L’interview de Silviana Birsan: « La prévention permet d’identifier des déséquilibres bien avant qu’ils ne deviennent pathologiques »

5 octobre 2026

L’interview de  Silviana Birsan: « La prévention permet d’identifier des déséquilibres bien avant qu’ils ne deviennent pathologiques »

Photo ©  Olivier Evard

Silviana Birsan  CEO du Laboratoire MGD

Dans un paysage suisse dominé par la concentration et la standardisation, le Laboratoire MGD cultive depuis plus de cinquante ans une autre voie : celle de l’indépendance, de l’agilité et de la pertinence scientifique. À l’heure où la médecine bascule vers la prévention et l’anticipation, Silviana Birsan, CEO du Laboratoire MGD, défend une vision renouvelée du rôle d’un laboratoire d’analyses : non plus un simple prestataire technique, mais un acteur central de la santé préventive et de la durabilité humaine. Dans ce grand entretien, elle dévoile les ressorts d’un modèle qui redéfinit la place du laboratoire dans la chaîne de soins.

Monde Économique : Aujourd’hui, la médecine évolue rapidement vers des logiques de prévention et de personnalisation. Dans ce contexte, comment se positionne le laboratoire MGD ?

Silviana Birsan : Le laboratoire MGD est historiquement un acteur suisse indépendant, fondé à Genève il y a plus de 50 ans. Mais au-delà de cet ancrage, notre positionnement repose sur une conviction forte : la biologie médicale ne doit plus être uniquement un outil de diagnostic, elle doit devenir un levier d’anticipation.

Nous investissons en continu dans des technologies de pointe pour répondre aux exigences des médecins, mais aussi, désormais, à celles des patients eux-mêmes car ces derniers ne veulent plus simplement comprendre une maladie une fois installée ; ils veulent agir en amont. C’est précisément là que nous intervenons, en transformant l’analyse médicale en outil d’aide à la décision individuelle. Notre rôle dépasse donc le laboratoire traditionnel : nous sommes un maillon actif d’un écosystème de santé, en interaction avec médecins, thérapeutes, assurances et institutions, avec un objectif commun : améliorer durablement la qualité de vie.

Monde Économique : Justement, cette bascule vers la santé préventive est aujourd’hui au cœur de nombreux débats. Pourquoi devient-elle incontournable ?

Silviana Birsan : Parce que les systèmes de santé atteignent leurs limites, à la fois économiques et humaines, nous sommes confrontés à une augmentation des maladies chroniques, du stress, de l’épuisement professionnel. Attendre l’apparition des symptômes n’est plus viable.

La prévention permet d’identifier des déséquilibres bien avant qu’ils ne deviennent pathologiques. Prenons l’exemple du stress : grâce à des analyses comme le cortisol salivaire, nous pouvons détecter très tôt un état de stress chronique ou, au contraire, un état d’épuisement avancé. Cela change complètement la temporalité de l’intervention. Plus largement, nous analysons des marqueurs liés à la nutrition, aux carences, aux inflammations silencieuses. Ces données permettent d’agir concrètement sur les modes de vie. C’est une médecine de la lucidité : donner aux individus les moyens de comprendre leur état réel, souvent invisible.

Monde Économique : Vous évoquez une transformation du rôle du patient, désormais appelé à devenir acteur de sa propre santé. Au-delà du concept, comment cette évolution se matérialise-t-elle concrètement dans vos pratiques et dans l’expérience que vous proposez ?

Silviana Birsan : L’analyse seule ne suffit plus. Pendant longtemps, la biologie médicale s’est limitée à produire des données chiffrées, souvent complexes, parfois anxiogènes, et laissées à l’interprétation du seul corps médical. Aujourd’hui, cette approche atteint ses limites. Chez MGD, nous considérons chaque résultat comme un point de départ, et non comme une finalité. La valeur ne réside pas uniquement dans la donnée, mais dans sa mise en perspective. Cela signifie traduire des marqueurs biologiques en compréhension concrète, puis en actions.

Concrètement, nous proposons une lecture approfondie des résultats, contextualisée selon le profil de la personne : son mode de vie, son niveau de stress, ses habitudes alimentaires, son environnement professionnel. Cette approche permet de détecter des déséquilibres invisibles, souvent silencieux, mais déterminants à moyen et long terme. À partir de là, nous structurons de véritables parcours d’accompagnement. Nous orientons les patients vers un écosystème de professionnels sélectionnés (médecins, nutritionnistes, naturopathe, psychologues, thérapeutes, spécialistes du mouvement ou de la gestion du stress, …) capables d’apporter des réponses ciblées. L’enjeu n’est pas de multiplier les interventions, mais de proposer le bon levier, au bon moment. Cette logique s’inscrit également dans un suivi dans le temps. Le patient peut mesurer ses progrès, objectiver les effets des ajustements mis en place, et ainsi entrer dans une dynamique d’amélioration continue. C’est un point clé : voir concrètement l’impact de ses actions renforce l’engagement et la responsabilisation.

Au fond, il s’agit d’un véritable changement de paradigme. Nous passons d’une médecine réactive à une médecine proactive, d’une logique de traitement à une logique d’anticipation. Le patient ne subit plus sa santé, il la pilote.

Monde Économique : Et derrière cette transformation, il y a un enjeu plus large : celui de la durabilité humaine. En quoi ce concept redéfinit-il, selon vous, les équilibres entre santé, performance et responsabilité, notamment pour les entreprises ?

Photo ©  Olivier Evard

Silviana Birsan : La durabilité humaine, c’est l’idée que notre capital physiologique, notre énergie, notre résilience biologique ne sont pas des données fixes : elles se préservent, s’entretiennent, se pilotent. Tout comme une entreprise gère ses actifs pour assurer sa pérennité, un individu peut et doit gérer sa santé de manière proactive pour rester performant sur le long terme.

Cette vision implique un changement de posture radical de la part du patient. Nous ne voulons pas des gens qui viennent nous voir parce qu’ils souffrent. Nous voulons des gens qui viennent parce qu’ils veulent comprendre leur corps, anticiper les dérèglements, et agir avant que le problème ne s’impose à eux. Certains ne le savent pas, ou ne veulent pas le savoir. Ils travaillent sans relâche, accumulent les signaux d’alerte que leur corps leur envoie, et ignorent l’urgence jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Notre rôle est d’être ce moment de vérité objective, non pas pour alarmer, mais pour responsabiliser. Quand je dis au patient que son taux de dopamine est bas, qu’il est en déficit de certains micronutriments essentiels ou que son profil lipidique révèle un état inflammatoire préoccupant, je lui donne les moyens de devenir acteur de sa propre santé. C’est un acte profondément humaniste, et c’est aussi, dans le contexte actuel des coûts de la santé, un acte économiquement rationnel. « Je reste convaincue que sans durabilité humaine, aucune performance ne dure. »

Monde Économique : Le Laboratoire MGD a développé un écosystème de partenaires thérapeutiques autour de ses analyses préventives. Comment fonctionne ce modèle en pratique, et en quoi rompt-il avec la logique traditionnelle du laboratoire d’analyses ?

Silviana Birsan : Un laboratoire classique s’arrête au résultat. Il produit un chiffre, l’envoie au médecin prescripteur, et sa mission est accomplie. Ce modèle a du sens pour les analyses courantes, cholestérol, formule sanguine, enzymes hépatiques et où le prescripteur sait exactement quoi faire de l’information. Mais pour les analyses préventives et fonctionnelles, la donnée seule ne suffit pas. Elle doit être interprétée, contextualisée, traduite en recommandations concrètes.

Nous avons donc construit un écosystème de professionnels de santé complémentaires, médecins nutritionnistes, psychologues, naturopathes, sophrologues, diététiciennes, coachs sportifs, etc. , avec lesquels nous travaillons en réseau. Quand un patient présente un profil de stress chronique, nous ne nous contentons pas de lui remettre un rapport : nous l’orientons vers les professionnels les mieux placés pour l’accompagner, en fonction de sa problématique spécifique et de sa sensibilité personnelle. Deux ou trois noms pour chaque type de pathologie fonctionnelle, choisis pour leur expertise réelle dans ce domaine. Le patient n’est jamais seul face à ses résultats. C’est ce continuum, de l’analyse à l’interprétation, de l’interprétation à l’accompagnement, de l’accompagnement au contrôle, qui constitue notre véritable proposition de valeur. Et il est parfaitement mesurable : les patients qui suivent ce processus constatent des améliorations biologiques réelles en l’espace de trois à six mois. Cette preuve par les chiffres est, pour nous, le meilleur argument.

Monde Économique : Vous évoquez la mesure du cortisol salivaire comme marqueur du stress chronique. Pour des chefs d’entreprise et dirigeants soumis à une pression constante, qu’apporte concrètement ce type d’analyse ?

Silviana Birsan : Le stress est l’un des fléaux silencieux de notre époque. Il est mal mesuré, mal compris, et souvent reconnu trop tard, lorsque l’épuisement est déjà installé. Or, il existe aujourd’hui un marqueur biologique simple, non invasif, qui permet d’objectiver l’état du système neurovégétatif : le cortisol salivaire matinal.

Le principe est d’une simplicité déconcertante : le patient prélève sa salive au réveil, avant même de se lever. Ce cortisol matinal reflète la réponse du système à l’éveil. Si le taux est élevé, cela indique un système de compensation déjà fortement sollicité : le corps est en alerte, le stress s’installe. Si, au contraire, le taux est anormalement bas, le signal est inverse et plus grave encore : le système est épuisé, l’organisme a cessé de réagir. On est alors en présence d’un burnout avéré ou imminent. Ce que nous offrons, c’est la possibilité d’intervenir dans l’intervalle entre ces deux états : quand le signal d’alarme est là, mais que la catastrophe n’est pas encore survenue. Pour un chef d’entreprise ou un cadre dirigeant, cette information est stratégique au sens propre du terme. Elle permet d’arbitrer, d’adapter et de prévenir.

Monde Économique : Cette approche implique une transformation profonde des outils et des infrastructures. Et récemment, le laboratoire MGD a investi dans de nouvelles chaînes analytiques automatisées. Que révèle concrètement ce choix technologique ?

Silviana Birsan : Effectivement, nous avons récemment intégré des chaînes analytiques entièrement automatisées, capables de traiter jusqu’à 1’000 échantillons par heure et de réaliser plus de 150 paramètres différents. Au-delà de la performance, ces technologies apportent deux bénéfices majeurs : la fiabilité et la rapidité. Ce qui représentait auparavant cinq opérations manuelles successives, avec les risques d’erreurs humaines que cela implique, est désormais traité par un système robotisé en flux continu et validé ensuite par l’humain.

Mais l’innovation ne s’arrête pas au laboratoire. Nous développons également une plateforme digitale permettant aux patients et aux entreprises d’accéder à leurs résultats, accompagnés d’une première interprétation assistée par intelligence artificielle et validée par nos experts. Cette hybridation entre technologie et expertise humaine est essentielle pour passer à l’échelle, tout en maintenant un haut niveau d’exigence médicale.

Monde Économique : Vous développez par ailleurs une offre de formation pour les professionnels de santé. Pourquoi un laboratoire d’analyses s’investit-il dans la pédagogie médicale, et quelle est la logique derrière ce positionnement ?

Silviana Birsan : Parce que notre expertise n’a de valeur que si elle est partagée. Un médecin qui ne connaît pas l’existence du dosage du cortisol salivaire ou des tests de biologie fonctionnelle ne les prescrira jamais, non par négligence, mais par méconnaissance d’outils qui n’étaient pas dans son cursus initial. Le secteur médical évolue beaucoup plus vite que la formation ne le suit.

Nous organisons une trentaine de formations par année, en présentiel et en ligne, orientées vers l’aide à la prescription et l’interprétation des analyses avancées. Toutes nos formations sont enregistrées et accessibles en replay via une bibliothèque numérique, ce qui permet aux professionnels de santé de se former à leur rythme. Nous travaillons également en partenariat avec des écoles spécialisées et soutenons aussi certains cursus. L’objectif est de créer un corpus éducatif complet autour des analyses que nous proposons, afin que chaque professionnel, quelle que soit sa spécialité, puisse exploiter la pleine puissance de la biologie fonctionnelle dans sa pratique.

Monde Économique : Dans un contexte de concentration sectorielle, de pression accrue des assureurs et d’essor de la médecine personnalisée, comment un laboratoire indépendant comme MGD parvient-il à affirmer sa singularité ?

Silviana Birsan : Le marché de la biologie médicale traverse une transformation profonde, en Suisse comme partout en Europe. La concentration est une réalité : les grands groupes rachètent des laboratoires indépendants, standardisent les processus, optimisent les coûts. Ce mouvement a sa logique économique. Mais il crée aussi un espace pour ceux qui, précisément, désirent cultiver une autre vision de la médecine plus humaine.

Les patients sont de plus en plus nombreux à vivre ce que l’on appelle une errance thérapeutique, ils ont des symptômes, ils consultent, leurs analyses conventionnelles reviennent dans les normes, et pourtant ils ne vont pas bien. C’est ce public-là qui cherche une prise en charge plus globale, plus nuancée, plus personnalisée. De leur côté, les médecins s’orientent de plus en plus vers une médecine intégrative, qui intègre nutrition, mode de vie et biologie fonctionnelle dans une vision holistique du patient. Nous sommes le maillon central entre ces deux demandes.

La pression des assureurs sur les coûts de santé joue paradoxalement en notre faveur : si l’on peut démontrer qu’une analyse préventive à 200 francs permet d’éviter une hospitalisation à 20 000, l’argument économique devient irrésistible. C’est la direction que prend la Confédération avec ses stratégies nationales de santé et c’est ce que demandent les entreprises soucieuses du bien-être de leurs collaborateurs. Un laboratoire indépendant tel que MGD, agile, expert et ancré dans un réseau de professionnels de santé, a un rôle irremplaçable à jouer dans cette recomposition.

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