Photo © Atlantic Airways
C’est un été 2026 qui restera dans les annales météorologiques. Beaucoup d’estivants ont eu comme première boussole la recherche de fraîcheur, avant tout autre critère. Le phénomène des « coolcations » (vacances au frais) s’est nettement accéléré comme une réponse à ce qui n’est plus maîtrisable : le changement climatique. Jadis réservées aux initiés, les Îles Féroé ont le vent en poupe. Porté par le premier ambassadeur de la destination, Atlantic Airways, le territoire septentrional entend bien ne pas dévier de sa feuille de route, celle de concilier ouverture et préservation. Entretien avec la CEO Jóhanna á Bergi pour prendre la température.
Par Sabah Kaddouri
Cette rentrée, vous mettez le cap sur l’Italie en ouvrant la billeterie pour une route Milan / Vágar. L’Europe est au cœur de votre modèle économique basé sur la saisonnalité. Quel premier bilan tirez-vous de la saison estivale ?

Jóhanna á Bergi : Notre premier bilan de la saison estivale est très positif et conforme à nos attentes. En juillet, nous avons enregistré un nombre record de passagers, avec plus de 60 000 voyageurs sur nos lignes régulières. Par ailleurs, plus de 20 000 passagers ont emprunté nos vols charters. Notre liaison vers Paris affiche des résultats en constante progression ; nous constatons qu’elle attire un nombre croissant de touristes internationaux, alors qu’elle était auparavant principalement empruntée par des voyageurs féroïens.
L’année prochaine, nous lancerons une nouvelle liaison entre Vágar et Milan, qui deviendra notre douzième ligne directe au départ des îles Féroé. À l’instar de plusieurs de nos autres destinations, Milan sera desservie par une liaison saisonnière durant la haute saison. Nous observons déjà un nombre important de passagers se rendant aux Îles Féroé depuis l’Italie et nous pensons que Milan a le potentiel de devenir un marché porteur pour nous, tant pour le tourisme entrant aux Îles Féroé que pour les voyageurs féroïens en partance pour l’Italie.
L’été 2026 a été historiquement le plus chaud jamais enregistré ; plus que jamais, le climat redessine la carte touristique. Les Îles Féroé – qui ont toujours maîtrisé l’équilibre entre ouverture et préservation – sont-ils prêts à un flux touristique exponentiel ?
La tendance des « coolcations » (vacances au frais) prend de l’ampleur ; nous constatons un intérêt croissant de la part des touristes désireux d’échapper à la chaleur estivale d’Europe centrale pour se rendre vers des destinations au climat plus frais. Nous collaborons étroitement avec les acteurs touristiques des Îles Féroé pour soutenir le développement durable du segment dans l’archipel. Parallèlement, nous suivons en permanence le nombre de passagers et la demande sur nos différents marchés. Il convient également de noter que le nombre de vols à destination des Îles Féroé, tout comme la capacité d’hébergement, reste relativement limité. Ces facteurs freinent naturellement la croissance du nombre de visiteurs et contribuent à garantir que le tourisme ne dépasse pas la capacité d’accueil de la destination.
Avez-vous observé l’arrivée de nouveaux marchés insoupçonnés ?
Nous constatons une augmentation du nombre de passagers internationaux sur nos liaisons directes ; c’est là que réside une grande partie de cette croissance, qui dépasse les prévisions. Nos liaisons relativement récentes vers Paris et Londres, ainsi que la nouvelle ligne vers Milan dont le lancement est prévu l’année prochaine, reflètent cette évolution. Dans l’ensemble, nous observons une demande grandissante de la part des voyageurs internationaux, ce qui renforce le potentiel de développement du tourisme récepteur aux Îles Féroé.
La destination reste en revanche sous les radars en hiver contrairement à vos voisins nordiques. Est-ce une volonté ?

Il ne fait aucun doute qu’il est possible d’attirer davantage de visiteurs pendant les saisons intermédiaires et basses, ce qui rendrait également le tourisme plus durable sur le plan économique pour nous. Toutefois, il est difficile de modifier les habitudes de déplacement, car la plupart des gens ont encore tendance à voyager pendant les mois d’été. Comme mentionné précédemment, nous travaillons en étroite collaboration avec différentes parties prenantes pour attirer davantage de visiteurs en dehors de la haute saison, en particulier dans le segment MICE.
Un très bon exemple de cela s’est produit en mai, lorsque l’Université des Îles Féroé a accueilli une grande conférence internationale dans la nouvelle arène polyvalente de Tjarnir, avec plus de 1 000 participants internationaux. En coopération avec l’Université des Îles Féroé, nous avons pu garantir une capacité suffisante sur nos vols réguliers pour les participants voyageant vers les Îles Féroé en provenance du monde entier. Des événements comme celui-ci sont un bon exemple de la manière dont nous pouvons renforcer le tourisme en dehors de la haute saison estivale et mieux utiliser la capacité existante tout au long de l’année.
Le transport aérien est autant météo-sensible que tributaire de la conjoncture géopolitique. Quels impacts de la flambée du kérosène liée au conflit au Moyen-Orient ?
Comme la plupart des compagnies aériennes, Atlantic Airways a également été touchée par le climat géopolitique actuel, en particulier par le conflit au Moyen-Orient. Cela a eu une incidence sur les prix du carburant, qui ont considérablement augmenté ces derniers mois.
Atlantic Airways n’a toujours pas de classe business. Vous ne prévoyez toujours pas la segmentation low cost et produit premium ?
À l’heure actuelle, nous n’avons pas l’intention d’introduire un produit de cabine haut de gamme ou de segmenter la cabine en différentes classes. Cependant, nous proposons un certain degré de subdivision des produits à travers nos différents types de tarifs. Pas plus tard que la semaine dernière, nous avons introduit une nouvelle structure tarifaire, comprenant un nouveau tarif Light. Le tarif Light inclut uniquement les bagages à main, tandis que nos catégories tarifaires plus élevées offrent des avantages supplémentaires et une plus grande flexibilité, notamment des services tels que l’accès aux salons et le Fast Track.

De cette manière, notre nouvelle structure tarifaire permet aux passagers de choisir le produit qui correspond le mieux à leurs besoins et préférences. Cependant, en ce qui concerne l’expérience à bord et la configuration des cabines, nous n’avons actuellement pas l’intention d’introduire des classes de cabine distinctes.
L’excellence académique est un axe sur lequel vous avez beaucoup travaillé et dont vous êtes fiers. Est-ce un objectif de faire de l’Atlantic Airways Aviation Academy un champion mondial en conquérant des parts de marché dans la formation ?
Notre ambition est d’imposer l’Atlantic Airways Aviation Academy comme un acteur international de premier plan dans le domaine de la formation. Nous avons investi massivement pour créer un environnement de formation moderne aux Îles Féroé, doté de simulateurs de vol complets (FFS) de niveau D pour A320 et AW139, d’instructeurs hautement qualifiés et de capacités de formation spécialisées. Ces installations comprennent également notre simulateur de treuillage en réalité virtuelle mixte ; nous le considérons comme la solution de formation au treuillage la plus avancée au monde, nous permettant d’offrir un entraînement d’un grand réalisme pour des opérations complexes de recherche et de sauvetage (SAR) et de treuillage.
L’étape suivante consiste à tirer pleinement parti de cet investissement en attirant davantage d’opérateurs et de clients issus de marchés extérieurs au nôtre.
Pour nous, toutefois, l’enjeu ne se limite pas à gagner des parts de marché. Il s’agit de bâtir une solide réputation fondée sur une formation de haute qualité, flexible et axée sur les compétences. Si nous parvenons à conjuguer cette excellence pédagogique et opérationnelle avec des solutions compétitives de location avec ou sans équipage (« wet-lease » et « dry-lease »), nous sommes convaincus que l’Académie Atlantic Airways pourra s’imposer comme un acteur incontournable du marché international de la formation aéronautique.
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