Hausse du tabac : un impôt sujet à contradictions !

22 novembre 2011

Lorsque l’on parle d’une hausse du prix du tabac, il faut comprendre que c’est le Conseil fédéral qui prend la décision d’augmenter l’impôt sur le tabac. Cette augmentation a plusieurs objectifs : la santé publique, la fiscalité, et une harmonisation par rapport à l’Union européenne.

Depuis ces dix dernières années, le prix du tabac a nettement été rehaussé, à plus de 50%. En Suisse, environ un tiers de la population consomme du tabac, que ce soit des cigarettes industrielles, des cigarettes roulées ou encore pour certains, lors de la consommation de drogue.

La hausse du prix touche évidemment essentiellement les classes sociales défavorisées ainsi que les jeunes, qui ont moins de moyens financiers.

En septembre 2010, le Conseil fédéral a décidé d’une nouvelle hausse. Celle-ci devait s’élever à 20 centimes par paquet. Selon le Département fédéral des finances (DFF), cela contribuera particulièrement à la fiscalité fédérale en lui rapportant environ cinquante millions de francs suisses.

Et la santé publique ?

Depuis mai 2010, l’interdiction de fumer dans les lieux publics est entrée en vigueur en matière de fumée passive. Concernant la fumée active, soit les fumeurs mêmes, on voit difficilement un état démocratique tel que la Suisse interdire purement le tabac.

Pour tenter de diminuer la consommation de tabac, et les problèmes de santé en résultant, l’idée est d’augmenter le prix de celui-ci.

Mais une hausse du paquet à 20 centimes, est-ce vraiment efficace ?

Il faudrait que le prix soit bien plus élevé pour qu’il y ait un réel impact, que le consommateur réfléchisse à deux fois avant d’acheter du tabac, ou même qu’il en soit dissuadé.

20 centimes, ça paraît ridicule, sans oser dire que ça l’est ! Cette augmentation de 2010 semble être surtout utilisée pour apaiser le budget fédéral, le DFF l’a dit lui-même ! Niveau santé publique, l’objectif ne risque pas d’être atteint cette année.

C’est à se demander pourquoi les prix ne seraient pas augmentés d’un coup, le Conseil fédéral craint-il une réaction trop importante des consommateurs et de leur liberté de consommer ? Ou craint-il de diminuer significativement le bien-être des fumeurs ?

Je crois qu’il faut choisir, et assumer ses décisions. Soit l’on décide d’élever le prix du tabac et ainsi de réduire la consommation, principalement des jeunes et des classes sociales basses, soit l’on décide de laisser libre le consommateur de décider lui-même d’arrêter de fumer, et de l’encourager. C’est d’ailleurs souvent ce qu’il se passe, les fumeurs, pas tous bien sûr mais une partie, finissent par s’ennuyer d’une telle consommation et sont capables d’arrêter du jour au lendemain.

Idéalement, il faudrait plus que tout, inciter les jeunes, soit de 13 à 25 ans, de ne même pas commencer à fumer. Un coût important limiterait probablement les possibilités financières d’accéder au tabac.

Ensuite, plusieurs interrogations peuvent se poser : le tabac deviendra-t-il un produit réservé aux classes sociales élevées ? Quel sera le marché noir relatif ? Et où s’arrêteront les autorités ? Est-ce qu’un jour, ce sera au tour de l’alcool d’être mis à mort ? Puis à la malbouffe?

Au final, la question revient toujours à se demander où s’arrête la liberté des individus et à quel point l’Etat peut la restreindre.

Ella Dettwiler/Rédactrice chez Le Monde Economique

 

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