Créer, croître, transmettre : le triptyque de l’entrepreneuriat suisse en 2026

9 août 2026

Créer, croître, transmettre : le triptyque de l’entrepreneuriat suisse en 2026

Jamais la Suisse n’a créé autant d’entreprises. Jamais, non plus, elle n’en a vu disparaître autant faute de repreneur. Entre records de créations et défi de la transmission, l’entrepreneuriat helvétique change de visage.

L’entrepreneuriat suisse présente aujourd’hui un paradoxe. D’un côté, jamais la création d’entreprises n’a semblé aussi dynamique. De l’autre, les entrepreneurs évoluent dans un environnement marqué par une concurrence accrue, des faillites en nette progression, des besoins d’investissement importants et une question de plus en plus centrale : qui reprendra les entreprises existantes ? Les PME constituent le cœur de l’économie helvétique : elles représentent plus de 99 % des entreprises marchandes et génèrent environ deux tiers des emplois du pays, selon les données de l’Office fédéral de la statistique (OFS) reprises par le Secrétariat d’État à l’économie (SECO). La question de l’entrepreneuriat ne concerne donc pas seulement les créateurs de start-up : elle touche directement la croissance, l’emploi et la capacité productive du pays.

Les chiffres de la création sont à cet égard encourageants. En 2024, 52’978 nouvelles sociétés ont été inscrites au registre du commerce suisse, un record, en hausse de 2,6 % par rapport à 2023. En dix ans, le nombre annuel de créations est passé d’environ 40’000 à près de 53’000. Cette dynamique ne signifie toutefois pas que toutes ces entreprises deviendront des sociétés de croissance : une partie importante des créations correspond à de petites structures, parfois lancées parallèlement à une activité salariée, révélatrices d’une recherche d’indépendance autant que d’une adaptation à un marché du travail où les outils numériques facilitent le lancement de certaines activités. La création n’est cependant que le premier test. Le véritable enjeu économique consiste ensuite à bâtir une structure suffisamment solide pour investir, employer et résister aux retournements conjoncturels, et sur ce terrain, les signaux sont plus contrastés. Selon l’enquête d’automne 2025 du Centre de recherches conjoncturelles de l’EPF Zurich (KOF), les entreprises suisses tablent sur une hausse nominale de 3,9 % de leurs investissements bruts en capital fixe pour 2026, après une progression modeste de 0,7 % en 2025, un rebond limité mais réel, qui suppose des marges financières suffisantes et une visibilité minimale sur la demande. Le contexte des faillites rappelle d’ailleurs que la croissance n’est jamais acquise : en 2025, 13’612 faillites ont été déclarées en Suisse au sens de la loi sur la poursuite pour dettes, dont 12’485 concernant des entreprises, soit une hausse de 48,5 % par rapport à 2024, et même de 61,2 % pour les seules faillites d’entreprises. Le SECO souligne qu’une large part de cette augmentation résulte de la modification de la loi sur la poursuite pour dettes et la faillite entrée en vigueur en janvier 2025, qui permet désormais aux créanciers de droit public de requérir directement la faillite en cas de créances impayées. Dans le même temps, les créations ont continué de progresser : la situation est donc moins celle d’un effondrement de l’entrepreneuriat que celle d’une économie dans laquelle création et disparition d’entreprises évoluent désormais de front.

L’autre grande transformation se situe peut-être dans la transmission, un défi moins visible mais tout aussi structurant. Selon une étude du cabinet Dun & Bradstreet citée par le SECO, environ 101’427 entreprises recherchaient un successeur en 2024. Le problème touche particulièrement les petites structures : 17 % des entreprises employant entre 10 et 49 personnes étaient confrontées à une question de succession, contre 8,1 % pour celles de 50 à 249 collaborateurs. Une entreprise qui disparaît faute de repreneur peut entraîner la perte d’emplois, de savoir-faire, de relations avec les fournisseurs et d’une clientèle bâtie parfois sur plusieurs décennies, la Suisse a ainsi besoin de deux profils d’entrepreneurs complémentaires : ceux qui créent de nouvelles structures et ceux qui savent reprendre et développer celles qui existent déjà.

En 2026, la question n’est donc peut-être plus simplement : « Combien d’entreprises la Suisse crée-t-elle ? » Elle est aussi : « Combien parvient-elle à faire grandir et à transmettre ? » Une économie entrepreneuriale ne se mesure pas uniquement au nombre d’inscriptions au registre du commerce : elle se mesure aussi à la capacité des entreprises à investir, à créer des emplois, à innover, à traverser les périodes difficiles et, finalement, à changer de mains sans disparaître. La prochaine génération d’entrepreneurs suisses pourrait ainsi jouer un double rôle : inventer de nouvelles activités, mais aussi reprendre celles qui ont fait la force du tissu économique existant. Entre création, croissance et transmission, c’est peut-être moins le nombre d’entrepreneurs que leur capacité à assurer la continuité et le renouvellement du tissu économique qui constituera le véritable enjeu des prochaines années.

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