Stephen Moussirou : « Nous saluons le travail de dynamisation des marchés financiers en zone CEMAC »

7 octobre 2018

Agence Ecofin) – Dans une interview accordée à l’Agence Ecofin, le Directeur Général de l’assureur gabonais Assinco admet suivre l’évolution de la dynamisation des marchés financiers en Afrique Centrale. Au passage, il donne aussi des précisions sur le positionnement de son entreprise

Agence Ecofin : Pour l’exercice 2017, Assinco a annoncé un chiffre d’affaires de 17,5 milliards de FCFA, en progression de 20% comparé à celui de l’année 2016. Au-delà du succès de votre nouvelle stratégie de proximité, qu’est-ce qui a permis cette performance, dans un environnement marqué par des défis économiques et une ambiance socio-politique un peu tendue au Gabon ?

Stephen Moussirou : Assinco accompagne et conseille ses assurés, particuliers et entreprises, dans la protection de leur patrimoine depuis plus de 20 ans au Gabon. L’ambition déclinée dans notre plan stratégique est de nous positionner en opérateur de référence et en partenaire de confiance. C’est pourquoi la direction générale et l’ensemble du personnel mettent un point d’honneur à respecter les engagements vis-à-vis de toutes les parties prenantes. Cette volonté affichée de se rapprocher des intermédiaires et des assurés ainsi que les actions mises en œuvre ont donc permis de créer ce climat de confiance, propice à notre développement malgré cet environnement contrasté.

AE: La réforme entrée en vigueur en janvier 2018 sur les produits d’assurance automobile a-t-elle aidé à réparer des situations de concurrence déloyales qui étaient devenues complexes à gérer dans le secteur ?

SM : Il est important de préciser que le chiffre d’affaires automobile du marché FEGASA a reculé de 17% entre décembre 2015 et décembre 2017. Passant de 27 milliards CFA à 23 milliards CFA. Dans le même temps, le nombre de compagnies IARDT a progressé de 5 à 7. Les dispositions transitoires du tarif automobile, telles qu’arrêtées par les fédérations (FEGASA & FGCA), la direction nationale des assurances (DNA) et la confédération patronale (CPG), ont eu pour effet de mieux encadrer la garantie obligatoire Responsabilité Civile automobile. En complément, la Direction Nationale des Assurances a lancé un programme de contrôle des compagnies et des courtiers, ce qui a eu pour effet d’harmoniser les pratiques.

AE: Rendu au terme des 9 premiers mois de 2018, quelles sont les performances de votre entreprise et aussi, devrions nous attendre à un niveau de progression analogue à celui de l’exercice précédent ?

SM : Au cours de l’exercice 2018, nous avons poursuivi nos actions de transformation et d’amélioration continue de nos processus et services. Notre chiffre d’affaires à fin aout s’élève à 16,3 milliards de primes encaissées, en progression de 15%. En outre, la construction de notre nouveau siège Odyssée, en front de mer de Libreville, devrait s’achever au dernier trimestre.

Notre chiffre d’affaires à fin aout s’élève à 16,3 milliards de primes encaissées, en progression de 15%. En outre, la construction de notre nouveau siège Odyssée, en front de mer de Libreville, devrait s’achever au dernier trimestre.

Cette performance peut être nuancée par le recul continu du chiffre d’affaires automobile au niveau du marché (-5% entre juin 2017 et juin 2018). Cette branche à forte rétention est la principale composante du résultat technique des compagnies IARD du marché FEGASA.

AE: La zone de régulation CIMA dont vous dépendez a décidé de l’augmentation du capital social des sociétés d’Assurance de ses pays de compétence pour le porter à 5 milliards de FCFA au plus tard en 2021. Assinco n’a plus ce défi, puisque votre capital social a déjà atteint ce montant, mais quel commentaire faites-vous de cette règlementation, est-ce une opportunité de croissance à moyen terme ?

SM : Le capital social d’Assinco a été porté à 5 milliards depuis décembre 2014. Soit deux ans avant la publication du règlement en objet. Ce règlement n°7/CIMA/PCMA/CE/2016 est une mesure ambitieuse du régulateur, qui vise à assainir les marchés en augmentant la solvabilité de nos compagnies d’assurances. En effet, certaines compagnies peinent à faire face à leurs engagements réglementés, compte tenu de fonds propres peu importants ou encore de trésorerie insuffisante. Cela a pour effet de ralentir la cadence de règlement des sinistres et générer de l’insatisfaction chez les assurés, victimes, tiers…

En effet, certaines compagnies peinent à faire face à leurs engagements réglementés, compte tenu de fonds propres peu importants ou encore de trésorerie insuffisante. Cela a pour effet de ralentir la cadence de règlement des sinistres et générer de l’insatisfaction chez les assurés, victimes, tiers…

Cette réglementation représente bien entendu une opportunité de croissance externe pour toutes les compagnies.

AE: Depuis 2016 aussi, Il est désormais interdit de souscrire à une assurance directe pour un risque concernant une personne, un bien ou une responsabilité, situé sur le territoire d’un Etat membre, auprès d’une compagnie établie à l’étranger. Est-ce que d’une certaine manière vous avez ressenti un impact positif de cette décision ?

SM : Le nouvel article 308 auquel vous faites référence a eu pour effet d’accroître la rétention de primes dans la zone, mais également les commissions que les compagnies d’assurances perçoivent sur les cessions dites facultatives auprès des réassureurs implantés dans la zone CIMA.

AE: Est-ce qu’on peut s’attendre à une augmentation prochaine de vos fonds propres afin de vous lancer dans une croissance supplémentaire au-delà de 2021 ?

SM : On peut s’attendre à tout. L’ambition de notre Groupe (Groupe BGFIBank) est de construire est Groupe financier africain pour le monde. L’étoile est symbole phare du Groupe BGFIBank ; nous comptons donc tout mettre en œuvre pour la faire briller davantage.

AE: Dans votre bilan de 2017, on note que les réserves sur plus-values à réinvestir sont de près de 6 milliards de FCFA, mais dans le même temps, le résultat des placements (500 millions de FCFA) a été les plus bas depuis trois ans. La faiblesse du marché financier et des capitaux locaux suffit-elle à justifier cette disparité ?

SM : Le poste réserve sur plus-value à ré investir est à rapprocher de notre projet immobilier R+10 en front de mer du centre-ville de Libreville : le nouveau siège Odyssée, qui sera livré au dernier trimestre 2018. Soit une plus-value sur activité financière ré investie en immobilier. Pour ce qui du résultat de placement, le principal investissement de la période est ce placement immobilier. Une fois terminé, le retour sur investissement de notre activité de placements devrait également se redresser.

AE: La Société Financière Internationale et d’autres acteurs institutionnels sous régionaux travaillent dynamiser le marché financier sous-régional au-delà du processus de fusion en cours. Est-ce que cette évolution des choses vous semble porteuse de promesses concrètes ?

SM : Nous sommes forcément attentifs à ce processus. Au-delà de notre activité d’investisseur institutionnel, nous sommes également actionnaire de la BVMAC. Par conséquent, nous saluons cette initiative et y participerons autant que possible.

AE: En 2017 votre entreprise a célébré son vingtième anniversaire comment se projette-t-on lorsqu’on franchit ce niveau de durée de vie dans un marché comme celui du Gabon, qui reste très petit quand même ?

SM : Il appartient aux opérateurs cités plus haut (FEGASA, FGCA, DNA, CPG) de mettre en œuvre des actions fortes afin d’élargir ce marché ainsi que la culture d’assurance, notamment auprès des particuliers. Pour information, le taux de pénétration de l’assurance au Gabon est largement inférieur à ce qui peut s’observer dans d’autres parties du monde. Pour cela, Assinco diffuse sur son site internet ainsi que sur Gabon 1ere des videos animées de sensibilisation à l’assurance.

3 produits sont notamment mis en avant : l’assurance automobile, habitation, pack voyage. Par ailleurs, notre site internet présente des fiches relatives à divers produits d’assurance afin d’informer les prospects et souscripteurs, mais surtout dans un souci de transparence. Des actions sont également menées par le marché afin de rencontrer les populations, en vue de les informer et de créer la confiance.

Entretien réalisé par Idriss Linge

 

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