Par Dessy Damianova


A l'instar de la lumière de fin d'été tachetée d'ombres frémissantes, les sentiments qui nous animent à la rentrée sont un mélange aigre-doux de joie et d'angoisse tenaillante, d'impatience allègre et de stress. Un mélange malgré tout délicieux qui inclut en lui aussi toutes les effluves de la saison passée, toutes ses saveurs. S'ajoute aussi cette sensation flatteuse de revenir plus forts au lieu de notre travail, plus énergiques, plus riches - plus aptes, enfin, d'être effectifs et fructueux, de transformer le quotidien banal et plat, de vaincre la monotonie et la grisaille, qu'on ne l'a jamais été encore auparavant.

Pourtant, il y en a ceux pour qui la trêve d'été peut signifier une vraie rupture avec le monde du travail et ses réalités. Un détachement sérieux s'est opéré qui fait que le retour devient des plus pénibles. Cela est particulièrement vrai après de longues vacances.

Le piège du long congé annuel et de l'été devenu sabbatique

Les vacances d'été sont par principe plus longues, parfois le double (comme durée) de celles des fêtes de fin d'année. Si, comme c'est le cas le plus souvent, elles sont liées à un séjour lointain, voire exotique, le détachement est garanti, tant du point de vue du temps que de l'espace. Le retour est donc souvent problématique et la reprise des activités – une vraie corvée.

Mais ce n'est pas obligatoire d'avoir été à l'autre bout du monde pour connaître le syndrome « post- vacancier » et ses expressions aiguës : des crises d'angoisse, des vomissements, des insomnies. C'est le lot de nombreux vacanciers dont la trêve d'été était plus longue et leur absence frisant la vraie rupture.

On ne le connaît que trop : plus la césure est nette et longue, plus grande et prolongée est l'angoisse, et plus négativement on fantasme la rentrée. On anticipe en craignant une perte des compétences (il a été si long et désoeuvré, l'été !), des frustrations accrues et des contraintes, des responsables devenus plus exigeants encore et des collègues encore plus médisants et ennuyeux. On peut non sans raison se demander à quoi ils servent alors les longs congés d'été si les derniers dix jours (au moins !) on s'angoisse et on s'afflige d'avance ; à quoi bon toute cette saison quasi complètement sabbatique si, bien avant sa fin, commencent les terreurs ?

Comment les adoucir ?

Comment créer un lien avec l'été ?

Le retour de longues vacances d'été est vraiment délicat. En même temps, il ne faut pas en exagérer les ennuis et les détresses psychologiques ; ils sont le plus souvent le fruit d'une imagination inquiète qui, en anticipant, souvent déforme et altère. Alors, pourquoi ne pas répondre à l'anticipation abusive par un « devancement » positif, à l'extrapolation imaginaire, hautement anxiogène, par des actes réels qui calment les nerfs et baissent la tension ?

Ainsi, dans la semaine qui précéderait le start tant redouté et tout en prenant en compte la source relationnelle de la plupart des peurs (peur d'affronter certains collègues ou se plier encore à l'ordre hiérarchique), on peut tenter de dissiper ces craintes en envoyant des mails aux chefs et aux collègues, leur souhaitant un bon restart et promettant de les revoir dans les plus brefs délais. On accomplit ainsi un premier pas vers eux, et de la manière la plus sereine possible.

Il faut aussi penser à s'auto-compenser des frustrations, réelles ou supposées, liées à la rentrée. Certains conseillent un dernier regard jeté sur les vacances pour découvrir la chose qu'on n'a pas faite, l'occasion qu'on a probablement ratée, le plaisir que, pour une raison ou une autre, on a manqué de s'accorder. Eh bien, offrons-le nous à la rentrée ! Cela créerait une belle continuité avec l'été et rendra la transition plus souple.

Plus souple, le passage vers la nouvelle saison sera aussi si l'on tente de garder contact avec la nature - cette même nature dont le soleil nous a si longtemps flattés et qui, plus belle et généreuse encore, reste au rendez-vous même en automne. Des pauses soleil et des repas pris au dehors sont vivement conseillés ; ils maintiendront un temps encore la luminosité et la chaleur, l'esprit de liberté et ce doux arrière-goût d'été qui nous aidera à répartir – cette fois encore.

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