Prévisions conjoncturelles pour la Suisse

27 mars 2012

Au printemps 2012, malgré des évolutions divergentes d’un pays à l’autre, le contexte conjoncturel international est légèrement plus favorable qu’il y encore quelque mois. Même si la zone euro se trouve, comme on pouvait s’y attendre, au bord d’une (légère) récession, à cause des charges induites par la crise de la dette (programmes d’économies budgétaires forcées dans plusieurs pays, etc.), on peut y déceler des premiers signes d’embellie.

Grâce en particulier aux mesures d’injection de liquidités prises par la Banque Centrale Européenne (BCE), les tensions qui s’étaient formées sur les marchés financiers se sont réduites depuis le début de l’année 2012. Cela s’est traduit par une baisse des primes de risque pour les pays et les banques, notamment à la périphérie de la zone euro. Les enquêtes conjoncturelles font également état des premiers signes d’une stabilisation conjoncturelle.

La probabilité qu’une reprise de la conjoncture s’installe progressivement s’est donc améliorée – au prix, il est vrai, d’un clivage marqué entre les pays de la zone euro. Alors que les perspectives se sont déjà éclaircies en Allemagne, divers pays, dont l’Italie et l’Espagne, sont nettement entrés en récession.

En comparaison, la conjoncture se porte mieux dans d’autres régions du monde. Aux Etats-Unis, la reprise économique s’est consolidée durant les derniers trimestres et gagne progressivement le marché de l’emploi, dont le redressement s’est fait attendre jusqu’à présent.

Etant donné cependant les séquelles de la dernière crise – marché immobilier en pleine déliquescence, chômage élevé et endettement des ménages –, il ne faut pas s’attendre à un rebond énergique de l’économie américaine. Du côté des pays émergents, en dépit d’un ralentissement indéniable, leurs économies continuent de croître solidement et de jouer un rôle positif pour l’économie mondiale.

Malgré la légère amélioration des perspectives conjoncturelles, l’avenir à moyen terme de l’économie mondiale reste toutefois plombé par la persistance d’importants problèmes structurels. Dans plusieurs pays de l’OCDE, la réduction indispensable de la dette (publique et privée) très élevée pourrait en particulier freiner la croissance durant plusieurs années.

Prévisions conjoncturelles pour la Suisse
En Suisse, la conjoncture s’est notablement ralentie jusqu’à la fin de l’année 2011. Ce ralentissement n’a pas été surprenant, si l’on considère les conditions difficiles qui ont prévalu durant les derniers trimestres pour le commerce extérieur (franc fort et morosité de la conjoncture européenne). Au 4e trimestre 2011, la croissance du PIB est néanmoins restée tout juste dans les chiffres noirs (+0,1% par rapport au trimestre précédent), contrairement à plusieurs pays de l’Union Européenne. Depuis le début de 2012, des premiers signes de stabilisation sont livrés par les enquêtes conjoncturelles, ce aussi bien pour le climat des affaires dans les entreprises que pour le moral des consommateurs. Ces évolutions indiquent que le fond du creux conjoncturel pourrait avoir été atteint.

Si l’économie suisse semble pouvoir se maintenir sur un sentier de croissance, malgré un ralentissement inévitable, elle le doit d’une part à la persistance d’une demande intérieure robuste. Les investissements dans la construction, notamment, croissent fortement depuis quelque temps grâce à des conditions-cadres favorables (taux d’intérêt faibles et croissance démographique). La consommation des ménages continue de livrer également des impulsions positives à la conjoncture. D’autre part, les exportations fléchissent moins qu’escompté il y a encore quelques mois. C’est surtout la diversité des branches qui joue le premier rôle. Car si le tourisme et l’industrie des machines, de l’électronique et des métaux traversent une période difficile, d’autres secteurs comme l’horlogerie ou la chimie/pharmacie continuent à se développer. Les tensions liées à la forte appréciation du franc suisse ont perdu quelque peu en intensité depuis que la Banque Nationale Suisse (BNS) a fixé un cours plancher face à l’euro. Mais le franc suisse reste fortement évalué sur les marchés des changes en comparaison historique.

Dans l’ensemble, le Groupe d’experts de la Confédération se voit confirmé dans son impression que l’économie suisse traverse un creux conjoncturel marqué, mais n’entre pas en récession. Pour autant que la légère embellie du contexte international – en particulier l’apaisement de la crise de la dette de la zone euro – se poursuive, la croissance de l’économie suisse devrait s’accélérer progressivement au cours de l’année 2012. Pour l’ensemble de l’année, le Groupe d’experts prévoit désormais une croissance du PIB de 0,8% (contre 0,5% jusqu’ici). C’est essentiellement en raison d’une accalmie conjoncturelle moins marquée durant l’hiver dernier que la prévision de 2012 a été légèrement revue à la hausse.

Pour 2013, le Groupe d’experts table sur une poursuite de la reprise conjoncturelle en Suisse et une croissance du PIB de 1,8% (contre 1,9% prévu jusqu’à présent). Plombées en effet par les processus nécessaires de désendettement, les perspectives économiques de plusieurs pays s’opposent à un essor énergique, ce qui tempérera la croissance des exportations de la Suisse et sa conjoncture.

Sur le marché du travail, on perçoit depuis l’automne dernier les premiers signes d’une inflexion négative, d’origine conjoncturelle, encore que le chômage n’ait guère réellement augmenté (passage du taux de chômage désaisonnalisé de 3,0 à 3,1% à fin février 2012). Pour les mois à venir, divers indicateurs précurseurs ne traduisent pas non plus d’aggravation rapide et marquée. La faiblesse actuelle de la conjoncture devrait cependant continuer à affecter, pour plusieurs trimestres, les chiffres du chômage, en particulier dans les secteurs en difficulté (comme l’industrie d’exportation, le tourisme ou le secteur financier). On sait en effet que le marché du travail ne réagit qu’avec un certain retard à l’évolution générale de la conjoncture. Dans le contexte d’une reprise plutôt mesurée de la croissance, le Groupe d’experts prévoit que le chômage pourrait encore augmenter durant les prochains trimestres, avant que le mouvement ne s’inverse en cours d’année 2013. En moyenne annuelle, ces tendances d’évolution devraient aboutir à un taux de chômage de 3,4% en 2012 et de 3,7% en 2013.

Risques conjoncturels
Malgré la tendance à l’apaisement observée durant les derniers mois et semaines, la crise de la dette de la zone euro représente encore un facteur de risque important pour l’évolution de la conjoncture internationale, et donc également pour la Suisse. La détente observée sur les marchés financiers – essentiellement grâce aux mesures d’accroissement des liquidités par la BCE – doit encore être consolidée par des réformes économiques convaincantes (politiques budgétaires plus crédibles et réformes dans la politique de croissance) dans divers pays de la zone euro, ce qui représente une tâche de plusieurs années. Les problèmes d’endettement de nombreux pays de la zone euro restent aigus et sont aggravés par les tendances récessives récentes. Dans un tel contexte, le risque d’une nouvelle perte de confiance de la part des marchés financiers ne peut pas être exclu. Un autre facteur potentiel de risque est représenté par la situation politique tendue au Proche-Orient. En cas d’escalade militaire, la récente augmentation des prix du pétrole pourrait prendre l’ascenseur et grever encore davantage la conjoncture internationale.

D’un autre côté, il faut souligner que durant ces dernières
années, l’économie suisse a connu des développements plus favorables qu’escompté, malgré des conditions-cadres extrêmement défavorables (crise financière mondiale, crise de l’endettement de la zone euro, franc fort). Il en va de même des conséquences du dernier fléchissement conjoncturel européen, qui semble avoir des conséquences moins marquées que prévu il y a encore quelques mois. Cette relative robustesse pourrait refléter quelques atouts structurels de l’économie suisse, comme la résistance plus élevée qu’escompté de certaines industries exportatrices, grâce à une diversification favorable par branches et débouchés, ainsi que les effets positifs de l’immigration sur la demande intérieure. Ces atouts sont également susceptibles d’agir favorablement sur la croissance économique durant les prochaines années.

 

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