Démystifier les notations et méthodologies ESG

27 janvier 2021

Photo © Vanguard

Par Christophe Collet, CFA, Directeur adjoint Suisse et Liechtenstein, Vanguard

L’investissement environnemental, social et de gouvernance (ESG) a connu un bond en popularité ces dernières années[1]. Les fonds ESG peuvent répondre à un certain nombre de besoins des investisseurs, que ce soit pour satisfaire des préférences en termes de valeurs, par exemple, en se désinvestissant de sociétés dont les activités commerciales sont en désaccord avec les valeurs d’un investisseur, pour réaliser un changement significatif, pour répondre aux exigences réglementaires ou pour améliorer les rendements ajustés des risques. Mais l’investissement ESG est, par nature, un domaine subjectif. Ainsi, quelles que soient les raisons qui les poussent à investir dans l’ESG, il est important pour les investisseurs de comprendre les notations et méthodologies qui sous-tendent le produit dans lequel ils investissent.  

À quelle question ESG répondez-vous ?
Il est utile ici de savoir quel type de problématique un indice ESG est principalement destiné à traiter. S’agit-il de « Que font les sociétés ? » ou plutôt de « Comment les sociétés font-elles ce qu’elles font ? » La réponse à la première question est relativement simple, car elle repose en grande partie sur des informations objectives et quantifiables, telles que l’exposition au chiffre d’affaires. Par exemple, un indice ESG pourra éliminer des secteurs spécifiques — notamment les combustibles fossiles, le tabac ou les armes controversées — sur la base de données montrant quelle part de son chiffre d’affaires une société tire de ces secteurs. Ces indices emploient généralement une méthode de filtrage par exclusion et sont généralement pondérés en fonction de la capitalisation boursière.

La seconde question est toutefois plus complexe. Cela concerne davantage la manière dont une société mène ses activités que de savoir si elle intervient dans un secteur particulier. Les indices qui visent à répondre à cette seconde question ont tendance à employer une combinaison de filtrage par exclusion et par inclusion (où l’exposition est « influencée » en fonction des notations ESG des sociétés), et ont des allocations surpondées sur les titres qui sont considérés comme les « meilleurs de leur catégorie » selon leur méthodologie. Ils combinent généralement capitalisation boursière et pondération des notes ESG.

Les indices qui emploient un filtrage par inclusion dans le cadre de leur méthodologie utilisent généralement les notes ESG fournies par les fournisseurs d’analyse ESG pour déterminer les titres à inclure, ce qui peut impliquer un degré élevé de subjectivité. Ces notes peuvent reposer sur une ensemble de domaines, tels que les droits humains et du travail et la lutte contre la corruption, ainsi que sur des indicateurs de performance clés reposant sur des facteurs environnementaux, sociaux ou de gouvernance individuels.  
Quel que soit le type d’indice ESG que les investisseurs choisissent, ils doivent être conscients que les participations sous-jacentes des différents produits disponibles peuvent varier considérablement, notamment en termes de diversification proposée. Par exemple, le nombre de titres dans les indices ESG représentant l’univers des actions mondiales peut aller de près de 5 000 à moins de 400, selon le fournisseur d’indices et les critères utilisés[2].
Ils divergent également dans leur pondération entre les différents pays et secteurs. Et même les participations de certains des plus importants composants individuels des marchés actions mondiaux peuvent différer sensiblement d’un indice à l’autre, selon la méthodologie ESG employée.

Les fournisseurs de notations ESG ne sont pas toujours d’accord
Ce ne sont pas uniquement les différences entre les méthodes de filtrage des indices qui peuvent être source de confusion. La dispersion des notations ESG des sociétés individuelles elles-mêmes ajoute une autre dimension de subjectivité à l’investissement ESG. En effet, certaines sociétés peuvent obtenir une note négative avec une agence de notation ESG alors qu’elles ont obtenu une note positive avec une autre. Au niveau des indices, cela peut se traduire par l’exclusion d’une même société d’un indice de référence pour des motifs liés à l’ESG, alors qu’elle figure parmi les dix premières participations d’un autre indice ESG qui utilise un autre fournisseur de notation et une méthodologie différente.  

Il n’est pas surprenant qu’il y ait parfois des désaccords entre les fournisseurs de notation ESG. Après tout, le processus de notation est compliqué et peut impliquer plus de 60 catégories ESG— par exemple, parmi les catégories utilisées par le Sustainability Accounting Standards Board figurent la sécurité des données, la santé et la sécurité des employés, les émissions de gaz à effet de serre et la gestion des déchets et des matières dangereuses[3]. Sous ces catégories figurent également des centaines de facteurs ESG de sous-catégories que les agences utilisent pour noter une catégorie donnée ; cependant, les fournisseurs de notation et les universitaires divergent sur ce qui doit être mesuré, sur la manière dont les données doivent être saisies et sur les pondérations relatives à attribuer à chaque indicateur. De plus, la publication des données ESG des sociétés ne sont ni normalisées ni obligatoires et reposent en grande partie sur l’auto déclaration par les sociétés. Pour les sociétés qui ne déclarent pas elles-mêmes les données ESG, les options offertes aux agences de notation ESG comprennent l’attribution d’une note de zéro à la société, l’utilisation d’une moyenne du groupe de pairs ou la détermination d’une note à l’aide d’un modèle statistique. Certains fournisseurs de notation n’expliquent même pas totalement comment une note a été déterminée.  

Les notations sont encore compliquées davantage par les agences de notation ESG qui prennent des décisions subjectives sur le bien-fondé relatif — et donc les pondérations — des facteurs E, S et G eux-mêmes et également par rapport à des questions telles que les controverses.  

Comprendre votre indice ESG
Au vu de la subjectivité inhérente aux notations et méthodologies ESG, la formation d’une vision ESG globale pour une société fait appel à une part de jugement importante. La diversité des méthodologies de filtrage des indices ESG montre à quel point il est important pour les investisseurs de comprendre les règles d’un indice ESG, dans la mesure où le filtrage pour la construction d’un indice ESG commence souvent par la définition des secteurs. La diligence raisonnable est de mise. Dans le cadre de ce processus, les investisseurs doivent viser à améliorer leur compréhension en posant des questions clés sur la méthodologie : Quels attributs sont choisis et pourquoi ? Comment chaque attribut est-il mesuré, et pourquoi ? Comment les attributs sont-ils pondérés lors de la détermination d’une notation globale, et pourquoi ?  

[1] Selon la Global Sustainable Investment Alliance (GSIA), les actifs mondiaux des stratégies ESG filtrées ont plus que doublé, passant de 12 300 milliards USD en 2012 à 26 300 milliards USD en 2018.

[2] Source : FTSE, MSCI. Au 30 septembre 2020, l’indice FTSE Dev All Cap ex Controversies / Non-Renewable Energy / Vice Products / Weapon Index comprenait 4 825 titres, tandis que l’indice MSCI World SRI 5% Issuer Capped Index en comprenait 386.

[3] Source : Sustainability Accounting Standards Board (SASB), au 30 septembre 2020.

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