EN OCCIDENT, COMME EN EUROPE DE L’EST, LE SECTEUR DE L’OUTSOURCING DEFIE LA CRISE

23 juillet 2020

Par Dessy Damianova

Dans les années précédant la crise du coronavirus, la vogue de l’outsourcing (connu comme « externalisation » en français) allait en croissant, sortant du cadre qui faisait d’elle le privilège des seules multinationales et s’étendant désormais aux PME. A leur tour, les petites sociétés commençaient à déléguer à des tiers (pas forcément situés à l’étranger) différentes tâches, le plus souvent liées à leur comptabilité ou leur logistique.

Mais la véritable vogue de l’outsourcing est venue seulement maintenant quand, suite aux contraintes imposées par la pandémie, le télétravail qui est la véritable « âme » de l’outsourcing, a pris de l’ampleur et a révélé tous ces avantages pour les entreprises. Même les entrepreneurs les plus frileux à l’idée d’externaliser se sont laissé séduire par l’efficacité et la rapidité du travail à distance et, très naturellement, se sont ouverts à la perspective de déléguer, par outsourcing, une partie de leurs opérations à des partenaires externes.

Effervescence au temps de la pandémie.

Au plus fort de la situation d’urgence, l’outsourcing a permis aux entreprises dont il sous- traitait les activités, à rester performantes et, comme on l’a  démontré à maintes reprises  à se concentrer sur la gestion des problèmes directement liés à la crise.

L’externalisation offshore n’a pas chômé non plus, bien que les terres d’accueil des activités externalisées soient le plus souvent des pays économiquement fragiles et susceptibles, comme on l’a craint, d’être les grandes victimes de la crise actuelle. Dans ce sens, le cas de l’Europe de l’Est est très intéressant : non seulement les activités qui y étaient externalisées et  qui, le plus souvent liées au développement de logiciel, à la comptabilité, l’administration, l’étude marketing et le développement clients, n’ont pas connu de ralentissements et de perturbations, mais elles ont marqué une importante croissance, et cela au point de s’agrandir en pleine crise et engager de nouveaux employés. D’après une étude d’Association of Business Services leaders, 90% des entreprises prestataires de services outsourcing en Tchéquie se sont dotées de nouveaux collaborateurs pendant les mois du confinement et 12% d’elles ont même réussi à décrocher de nouveaux contrats de sous- traitance.

On note la même effervescence du côté des Balkans. En Roumanie et en Bulgarie, leaders de l’outsourcing dans cette zone, les activités externalisées s’effectuaient avec la même intensité qu’en temps normal, même si pendant la crise ce travail hautement technologique et novateur a dû s’y  poursuivre dans une atmosphère plutôt hostile. En effet, l’atmosphère créée à la  suite de l’état d’urgence quasi- militaire qui fut celui de la Roumanie et de la Bulgarie – une atmosphère aux allures rétro- totalitaires et passablement kafkaïennes – ne semblait pas trop favoriser le bouillonnement d’activités ultra- modernes. Supervisé par des « QG nationaux » dont la manière d’agir rappelait à bien des égards les méthodes des anciennes dictatures communistes en cette même Europe de l’Est, l’état d’urgence y était en effet parmi les plus rigoureux que le continent ait connus pendant les mois de la pandémie. Cela n’a pourtant pas affecté les entreprises effectuant des services outsourcing qui, même au plus fort de la crise, ont continué à fonctionner à pleine capacité. 

L’Est européen – une région attractive pour le secteur de l’outsourcing.

L’activité de l’outsourcing forme une part considérable du PIB en Bulgarie et en Roumanie. En Bulgarie, cette part atteint 5,2%, les prévisions pour les quatre années suivantes pointant sur une augmentation de ce pourcentage (9,2%) et sur une multiplication par deux des revenus engendrés dans le secteur. La Roumanie fait tout aussi bien, sinon mieux. Classé 7-ème en Europe et 13-ème dans le monde pour sa vitesse moyenne de connexion Internet, ce pays est devenu l’un des grands centres de l’externalisation informatique.

Très attractif avec sa géo- localisation et sa proximité tant géographique que culturelle avec l’Occident, susceptible de mettre à disposition des entreprises intéressées l’expertise de collaborateurs compétents et connaissant plus d’une langue, l’Est européen abrite déjà des fleurons tels que BlueLink International d’Air- France- KLM et Exxon Mobil et s’affirme comme un grand hub de l’outsourcing.

Toutefois, en tant que destination offshore, l’Europe de l’Est est boudée par certaines entreprises occidentales. D’après une étude de l’Université des Sciences appliquées de Zurich enquêtant plus concrètement sur la délocalisation des sociétés helvétiques, les prestataires IT suisses ont une nette préférence pour le nearshore et pour les grandes régions urbaines en Occident – un Occident qui est ressenti aussi bien géographiquement que culturellement plus proche que les pays de la zone de l’Est. D’après cette étude effectuée à la fin de 2019 et citée par ICT Journal, Londres est en tête du classement des villes et des régions que les prestataires IT suisses trouvent les plus attractives pour le nearshoring.  

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