Paris. La France peut jouer un rôle primordial dans la résolution des crises et la stabilité régionale dans le Golfe afin d'assurer la paix et la sécurité.

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  • Younes BELFELLAH
  • Economiste et Chercheur Univeristaire
  • Economiste et Chercheur Univeristaire