Le secteur pharmaceutique développe de nouveaux modèles d’entreprise

24 avril 2011

Les temps sont difficiles pour les entreprises du secteur pharmaceutique: alors que les brevets de plusieurs médicaments blockbusters arrivent à échéance dans un futur plus ou moins proche, peu de nouveaux brevets sont en instance, du fait des difficultés rencontrées dans les activités de recherche et développement.

Par ailleurs, alors que les gouvernements influent de plus en plus sur les marchés de la santé afin de limiter la hausse des coûts, des clients importants comme les caisses maladies exercent eux aussi une pression grandissante afin d’imposer des conditions plus restrictives. Tous ces facteurs pèsent sur le chiffre d’affaires et la rentabilité des entreprises pharmaceutiques.

L’année dernière, le secteur pharmaceutique a annoncé une réponse à ces contraintes. L’année a notamment été marquée par une augmentation massive des investissements dans les domaines des applications pour smartphones, des réseaux sociaux, des sites Web de formation et des appareils sans fil: en tout, 97 projets consacrés à ces domaines ont vu le jour dans le secteur pharmaceutique en 2010, soit une augmentation de 78% par rapport à l’année précédente. «Le secteur a identifié les possibilités qu’offre une communication renforcée, par le biais des appareils mobiles et des réseaux sociaux, avec les patients», explique Patrick Flochel, EMEIA Life Sciences Leader chez Ernst & Young.

Cette évolution cache une transformation fondamentale du rôle que le secteur se donne: alors que leur raison d’être consistait auparavant à développer des médicaments innovants et à en distribuer le plus possible, les entreprises pharmaceutiques se convertissent désormais en fournisseurs de solutions. A l’avenir, leur mission consistera davantage à contribuer à améliorer la santé des patients et à documenter les résultats. «A cet effet, les entreprises pharmaceutiques doivent considérer le traitement des patients comme un processus global, sur lequel elles collectent des données afin de les analyser», affirme Patrick Flochel. Ernst & Young nomme cette évolution du secteur «Pharma 3.0».

La multiplication rapide des smartphones offre de nouvelles perspectives au secteur

Les technologies de communication mises en œuvre par les smartphones et les réseaux sociaux jouent un rôle central dans le développement futur du secteur: en plus de permettre aux patients de surveiller leur propre santé en permanence, elles donnent la possibilité aux entreprises pharmaceutiques d’échanger directement des informations avec ces derniers, ainsi qu’avec les médecins, les hôpitaux et les services de soins. Le nombre des possibilités ne peut que croître, dans un monde où tous les analystes des marchés prévoient un décuplement du nombre d’appareils mobiles dans les dix prochaines années.

Le rapport publié par Ernst & Young montre que les entreprises pharmaceutiques ont renforcé leurs investissements dans le domaine des applications pour smartphones. Ainsi, 41% des projets Pharma 3.0 en 2010 portaient sur ce domaine, contre 11% l’année précédente. Le développement de sites Web de formation a également représenté une proportion importante des projets Pharma 3.0 en 2010 (20%), tandis que 9% des projets ciblaient les réseaux sociaux.

Bon nombre des applications mises au point sont déjà commercialisées. Le patient peut désormais recevoir des rappels pour ses vaccins sur son smartphone, tandis que l’hémophile l’utilise afin de programmer ses transfusions ou le malade cancéreux pour accéder aux informations sur les essais cliniques de nouveaux médicaments contre le cancer dans sa région. Les applications destinées aux diabétiques sont particulièrement évoluées: elles permettent notamment aux patients de transmettre leur taux de glycémie depuis l’appareil de mesure sans fil vers leur smartphone pour mieux les gérer. «Le traitement d’affections chroniques telles que le diabète offre le potentiel le plus important dans le domaine Pharma 3.0», confirme Patrick Flochel. La raison? Le caractère continu de l’évaluation des données du patient, qui peut influer de manière déterminante sur l’évolution de la maladie.

Les entreprises d’autres secteurs menacent de dépasser les entreprises pharmaceutiques

Malgré le nombre important de nouveaux projets Pharma 3.0, le secteur pharmaceutique pourrait bien se voir supplanté sur ce marché d’avenir. En effet, si tous les grands acteurs du secteur investissent dans les applications pour smartphones, réseaux sociaux et d’autres projets similaires, ils se révèlent encore bien trop timorés dans leurs efforts. Selon Patrick Flochel, les entreprises d’autres secteurs pourraient bien dépasser les entreprises du secteur pharmaceutique dans les années à venir. L’an dernier, celles-ci ont investi plus de 20 milliards de dollars dans des projets Pharma 3.0, soit plus que le secteur pharmaceutique lui-même. «Si elles ratent le train, les entreprises pharmaceutiques courent le risque de céder d’importants marchés à la concurrence, entre autres prestataires de services de santé, entreprises de médias ou encore fournisseurs de services informatiques», assure Patrick Flochel.

Afin d’exister sur le nouveau marché, les entreprises pharmaceutiques doivent relever trois défis. D’abord, elles doivent développer de nouvelles compétences, afin d’être en mesure de traiter d’importants volumes de données et d’informations provenant de différentes sources et de les combiner pour en tirer de nouvelles connaissances. Ensuite, elles doivent mettre en place des coopérations avec des partenaires d’autres secteurs, afin de développer de nouvelles chaînes de valeur ajoutée – notamment avec des entreprises du secteur informatique ou des prestataires de services de santé. Enfin, elles doivent développer de nouveaux modèles d’entreprise, qu’elles devront exploiter simultanément au modèle

Exploiter son avance en matière de connaissances et regagner la confiance perdue

Pour réussir sa transformation, le secteur pharmaceutique doit non seulement mettre l’accent sur ses forces, mais également instaurer un climat de confiance. «Le secteur dispose d’une grande longueur d’avance en matière de connaissances scientifiques et médicals qu’il peut exploiter», soutient Patrick Flochel. «Pour cela, les entreprises du secteur devront éliminer les conflits d’intérêts et regagner la confiance qu’elles ont perdue ces dernières années.» Car dans l’ère de Pharma 3.0, les valeurs fondamentales s’appellent ouverture d’esprit et informations objectives.

Cette transformation du secteur s’étendra sur plusieurs années et entraînera des changements radicaux au niveau des entreprises du secteur et de leurs modèles d’entreprise, selon Patrick Flochel. «Toutefois, Pharma 3.0 offre de multiples possibilités aux entreprises de se développer sur un mode durable.» Les anciennes sources de revenus ne disparaîtront pas complètement du paysage: les entreprises pharmaceutiques continueront de développer et de distribuer de nouveaux médicaments. Seulement, cette activité est désormais appelée à constituer un modèle d’entreprise parmi (beaucoup) d’autres.

 

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