Dans la tête de YeJiang Pan (ou ce que l’on pourrait y trouver)

4 octobre 2018

Par Marie-Gabrielle Cajoly

Il faut que je parle à Wang Lei et Wang Zhaozhao. On va aller dîner et on va discuter. On parle toujours mieux affaires, et en toute amitié, autour d’une bonne table. Nos amis Français disent que c’est typiquement chinois ; ils me font rire. Et eux donc, avec leur culte de la cuisine de terroir et leurs vignobles ? L’opération de cet été a dépassé nos espérances. On a été pris de court par notre propre succès. Et c’est tant mieux. C’est ce que je veux. Transformer Vatti. Révolutionner le groupe. Et surtout notre image. La rajeunir et faire bénéficier par procuration notre marque de cette passion, de cette jeunesse et de ce dynamisme cosmopolite qu’incarne le football dans le cœur et la tête des consommateurs du monde entier. Bien sûr, on a été secoués par les petits actionnaires. Les victoires progressives des Bleus leur ont fait perdre confiance. Certains ont prié pour la perte de l’équipe des jeunes Français…et je dois dire que j’ai été tenté. Et puis ils ont décroché. Ils ont vendu en masse. Et l’action a chuté. Ils n’ont pas compris. On s’est expliqué trop tard sans doute. Il va falloir renforcer le dialogue avec eux pour les éclairer sur le chemin qui se dessine devant nous. Ils comprendront. Ils reviendront à nous. Ils reviennent déjà. A défaut, nous attirerons un autre profil d’actionnaires, une autre trempe d’investisseurs. Notre décrochage de plus de 50% à la bourse de Shenzhen depuis juin dernier sera bientôt derrière nous. Nous voici quasiment de retour au niveau que l’action affichait avant que nous lancions notre partenariat avec la Fédération française de football. Comme le veut la sagesse de Lao-Tseu, « un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas ».

Notre marque a un voyage de mille lieues devant elle. Et nous l’avons entamé. Cet été, avec les Bleus, nous avons fait le premier pas. Un pas décisif. Et quel pas ! Comme dirait leur président, nous sommes « en marche » ! Qui connaissait Vatti avant notre fameux « Forfait champion » ? Une cuisine achetée, c’est une cuisine totalement remboursée en cas de victoire des Bleus en coupe du monde. On a fait de sacrés heureux grâce aux Français. Nos compatriotes en mal d’électroménager ont fait le pari sur nous. Ils se sont jetés sur nos produits comme sur des petits pains français. 30% d’augmentation de nos ventes ! Des familles ont mis dans nos cuisines et ustensiles les économies de plusieurs années. Nos stocks ont raclé le fond et on a engrangé 85 millions de yuans en bénéfices. Evidemment, ce succès a aussi eu un coût. Il a bien fallu tenir parole. 79 millions de yuans d’achats, 79 millions de yuans à rembourser donc, en direct ou en coupons. Pari et promesse tenus. Entre-temps le gain en visibilité est inestimable. Quelle percée ! C’était un coup de maître même si risqué. On me critique pour cela en Chine. Et la presse occidentale s’est gaussée. Peu importe. Il faut savoir prendre des risques. J’ai la quarantaine et le changement pour cap. C’est celui de toute une génération avec Jack Ma[1] et Wang Jianlin[2] en tête de ligue. Depuis trois ans que je suis aux commandes, je dépoussière la marque, je la dynamise, je la rajeunis. Avec ce coup, je l’ai imposée sur la scène internationale. En Chine, à Hong Kong, Taiwan et Macao, nous avons étendu notre portefeuille de consommateurs de façon inespérée en un temps record. En France, en Europe et partout dans le monde, nous nous sommes offert une visibilité digne de l’équipementier Nike ! Une publicité toute neuve auprès des consommateurs et acheteurs de demain, les occidentaux, et une personnalité internationale aux yeux de nos consommateurs d’aujourd’hui, nos compatriotes chinois. N’est-ce pas notre ambition ? Il faut donc s’en donner les moyens.

D’ailleurs, il ne s’agit pas seulement de mon ambition ou de celle de Vatti. C’est celle de la Chine tout entière et de son économie sous la houlette de Xi Jinping. Chapeau à Mengniu pour avoir obtenu l’exclusivité des droits sur la vente des confiseries et produits laitiers en stade. Belle première pour un groupe chinois ! La diffusion de leur film publicitaire à chacun des 64 matchs du début à la fin de la coupe du monde est une réussite. Jamais autant de consommateurs occidentaux n’auront été exposés d’un seul coup à nos chers produits laitiers mongols ! Vivo a aussi très bien placé ses smartphones et Hisense ses téléviseurs et réfrigérateurs. Yadea s’est offert une belle plateforme de publicité pour ses scooters électriques. Vraiment, les marques chinoises étaient en force cet été sur les scènes russe et mondiale grâce à la FIFA. Le scandale Sepp Blatter est derrière, à nous l’ère de la FIFA de Gianni Infantino. Sony, Johnson & Johnson et Castrol se sont désistés, les autres marques occidentales ont fait la fine bouche. Quelle veine ! Et une chance inespérée non seulement pour la coupe 2018 en Russie mais aussi pour celle au Qatar en 2022. En manque de liquidités, la FIFA était comme un moulin sans eau… 369 millions dollars de pertes en 2016, il fallait bien les combler. De quoi négocier nos entrées. Pour Vivo, avec ses neuf ans d’existence seulement, c’est un joli contrat de sponsor officiel à 400 millions d’euros pour six ans, Coupe des Confédérations incluse. Mais comme toujours, la palme revient à Wang Jianlin qui a installé son groupe Wanda aux côtés de Coca-Cola, Visa, Adidas et Gazprom comme partenaire officiel pour les quatre prochaines coupes ! Il a raison de clamer que c’est ainsi que nous promouvrons les intérêts, non seulement des marques chinoises, mais aussi du football chinois. Ne serait-ce pas merveilleux d’accueillir la coupe en 2030 ? De faire de la Chine une super puissance du football mondial ? Être hôte de la coupe, gagner la coupe…et pourquoi pas un jour présider la FIFA…

[1] Ma Yun, dit Jack Ma, premier marchand en ligne au monde, président d’Alibaba Group et propriétaire de aliexpress.com

[2] Wan Jianlin, propriétaire du conglomérat Wanda Group (anciennement Dalian Wanda Group)

Photos@Vatti Weibo

 

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