Ghana : restriction projetée, de la part d’investissements possibles sur la dette locale, par des non-résidents

5 mai 2019

(Agence Ecofin) – La Banque centrale du Ghana réfléchit sur la possibilité de réduire la part d’obligations émises en devise locale, que peuvent acheter les investisseurs en portefeuille non-résidents (étrangers). L’objectif selon Ernest Addison, le gouverneur de l’institution, serait de réduire la vulnérabilité du cedi (monnaie locale) aux sentiments de ces investisseurs.

Dans un contexte marqué par des performances mitigées au niveau des revenus à l’export, ajoutées aux fortes fluctuations du dollar américain, la monnaie de référence des échanges internationaux, la Banque centrale du Ghana a passé les deux dernières années (2017 et 2018), à défendre sa monnaie.

Elle a injecté d’importantes quantités de dollars dans le système monétaire et dit ne plus vouloir suivre cette stratégie en 2019. En effet, malgré cette politique de stabilisation de la monnaie, le cedi a perdu de la valeur en ce début d’année, atteignant même le 18 mars 2019, son plus bas niveau depuis 4 ans (5,5 cedis pour 1 $).

La Banque centrale explique cette situation : « Nous n’avons pas été en mesure de soutenir le marché autant que nous l’avions fait en 2018, car nous avions également des objectifs de réserve à surveiller ». Une grande partie de cette volatilité de la monnaie est le fait des investisseurs non-résidents qui, dès qu’il y a de mauvaises nouvelles, vendent leurs titres et rapatrient leur argent en dollars.

Cela crée une forte demande de devises étrangères et met la pression sur la monnaie locale. La preuve de cette situation est que, depuis la réalisation de l’emprunt international de 3 milliards $ par le pays, le cedi reprend des forces face à la monnaie américaine, sûrement du fait des investisseurs internationaux beaucoup plus calmes.

A la fin de l’année 2018, les investisseurs étrangers détenaient pour 26 milliards de cedis (5 milliards $) de dettes au Ghana, pour des réserves de change de seulement 3,8 milliards $. On peut ainsi comprendre la pression de la Banque centrale sur cette catégorie d’investisseurs.

Mais il n’y a pas que l’investissement étranger qui soit une menace sur le cedi. Le pays, en 2018, a continué de payer à l’extérieur, beaucoup plus qu’il ne reçoit. Sa balance commerciale de biens et marchandises a été positive, soutenue par une hausse des exportations à un niveau record, depuis 2016, de 14,8 milliards $. Toutefois, comme beaucoup de pays africains, la facture des services est très élevée et maintient son compte courant extérieur dans une position négative de 2 milliards $ depuis trois ans.

Dans sa grande volonté de diversifier ses partenaires aux échanges commerciaux, le gouvernement du Ghana a pris l’option de signer des accords de couverture monétaire avec la Chine. Mais selon la Banque centrale, il y a comme une peine pour les acteurs économiques, à accepter le yuan renminbi (monnaie chinoise) comme moyen de paiement. Bien que puissant, le pays de Xi Jinping doit encore convaincre ses partenaires africains.

Reste désormais à voir comment la Banque centrale du Ghana parviendra à mettre en oeuvre son plan visant à diminuer la part d’investissements sur dette locale par des non-résidents et l’effet que cela produira sur ses objectifs de stabilité de la monnaie.

Idriss Linge

 

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