Performance des fonds d’investissement français : les clés de la réussite

3 juillet 2019

Par Daniel Vannier

La performance des sociétés de gestion repose sur plusieurs paramètres parmi lesquels la clarté de la stratégie, la sélectivité des investissements, l’implication et l’esprit entrepreneurial de l’équipe. Le soutien d’un sponsor, mais également la prise d’indépendance progressive dudit sponsor, semblent également peser dans la balance.

Une étude de l’Université de Cambridge (1) sur le secteur du private equity américain a pu démontrer que les fonds indépendants surperforment largement les fonds adossés à un sponsor (banques, groupes industriels ou organismes parapublics). La gestion du risque, la stratégie voire le système de rémunération des équipes diffèrent de fait entre ces deux types de fonds, ce que confirme une étude allemande sur près de 180 sociétés de gestion (2).

Cependant, les bénéfices de l’appui d’un fond par une structure plus importante peuvent être extrêmement appréciables, surtout dans la perspective de prendre le jour venu leur indépendance :

Les fonds adossés à des organismes financiers permettent souvent d’établir des relations de long terme avec les entreprises qu’elles soutiennent, pour leur proposer éventuellement d’autres services comme des prêts bancaires, des conseils en matière de fusions-acquisitions ou d’entrée en Bourse…

Les fonds liés à des groupes industriels ou parapublics vont pouvoir obtenir avec le temps une connaissance unique d’un secteur ou d’une industrie, apportant un appui précieux à leurs participations (partenariats, croissance externe, développement technologique ou commercial).

Ces mêmes fonds, devenus indépendants, seront ainsi mieux armés face à la pression des investisseurs pour améliorer leurs performances financières. Ils seront généralement plus « actifs », impliqués dans la gestion de leurs participations, et souvent plus efficaces.

C’est pour ces raisons, mais également pour répondre aux attentes des investisseurs, que le nombre de sociétés de gestion ayant encore un sponsor est de plus en plus limité. À l’exception de quelques filiales de banques comme CM CIC Investissement ou d’organismes professionnels tel Unigrains avec Céréa Partenaires, la plupart ont pris leur indépendance. De nombreux exemples vont dans ce sens…

Astorg Partners : l’art du LBO

Spin-off de Suez, qui s’est retiré en 2003, et aujourd’hui société indépendante détenue par Xavier Moreno, Thierry Timsit et Joël Lacourte, Astorg Partners figure régulièrement dans le top 10 des sociétés de gestion les plus performantes du monde (HEC – Dow Jones Private Equity Performance Ranking). Passée maître dans l’art du LBO, cette société gère actuellement huit milliards d’euros d’actifs répartis sur trois fonds, dont Astorg VII (4 milliards d’euros), en phase d’investissement. Depuis 1998, Astorg affiche 45 transactions, générant un rendement du portefeuille de 27 % par an sur les 34 investissements réalisés. Des chiffres qui témoignent, selon la société, de sa « capacité à créer de la valeur en fournissant des structures de capital adéquates et une orientation stratégique solide ».

Astorg investit dans des entreprises dont la valeur est comprise entre 200 M€ et plus d’un milliard d’euros. Des entreprises à fort potentiel de croissance et capables de maintenir des marges opérationnelles élevées, grâce un fort pouvoir de fixation des prix. Donc des entreprises leaders sur leur marché ou protégées par des actifs difficiles à constituer (marques, brevets, etc.). Secteurs privilégiés : la santé (services, diagnostic, pharmacie), les services professionnels (externalisation, location) et la production industrielle.

Astorg revendique également sa proximité avec le management des entreprises accompagnées et une prédilection pour les entreprises familiales. « Notre rôle se rapproche de celui du jardinier », explique Xavier Moreno au magazine Entreprendre. « Apporter des conseils, des ressources, des impulsions à l’entreprise, être son partenaire pour accélérer son développement et passer à une taille au-dessus… Nous avons une sorte de contrat de cinq ans au cours duquel on va essayer de faire de l’entreprise une structure plus puissante, plus internationale… Ce que l’on attend du private equity, c’est du conseil et de l’expertise. Trouver de l’argent, c’est relativement facile, avoir de l’argent qui apporte de la valeur ajoutée par l’expertise, c’est notre métier ».

Omnes Capital : un accompagnement actif

Ex-Crédit Agricole Private Equity, Omnes Capital a, pour sa part, quitté le giron de sa société-mère en 2012. « C’est une évolution naturelle pour une société de gestion captive que de prendre son indépendance », commentait à l’époque son président, Fabien Prévost. La même année, la société de gestion recevait le prix de la meilleure équipe de capital-risque décerné par Capital Finance. Une étape réussie qui s’est traduite par la levée successive de plusieurs fonds « de tiers ».

Dans cette nouvelle phase de croissance, Omnes a poursuivi sa stratégie d’investissement dans des PME à fort potentiel de croissance, en accompagnant les entrepreneurs de manière active et pérenne, tout en maintenant les liens privilégiés et construits de longue date avec les différentes entités du groupe Crédit Agricole. Aujourd’hui détenu à 100 % par ses managers et associés, Omnes Capital est un acteur majeur du private equity et de l’infrastructure. Avec 3,6 milliards d’euros d’actifs sous gestion et 450 entreprises accompagnées, la société apporte aux entreprises les fonds propres nécessaires à leur développement à travers ses trois métiers de référence : capital risque, capital développement & transmission, infrastructure.

Sa seule branche capital-risque gère quelque 700 M€, dans les secteurs de la santé et du digital. Le fonds a développé un réseau constitué d’anciens entrepreneurs, d’entrepreneurs en activité, mais aussi de spécialistes de la R&D issus de grands groupes, pour épauler les startups dans lesquelles Omnes investit.« Nous ne nous substituons pas aux entrepreneurs », explique Michel de Lempdes, un des associés gérants du fonds, dans le magazine des startups Maddyness. « Nous leur apportons des process quand ils en manquent, pour anticiper les différentes étapes de croissance de l’entreprise. Et nous leur donnons un effet miroir, qui leur permet d’évoquer leurs difficultés avec des entrepreneurs qui sont passés par le même chemin. »Une grille de lecture qui n’est pas pour rien dans les performances du fonds.

Azulis Capital : s’impliquer dans la transformation de l’entreprise

L’équipe d’investissement d’Azulis Capital s’est constituée, elle, en 1993, au sein du département d’investissement en private equity de BNP (Banexi), spécialisé dans le marché intermédiaire. C’est en 2000 que se produit le spin-off, pour gérer des programmes de capital-investissement de tiers, et en 2005 que s’opère naturellement la prise de contrôle par l’équipe des partenaires fondateurs. La même année, Azulis lance son fonds de deuxième génération (MMF II).

Aujourd’hui, Azulis Capital est un acteur majeur du capital-investissement sur le segment des entreprises de taille moyenne. La société propose aux PME françaises (d’une valeur de 15 à 150 M€) des solutions de transmission ou de financement de leur croissance. Elle intervient dans « des entreprises indépendantes, le plus souvent familiales, souvent en position de leadership sur leur segment de marché, dotées d’un projet de développement ambitieux et prêtes à s’engager dans une démarche de progrès en matière de RSE ». Elle soutient l’équipe dirigeante sur une durée de quatre à sept ans avec pour objectif d’accroître significativement la valeur de l’entreprise par l’amélioration de ses performances financières et extra-financières.

Azulis a annoncé en avril dernier le closing de son fonds de cinquième génération (MMF V) à 215 M€, soit au-delà de son objectif initial de 200 M€. Secteurs de prédilection : la santé, l’agroalimentaire, la distribution/biens de consommation et les services aux entreprises. La société s’appuie sur une stratégie active de « build-up » afin d’accélérer la croissance des entreprises accompagnées pour les transformer en champions de leur catégorie. Elle s’implique dans la transformation opérationnelle des entreprises qu’elle a en portefeuille, tant en matière de ressources humaines, que de supply chain, d’export ou de transformation digitale. L’une des dernières cessions du fonds est ainsi passé en cinq ans du statut d’acteur régional à celui d’un des leaders français de son secteur, en multipliant par 2,5 son chiffre d’affaires.

L’implication dans les entreprises accompagnées au-delà de la seule gestion financière, l’esprit entrepreneurial et l’autonomie décisionnelle font donc partie des clés de la performance des sociétés de private equity. Autant de qualités qui ont tendance à se développer avec l’émancipation naturelle des équipes de gestion, lorsqu’elles ont atteint la maturité nécessaire sous l’aile d’une structure plus importante, bienveillante et vertueuse.

(1) https://www.cambridge.org/core/journals/journal-of-financial-and-quantitative-analysis/article/performance-of-investment-bankaffiliated-mutual-funds-conflicts-of-interest-or-informational-advantage/C6D6713B6C4B8C786282C09A38E8F3E2

(2) https://link.springer.com/article/10.1007/s11408-006-0036-0

 

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