Encourageons la convergence alémanico-romande – au profit des entreprises! Par Dr Peter Köppel

29 mai 2012

Entre la Suisse romande et la Suisse alémanique, c’est la concurrence, sur le plan économique comme sur d’autres, pensez à la bataille actuelle pour les investissements dans l’infrastructure ferroviaire. Et comme partout, plus les concurrents se ressemblent, plus ils insistent sur les différences qui les séparent.

Dans un pays de petite taille aux conditions de vie de plus en plus homogénéisées via une administration centrale toujours plus influente, aux mentalités business quasiment échangeables, d’une zone métropolitaine prospère à l’autre des deux côtés de la Sarine, l’on peut comprendre que les différentes peuplades, pour se protéger contre l’amalgame identitaire, érigent l’une contre l’autre des murs de protection phantasques, il est vrai, mais efficaces. L’imagination au pouvoir.

Il y a, bien sûr, des clivages bien réels, et l’imaginaire même est une réalité autrement massive, surtout dans le cas de la rupture linguistique helvétique, chère aux Romands comme aux Alémaniques, les premiers se sentant proches des Français, les derniers se définissant par le rejet des Allemands, rejet qui s’exprime dans leur manie du dialecte. C’est cette dialectomanie alémanique qui décourage les Romands – ou leur sert d’excuse – quand il s’agit d’apprendre cette autre langue nationale de la majorité.

Quel tableau: Tout le monde s’y voit bien servi. Pas l’Etat (communes, cantons, Confédération) cependant, qui dépense non pas seulement des dizaines, mais des centaines de millions par an pour octroyer aux élèves helvétiques de toutes les régions – de plus en plus réticents à l’exercice – l’apprentissage des langues nationales, et pas l’économie non plus, qui, sans vraiment s’en rendre compte, paie cette compartimentation de son marché domestique par une réduction massive de sa marge de manœuvre – qu’il s’agisse du partage des ressources, de coopérations possibles ou du recrutement de personnel. Mobilité bloquée.

Tant que la concurrence va bien, tant que tout le monde y trouve son compte, ce système pourtant fragile et coûteux d’équilibrage politico-culturel entre la majorité alémanique et la minorité latine fonctionne à merveille. L’érosion de la cohésion du pays qu’il comporte est évidente, mais tant que l’économie marche, personne ne s’en soucie. Nous nous sommes très bien installés dans ce mouvement centrifuge entre nos grandes zones métropolitaines engendré par la mondialisation, notre niveau de vie nous paraît largement supérieur à celui de nos voisins, tout cela nous confirme dans la conviction de vivre dans le meilleur des mondes possibles.

Est entré en scène cependant le problème du franc fort, phénomène paradoxal, où nous avons vu tout à coup notre force même, notre prospérité, se retourner contre nous, en ruinant des entreprises – industrielles et gastronomiques surtout – qui semblaient robustes. Maint patron a alors cherché le salut dans la délocalisation vers la zone euro, pour échapper en partie du moins au rétrécissement de sa marge dû au coût montant de la production en Suisse, malgré l’intervention rapide et massive de la BNS.

Ce fut comme un premier avertissement qui nous rendait attentifs à la fragilité de notre confort. Entre temps, nous l’avons oublié un peu, notre industrie ayant assez bien digéré le choc. Mais l’insécurité est là, le tourisme souffre toujours, elle s’est renforcée ces temps-ci au vu d’une crise économico-financière qui ne cesse de hanter la zone euro. Si le problème de la monnaie surévaluée ne restait pas le seul à affronter? Quid de notre marché le plus important, l’Allemagne? Ce marché est menacé par le rétrécissement, voire l’effondrement de ses propres marchés d’export. Quelles conséquences alors pour l’export helvétique? Et si l’export souffre, quelles conséquences pour les entreprises locales et régionales?

Scénario peu réjouissant, mais hélas assez probable. D’aucuns auront le réflexe de se replier encore davantage sur leur région. D’autres chercheront leur salut dans des coopérations et la formation de clusters au-delà de leur frontière linguistique. Heureux alors ceux qui s’y seront préparés à temps, en se familiarisant avec la langue et les us et coutumes de la région où ils comptent étendre leurs activités. Plus heureux encore ceux qui disposeront déjà d’un réseau de contacts utiles leur permettant de prendre des décisions fondées sur des relations et des informations fiables.

C’est alors que l’on verra le bien-fondé des efforts de la Confédération, des cantons et des communes de maintenir coûte que coûte un niveau de connaissances des autres langues nationales non pas parfait, très imparfait même, à l’heure actuelle, mais néanmoins unique au monde, selon la maxime: gouverner, c’est prévoir, maxime qui vaut aussi pour la gouvernance d’entreprise.

Le Forum PME/KMU, forum pour le rapprochement alémanico-romand au niveau des pme, oeuvre dans ce sens. Sa prochaine édition aura lieu le 8 novembre 2012, au CSEM, à Neuchâtel. Avec, entre autres, la grande présence de Claude Nicollier. Thème: coopérer pour innover. Dans une approche helvétique tout territoire.

Dr. Peter Köppel, Consultant chez Le Monde Economique et Président du conseil d’administration de Köppel+Partner

 

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