Pourquoi le géant Nigéria se fait désirer ?

22 mai 2019

Par Abdou Diaw

Le 20 avril passé, la Commission de l’Union africaine annonçait l’entrée en vigueur de l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca) à partir du 30 mai 2019. Cela fait suite au dépôt de deux instruments de ratification effectués par la Sierra Léone et la République sahraouie. Depuis le sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA), le 21 mars 2018, marquant la signature de l’Accord sur la Zone de libre échange continentale (Zleca), les chefs d’État africains et de gouvernement n’ont cessé de presser le pas pour inviter leurs autres pairs à ratifier ledit accord afin de passer à l’étape de mise en œuvre. Il a fallu attendre plus d’un an après le sommet de Kigali pour atteindre le quorum (22 pays).

Malgré la volonté exprimée par les dirigeants africains de concrétiser la création d’un marché de libre échange à l’échelle continentale, certains pays comme le Nigeria, l’une des plus grandes puissances économiques du continent, tarde toujours à rejoindre le cercle des Etats ayant déjà ratifié l’accord. L’attitude de ce mastodonte pourrait être expliquée par des raisons économiques et commerciales. En effet, si on prend le cas du Nigeria, nul n’ignore le poids d’influences qu’exercent les acteurs du secteur privé national. Au lendemain de l’institution de l’accord, en mars 2018 à Kigali, nombreux étaient les industriels nigérians qui s’étaient soulevés pour tirer la sonnette d’alarme. Ces actions de mises en garde ont poussé les autorités étatiques du Nigéria à faire machine arrière. Jusque-là, les appels ne cessent de retentir pour inviter le géant économique du continent à ratifier l’accord.

Son absence dans cette initiative constituerait, sans nul doute, un manque à gagner pour le marché africain si l’on sait que le Nigéria regorge un bassin important de consommateurs. Il convient de souligner que ce pays fait près de 200 millions d’habitants. Les derniers chiffres relayés par le cabinet de conseil et d’audit, PwC, note que la population du pays devrait passer à 206 millions d’habitants en 2020 à 264 millions en 2030.  Le Nigéria, selon les dernières prévisions économiques de la Banque africaine de développement (BAD), représente près de 20 % du PIB continental et environ 75 % de l’économie ouest-africaine. Malgré cette domination, ses exportations vers le reste de l’Afrique sont estimées à 12,7 %, et seulement 3,7 % du commerce total est réalisé au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, toutes les initiatives pouvant permettre de convaincre le Nigéria à ratifier l’accord sur la Zleca seront les bienvenues.

Que ce soit la Commission de l’Union africaine, la Banque africaine de développement, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), toutes ces institutions devraient être mises à contribution afin d’amener le Nigéria à adopter l’accord sur la Zleca. Les nombreuses opportunités qu’offre la Zleca sont si importantes au point que sa mise en œuvre devrait être l’affaire de tout citoyen du continent africain. La ZLECA rassemble les 55 États membres de l’Union africaine, soit tous les pays du continent. La Zone de libre échanges, il s’agit d’un marché global de plus de 1,2 milliard de personnes, susceptible de provoquer à terme une gigantesque transformation du commerce intracontinental.

La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (UNECA) estime que la ZLECA pourrait stimuler le commerce intra-africain en supprimant les droits à l’importation et pourrait même le doubler, dans l’hypothèse où les obstacles non tarifaires sont également réduits. Cela permettrait de porter le taux actuel du commerce intra-africain de 15 % à 52,3 % – comparativement à 54 % dans la Zone de libre-échange nord-américaine, 70 % au sein de l’Union européenne et 60 % en Asie. Les dernières prévisions de la Banque africaine développement (BAD) mettaient en exergue les bonnes performances réalisées par le Nigéria, notamment dans le secteur tertiaire. En effet, l’institution financière relevait que l’importance croissante des services a soutenu la croissance de l’économie nigériane. Le secteur représente environ la moitié du PIB, les 10 % provenant du pétrole et les 22 % de l’agriculture. La croissance du PIB réel était estimée à 1,9 % en 2018, reflétant une reprise dans les services et l’industrie, en particulier les mines, les carrières et la fabrication. La reprise a bénéficié d’une plus grande disponibilité des devises étrangères.

 

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