Emerveillez-vous !

11 avril 2013

Arrêtons d’utiliser le mot « crise ». Une crise par définition est courte et temporaire. Nous sommes dans un nouvel état du monde durable. Un état mondial entretenu par un système global qui n’a aucune envie de changer. Tous ses acteurs concourent dans le même sens (politique, institutionnel, financier, économique, publicitaire, militaire, et bien sûr médiatique) à faire ce qu’il est. Pour changer, il faudrait changer les paradigmes de pensée de ses acteurs, utiliser d’autres mots et discours et prendre d’autres actions, le font-ils ? A ce titre, l’usage intensif du mot « crise » (« austérité », « rigueur ») n’est pas le fruit du hasard. La négativité du terme place les peuples dans une forme d’attente léthargique et d’acceptation tacite. Un sentiment d’impuissance collectif les submerge, un peu comme l’usage intensif des sms place l’esprit en veille constante.

Jour après jour, dans ces tourbillons de mauvaises nouvelles, notre harmonie intérieure est emportée par la spéculation des marchés, des biens, des produits, des matières premières, des ressources naturelles, des forêts, des océans, des abeilles ou bien encore des humains. Le tout entretenu en apparence par la morosité, la violence et la peur du lendemain d’un système global et impersonnel. Pour aider ce système à se servir de nous, nous avons accepté de glisser dans l’individualisme, le nihilisme, la résignation et la rancœur. Nous avons accepté de manger des fraises en hiver et des courges en été. Nous avons accepté de suivre le mouvement et les modes. Nous avons laissé des flots d’informations et d’images nous asservir. Dès lors, nous avons perdu pied dans un monde qui ne nous ressemble plus. Déracinés, les acteurs du système n’ont plus eu qu’à nous cueillir pour se jouer de nous.

Au fil du temps, nous autres individus sommes devenus les pions d’une obsolescence généralisée. Du matin au soir, nous marchons le nez collé sur nos écrans. Bureau, maison, bus, escalier, rue, tram, métro, toilette, train, voiture, chambre… à tel point que nous sommes devenus le reflet de nos écrans. Nous avançons en quête d’absolution virtuelle. Paradoxe suprême, nous rejetons les religions et les dogmes, en particulier celui du Christianisme, alors que nous nous jetons corps et âmes dans la religion du matérialisme et du libéralisme. Nous acceptons de nous laisser endormir et guider les yeux fermés par le système, ses acteurs et les outils qu’ils nous offrent à travers une indignation bienséante.

Le conflit est en nous. Il repose à la fois dans notre manière de considérer la vie et dans notre manière de la traiter. Nous souhaitons un autre monde, mais dans les faits, nous faisons tout pour garder celui qui est devant nos yeux. Nous regardons s’agiter seuls ceux qui veulent changer les choses ou nous ne faisons rien, ce qui revient au même. Notre résistance aux changements provoque les tensions que nous ressentons en nous et que nous voyons au dehors. Nous sommes attachés et conditionnés à une illusion. Nous préférons mille fois plus les mensonges à la vérité. Ils nous donnent l’illusion de vivre. Alors, pour nous rassurer d’exister, nous entretenons nos états d’âme, nous les alimentons avec des croyances erronées, des émotions négatives et des maux absurdes.

Ayant perdu la foi en l’amour, ayant cédé à l’endoctrinement de la publicité et du consumérisme, nous avons perdu notre raison d’être. Et notre capacité d’émerveillement avec. Et si le mot « foi » heurte les oreilles, alors remplaçons-le par celui de joie. La joie de vivre, nous l’avons également abandonnée pour mieux nous regarder le nombril. Nous avons oublié que nous possédons 80% des ressources et des richesses de la planète au détriment des 20% restants. Nous avons créé un monde occidental sec et vidé de sa foi et de sa joie. Le bien-être est la rencontre harmonieuse entre les aspirations intérieures et l’expérience du monde extérieur. Le bien-être, c’est la simplicité d’être. Teilhard de Chardin le dit avec ses mots : « Un jour, quand nous aurons maîtrisé les vents, les vagues, les marées et la pesanteur, nous exploiterons l’énergie de l’Amour. Alors, pour la seconde fois dans l’histoire du monde, l’homme aura découvert le feu. ». Emerveillons-nous !

Si nous voulons un autre monde, il faudra réapprendre à nous émerveiller. Il faudra réapprendre à faire sans ce système et ses acteurs. Il faudra sortir du formatage de notre imaginaire et incarner le changement que nous souhaitons. Il faudra réapprendre à accompagner, protéger et éduquer nos enfants dans l’allégresse en regardant le lien qui nous unit à la fourmi et à l’étoile filante. L’observation de la vie sous toutes ses formes est un enchantement. Il faudra réapprendre à éteindre nos écrans pour nous accorder de l’espace en nous reconnectant à nos ressentis et à nos sensations. Car c’est par, avec et grâce à l’émerveillement que le monde changera de visage. C’est par, avec et grâce à l’émerveillement que des personnes nouvelles, des visions nouvelles et d’autres niveaux de consciences positives viendront accompagner ce monde dans sa métamorphose.

Bien sûr, cette voie se heurte et se confronte au système qui essaye de nous contraindre à n’être que de simples machines, outils et consommables. Dans cette mesure, notre capacité d’émerveillement et de résilience alimente en énergie positive notre paix intérieure, notre joie de vivre et notre humanité. L’émerveillement est le fondement même de notre existence. L’acte de naître est un miracle, celui de vivre une merveille. Il nous revient la responsabilité d’avoir la force, le courage et la conscience de revenir vers l’essentiel : le lien humain. Le nôtre et celui qui nous relie aux autres et à la nature. La gratuité et le don de soi sont les fruits qui nourrissent notre capacité au bien-être. La nôtre et celle des autres ; elles sont l’essence de notre Etre. Quel don extraordinaire que d’exister à soi et à l’Autre !

Nicolas-Emilien Rozeau, Ecrivain

 

Recommandé pour vous