L’expertise que les entreprises encore trop souvent sous-estiment

25 mai 2026

L’expertise que les entreprises encore trop souvent sous-estiment

Par *Ivan Reusse, Directeur Leadership Development chez Grant Alexander

Remplacement temporaire d’un cadre absent, intervention d’un manager de transition en attendant un recrutement… Pendant longtemps, en Suisse, le management de transition a été enfermé dans une vision extrêmement réductrice.

Cette vision est aujourd’hui dépassée. Le management de transition n’est pas de « l’intérim managérial » ! C’est une discipline stratégique à part entière, conçue pour répondre à des situations où les entreprises n’ont plus le luxe du temps.

Dans des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou encore la France, cette approche est déjà pleinement intégrée dans les pratiques de gouvernance. Les entreprises font appel à des managers de transition lorsqu’elles doivent transformer rapidement une organisation, accompagner l’hypercroissance, restructurer une activité, gérer une crise ou reprendre le contrôle d’une situation devenue instable.

Là où, dans un recrutement classique, le cadre bénéficie d’un temps d’intégration ; un manager de transition doit, lui, produire de l’impact immédiatement. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est bien souvent surdimensionné par rapport au besoin réel du poste qu’il occupe dans l’entreprise. Et c’est précisément ce qui rend cette expertise si particulière.

Prenons un exemple concret. Une entreprise industrielle suisse de près de 500 collaborateurs perd brutalement son directeur des opérations au moment même où plusieurs clients stratégiques menacent de partir. Les retards de production s’accumulent, les équipes sont sous tension, les managers intermédiaires commencent à travailler en silo et le comité de direction perd progressivement de la visibilité sur les priorités opérationnelles. Le conseil d’administration s’inquiète. Les actionnaires demandent des réponses rapides. Et l’organisation entre dans une zone de turbulence.

Le board décide alors de mandater un manager de transition spécialisé dans les environnements industriels complexes. En moins de trois semaines : il sécurise les opérations critiques ; il remet une gouvernance claire en place ; il réorganise les priorités de production ; il recrée du lien entre les équipes et la direction ; il rassure les clients majeurs ; il met en place des indicateurs de pilotage simples et lisibles ; il fournit au steering committee des scénarios de décision concrets. Mais surtout, il redonne de la stabilité psychologique à l’organisation !

Car dans ce type de contexte, le véritable danger n’est pas uniquement opérationnel. Il est aussi humain : perte de confiance, fatigue managériale, tensions internes, ralentissement des décisions et apparition de jeux politiques.

Dans cet exemple, le rôle du manager de transition n’était donc pas simplement de « tenir un poste ». Sa mission était de reprendre rapidement le contrôle d’une situation à fort risque tout en permettant à la gouvernance de retrouver de la lucidité et de la capacité d’action. Naturellement, la mission ne porte pas toujours sur une dimension de crise à proprement parler, mais pratiquement tout le temps sur un besoin urgent lié à une situation complexe.

C’est cela, le management de transition. Une capacité à entrer dans des environnements complexes sans période de confort. Une aptitude à décider vite avec peu d’informations parfaites. Une forme de leadership fondée sur la crédibilité, l’exécution et l’impact.

Cette profession exige des compétences très spécifiques :

  • compréhension rapide des enjeux humains et politiques
  • capacité d’analyse accélérée
  • intelligence relationnelle
  • résilience
  • leadership situationnel
  • aptitude à créer rapidement de la confiance auprès des équipes comme des instances de gouvernance

La bonne nouvelle : la Suisse commence à évoluer sur le sujet.

Les entreprises doivent aujourd’hui faire face à des transformations permanentes : digitalisation, restructuration, pression économique, pénurie de talents, évolution des modèles de management ou encore accélération des cycles décisionnels. Dans ce contexte, pouvoir intégrer immédiatement une expertise senior opérationnelle devient un avantage compétitif majeur.

Le management de transition n’est donc pas un choix « par défaut ». C’est une solution managériale stratégique qui s’active lorsque le temps devient un facteur critique et que l’organisation a besoin d’une capacité d’exécution immédiate.

Et dans un monde où tout s’accélère, cette capacité à adresser rapidement une situation complexe pourrait bien devenir l’une des compétences organisationnelles les plus précieuses des prochaines années.

*À propos de l’auteurSociologue et économiste de formation, Ivan Reusse bénéficie d’un parcours de 18 ans au sein de multinationales, où il a dirigé des opérations industrielles dans les secteurs de la parfumerie puis de la pharmaceutique, avec une expertise marquée de la région EMEA. Il s’est ensuite orienté vers le conseil en stratégie, et occupe aujourd’hui le poste de Directeur Suisse du département Leadership Development chez Grant Alexander, un groupe de Conseil et de services RH, qui accompagne les entreprises dans le Recrutement par approche directe, et le Développement du leadership. Animé par une passion profonde pour la complexité du facteur humain et les dynamiques stratégiques des organisations, il accompagne les dirigeants dans le développement de leur leadership et la transformation de leurs structures.

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