Composition d’un conseil d’administration dans les PME – enjeux – Entretien avec Michel Balestra

31 août 2026

Composition d’un conseil d’administration dans les PME – enjeux – Entretien avec Michel Balestra

Photo: Michel Balestra © Balestrafic

Par Anne Southam Aulas

Personnalité du paysage économique et politique genevois, Michel Balestra a été député, Président du Parti Libéral genevois, Président de la Chambre de commerce d’industrie et des services de Genève, des Hôpitaux Universitaires Genevois, puis des Services Industriels de Genève. Il est avant tout un entrepreneur, à la tête de Balestrafic depuis 45 ans.

Monde Economique : Michel Balestra, Balestrafic est votre entreprise, comment est-elle organisée ?

Michel Balestra : Fondée en 1980, Balestrafic est une entreprise familiale qui assure le transport rail-route de marchandise jusqu’au dernier km, toutes les activités du déménagement et le stockage en self-service.

Didier Genecand et moi sommes associés à 50/50. Par précaution, nous avons donné 2 % du capital à titre fiduciaire à un avocat, qui a le rôle de Président.

Nous avons la chance d’avoir trois enfants qui travaillent avec nous, avec des formations complémentaires, très utiles à l’entreprise. La gestion opérationnelle de l’entreprise leur a été confiée, ce qui nous permet, à Didier et moi, de nous concentrer sur la vision entrepreneuriale, les objectifs, tout en gérant les questions délicates. Notre rôle est aujourd’hui celui d’un Conseil d’administration (CA).

Monde Economique : Comment résumeriez-vous le rôle du CA dans une PME?

Michel Balestra : L’objectif d’une entreprise, c’est sa réussite sur un marché. Donc sa capacité d’adaptation, son rapport qualité-prix, sa productivité ; toutes ces préoccupations sont au cœur de ce que désire le patron de PME qui est souvent à la fois directeur, administrateur et actionnaire.

Le CA a légalement une fonction de contrôle. La tentation est de prendre des avocats et des experts-comptables pour être sûr de couvrir les risques. A mon sens, c’est nécessaire mais pas suffisant ; Le CA doit compléter la vision de l’entrepreneur par tous les aspects contextuels indirects qui pourraient lui échapper. Les administrateurs doivent gérer les risques mais surtout apporter du sens pour motiver les équipes, optimiser la vision, assurer la pérennité en s’adaptant aux conditions du marché.  Une vision entrepreneuriale me semble absolument nécessaire.

Monde Economique : Est-il nécessaire d’étoffer le CA avec des tiers externe ?

Michel Balestra : Dans mes différentes fonctions, j’ai pu constater que beaucoup d’entrepreneurs ont de nombreuses qualités, mais manquent d’une vision contextuelle large pour éviter les pièges. Ceux-là ont intérêt à avoir avec eux des administrateurs externes qui leur apportent la vision globale qui peut leur manquer.

Monde Economique : À partir de quand l’entrepreneur doit-il songer à élargir son CA ?

Michel Balestra : Quand il a la modestie de comprendre qu’il est limité dans son devoir de réorienter la vision par rapport à l’évolution du marché. C’est là qu’un apport extérieur peut s’avérer très utile. Je ne parle pas d’une approche technocratique mais de la capacité à sentir les dangers et à identifier les opportunités. Cette approche est plus large et plus fine que le seul angle technique de quelqu’un qui n’a pas d’expérience entrepreneuriale.

Pour résumer ma pensée, je citerais Einstein : « La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information ».

Monde Economique : Quelle est la valeur ajoutée de ces administrateurs externes ?

Michel Balestra : Ils élargissent le réseau et deviennent un élément du marketing de l’entreprise. Ils amènent à l’entrepreneur une vision plus large de son environnement, améliorant ainsi sa capacité d’adaptation par rapport à celle qu’il aurait seul, la tête dans le guidon.

Mes activités extérieures, à la CCIG, aux HUG et aux SIG me permettaient d’avoir cette vision de l’extérieur pour élargir les raisonnements concernant ma propre entreprise.

Monde Economique : Quelles sont les principales différences entre le CA d’une PME et celui des grandes entreprises que vous avez présidées ?

Michel Balestra : Le CA des HUG ou des SIG comprend de 20 à 25 personnes, dont 4 représentants du personnel et 1 représentant de chaque parti politique. Si le Président pratique le « nous ne sommes pas du même bord mais nous cherchons le même port » (Brel), les choses peuvent se passer très bien.

La préparation des dossiers doit être beaucoup plus pointue que dans le contexte d’une PME qui n’a – en principe – pas de représentation politique dans son CA.

Comme dans une PME, le Président doit être en harmonie avec la Direction et, avec elle, bien préparer les dossiers. Il doit cadrer les débats afin que le CA puisse définir la vision, fixer les objectifs stratégiques, le budget et contrôler la pertinence des actions de la Direction générale.

Monde Economique : Quelle est votre appréciation de l’évolution des PME suisses ?

Michel Balestra : Avec 45 ans de recul, je suis affolé par l’augmentation des règles administratives. Une trop grande ingérence de l’État va à l’encontre de la productivité, de la souplesse, de l’efficacité et de la capacité d’adaptation, qui sont les points forts des PME.

La financiarisation de l’économie m’inquiète aussi et indique une déformation de la pensée, qui pourrait nuire à l’évolution des PME traditionnelles suisses.

J’espère que cette culture de l’amour du pays et de l’affection pour les gens avec lesquels on travaille va perdurer, malgré les nombreuses tentations d’accumulation facile d’argent, en vendant son entreprise à un grand groupe par exemple.

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