3 questions à René Desbaillets: « Pourquoi ne pas créer un label « Terroir suisse » avec l’aide de la Confédération ? »

9 janvier 2020

3 questions à René Desbaillets viticulteur-encaveur du Domaine des Abeilles d’or

Monde Économique : Les pays producteurs de vin exportent toujours plus, ne serait-ce que pour compenser les pertes sur leur marché indigène ! Pourquoi la Suisse ne le ferait-elle pas ?

René Desbaillets : Les producteurs de vins étrangers, comme pour d’autres produits d’ailleurs, sont très actifs sur le marché suisse pour 4 raisons principalement :

• Le revenu moyen des ménages suisses est parmi les plus élevés du monde.

• La valeur du franc suisse et sa stabilité sont très intéressantes pour les viticulteurs qui exportent en Suisse.

• La TVA sur les vins, nettement plus basse en Suisse qu’ailleurs, fait que les vins étrangers sont très souvent moins chers en Suisse que dans leur pays d’origine.

• Les contingents d’importation de vins sans taxes ont été fixés dans les années 90, d’après les consommations de l’époque. Or, ces contingents n’ont pas été adaptés alors que la consommation a baissé d’environ 30 %.

Pourquoi la Suisse n’exporte-t-elle que très peu de vin ? Pour les raisons inverses que celles précédemment citées d’une part et d’autre part car nous ne produisons que 40 % des vins consommés en Suisse.

Monde Économique : Les producteurs suisses ne peuvent lutter à armes égales face aux vins importés, qui sont vendus à des prix impossibles à concurrencer. Est-ce un combat perdu d’avance ?

René Desbaillets : Je ne vous apprendrai rien en vous disant que le vin est élaboré avec des raisins. Et pour produire du bon raisin, plus de 50 % des charges sont des frais de main-d’œuvre (incompressibles). Mais avant de vous dire que le combat est perdu d’avance, il faut mettre dans la balance le rapport qualité/prix très souvent favorable aux vins suisses lorsque l’on déguste à l’aveugle, ainsi que le coût environnemental des vins importés qui est supporté par l’ensemble de la collectivité aujourd’hui et qu’il faudra bien rendre à César un jour !

Monde Économique : Au-delà d’un soutien financier de la confédération pour davantage de promotion, quelles sont les autres solutions possibles ?

René Desbaillets : Je ne pense pas que ce soit par l’entremise de subventions que nous allons y arriver. Tout d’abord, les contingents d’importation devraient être réadaptés à la consommation actuelle et la réglementation de ces derniers s’inspirer du système appliqué pour la viande.

Je pense aussi que l’importante branche économique qu’est le tourisme en Suisse bénéficie énormément de la beauté de nos paysages et de la qualité de notre environnement entretenu par nos vignerons et nos paysans. Alors, comment admettre que dans un hôtel au bord du lac de Thoune, au milieu de vastes pâturages verdoyants et en face du magnifique vignoble de Spiez, l’on vous serve du gouda au petit-déjeuner, des asperges du Pérou et du sauvignon du Chili au déjeuner ?

À Genève, les milieux de l’hôtellerie, de la restauration et de la production ont créé le label « Ambassadeur du terroir », qui profite aux producteurs, au secteur HORECA et aux consommateurs locaux et étrangers pour la satisfaction de tous ! Alors, dans le même ordre d’idée, pourquoi ne pas créer un label « Terroir suisse » avec l’aide de la Confédération ? Label qui permettrait à la branche du tourisme de renvoyer l’ascenseur aux producteurs suisses.

 

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