Entretien avec Harold t’Kint de Roodenbeke,Président de la BRAFA

16 novembre 2021

Photo Harold t’Kint de Roodenbeke © Fabrice Debatty

BRAFA 2022 : séduire et rassurer

En 2020, la BRAFA avait été la dernière grande foire internationale ayant pu se tenir avant l’éclatement de la pandémie. En 2021, face à l’impossibilité d’organiser son édition ‘classique’, elle a fait preuve de créativité en initiant une formule décentralisée en galeries, dans le respect des diverses limitations en cours dans les pays d’origine de ses exposants. Cette édition 2022 marque donc son grand retour en mode présentiel. Avec un leitmotiv : séduire et rassurer.

Harold t’Kint de Roodenbeke, tout d’abord, un petit retour en arrière : comment la Brafa a-t-elle réagi face à la pandémie ? Comment s’est-elle adaptée ?

Comme tout un chacun, nous avons été surpris par la rapidité et la vigueur de la crise. Heureusement, tous les membres du Conseil d’Administration sont eux-mêmes marchands, ce qui nous a permis de bien comprendre les difficultés de nos consœurs et confrères : l’arrêt des activités, la perte de revenus, la perte de contacts, la difficulté à renouveler son stock. Dès l’automne 2020, nous avons choisi en assemblée générale extraordinaire de reporter l’édition 2021 de la foire, pour des raisons évidentes. Néanmoins, nous avons ressenti le besoin de pouvoir utiliser le nom et les dates de la Brafa de façon positive. C’est ainsi qu’est né le concept et l’initiative ‘BRAFA in the Galleries’ qui, comme son nom l’indique, s’est tenue dans les galeries de nos participants, partout où cela était possible. La Brafa classique s’est ainsi décentralisée en plus d’une centaine de ‘mini Brafa’, réparties dans 37 villes aux quatre coins du monde, le tout soutenu par notre website et une communication active. Cette initiative visait avant tout à soutenir gracieusement nos exposants, et elle a été unanimement saluée par eux, par la presse, par les visiteurs qui se sont déplacés : aux dires de beaucoup, elle fut ressentie comme une véritable bouffée d’oxygène. La formule a ensuite été reprise par d’autres salons, mais nous sommes très fiers d’en avoir été les instigateurs !

A l’instar de tous les événements grand public, les foires d’art ont été très impactées, certains ont même prophétisé leur fin… Pensez-vous qu’elles conservent un bel avenir ?

Certainement ! En réalité, cette période nous a surtout confortés dans notre sentiment qu’aucune alternative ne peut remplacer une manifestation en présentiel. Nous avons vu se multiplier une quantité de formules ‘online’ et autres ‘viewing rooms’, mais les collectionneurs s’en sont très vite lassés. Ce sont des formats que je pense limités à des champs très particuliers, ou à de courtes périodes, ou qui peuvent éventuellement convenir en tant que support complémentaire. Mais l’art doit se vivre, se ressentir : l’émotion que procure le contact physique avec une œuvre d’art est irremplaçable. Le succès des foires organisées cet automne prouve à souhait qu’elles demeurent indispensables pour les galeries et les collectionneurs. Elles constituent des plateformes d’échanges sans équivalent sur le marché.

Certaines galeries ont déclaré dans la presse vouloir réévaluer leur participation à des foires et salons. Cette prise de position s’est-elle traduite par des désistements à la Brafa ?

Non, pas du tout. Ces déclarations émanent de galeries qui exposent à dix ou douze événements par an, partout dans le monde. Mais leur profil ne correspond pas à celui de nos exposants qui se sont inscrits très tôt, dès la réception des dossiers de participation. Une des forces de la Brafa, c’est la fidélité de ses exposants, avec un taux de première participation stable situé aux alentours de 10-15% pour chaque édition. Cela signifie que les galeries participantes travaillent bien à la Brafa et qu’elles y ont trouvé leur public. Et ce public le leur rend bien : il apprécie la foire, il y revient chaque année, et il provient essentiellement des pays limitrophes et européens, nous ne dépendons pas des fluctuations des visiteurs intercontinentaux.

Précisément, cette année, 134 galeries participent à la Brafa, dont une petite vingtaine pour la première fois. Pouvez-vous dégager des tendances au fil de ces dernières éditions?

Précisons d’emblée que parmi les nouvelles galeries, une moitié nous avait déjà rejoints pour l’édition ‘Brafa in the Galleries’, mais à l’instar des autres néo-participantes, elles vont elles aussi découvrir la Brafa traditionnelle, in situ. Il est délicat de dégager des tendances mais il est manifeste que le profil des galeries présentes à la Brafa reflète l’évolution globale du marché. Au cours de ces dernières années, le classique moderne et l’art contemporain ont connu un véritable essor mais sont maintenus à leurs niveaux actuels, malgré une forte demande d’enseignes actives dans ces domaines. Notre volonté est aussi de maintenir une présence forte de marchands en art ancien. Dans un passé récent, la Brafa a fait œuvre pionnière parmi les foires d’art classiques, en accueillant en son sein des créations d’auteurs de bandes dessinées ou encore des squelettes de dinosaures et autres costumes de cinéma (pièces redéfinissant les ‘cabinets de curiosités’ au XXIéme siècle). Lors de cette édition, elle élargira encore sa palette en présentant pour la première fois, des peintres d’Europe du Nord, de l’art himalayen et de l’art islamique. Le plus important, selon moi, est que chaque galerie, qu’elle participe de longue date ou pour la première fois, apporte sa personnalité, son univers, qu’elle contribue à l’enrichissement de la Brafa dans son ensemble.

Comment préfaceriez-vous cette édition 2022 ?

Avec beaucoup d’enthousiasme et d’énergie! Nous ressentons une grande impatience chez tous nos participants, impatience qui prévaut également chez de nombreux visiteurs avides de retrouver leur manifestation favorite. Notre souhait est, avant tout, de proposer une Brafa pleine et entière, telle qu’on la connaît et telle qu’on l’apprécie. Avec de grands marchands, avec des œuvres d’art de très grande qualité, avec une grande diversité, et aussi une ambiance particulière, unique, empreinte d’une vraie convivialité. Nous conservons bien sûr tous nos programmes complémentaires (VIP, Brafa Art Talks, Brafa Art Tours) mais dans un format plus exclusif, plus adapté à la situation. Une attention particulière sera bien entendu accordée à l’accueil de tous nos visiteurs. Dans cet ordre d’idées, nous restons particulièrement attentifs à la situation, et nous respecterons strictement les dispositifs en vigueur. Nous sommes conscients qu’il s’agira d’une édition un peu particulière. Le message que nous souhaitons délivrer est double : séduire et rassurer.

Avec Arne Quinze, vous accueillez pour la première fois un Invité d’Honneur belge

En effet, et cela participe aussi de notre volonté de nous réinventer en partant de nos racines. Mais davantage que sa nationalité, c’est surtout l’art d’Arne Quinze qui est éloquent. Son art tout entier s’inspire des beautés de la nature et des fleurs en particulier, qu’il passe des heures à cultiver et à étudier dans son jardin sauvage qu’il a savamment aménagé autour de sa maison. De par ses nombreux projets et installations dans des villes aussi variées que Paris, Shanghai, Beyrouth, Washington DC, Mumbai, São Polo ou tout récemment, Dubai, il tente de réintroduire la nature dans des espaces urbains d’où elle est complètement absente. Il nous incite à nous interroger sur notre environnement, sur notre place dans celui-ci, à nous émerveiller des beautés de la nature, en quelque sorte, à renouer avec nos racines. Il sera présent à la Brafa avec des tableaux, des dessins, des sculptures, des installations sonores et vidéo, sans oublier le design du tapis de cette édition. Ses créations expressives et colorées devraient sans nul doute instiller une atmosphère joyeuse et positive à la Brafa, qui conviendra particulièrement bien à cette édition du renouveau.

Le Conseil d’Administration de la Brafa a été récemment réélu dans son intégralité avec vous en qualité de Président. Quels seront les principaux objectifs de votre nouveau mandat de trois ans ?

Nous avons vu avec quelle rapidité le monde peut changer. La Brafa devra conserver sa capacité à s’adapter, à faire face à l’imprévu, elle devra continuer à se métamorphoser, à chercher de nouvelles voies adaptées aux évolutions du monde et du marché de l’art. Elle devra aussi préserver ce remarquable équilibre qu’elle a su cultiver au fil des ans, et qui fait sa griffe aujourd’hui. En un mot, nous lui souhaitons mobilité et inventivité, un savant mélange de réalisme et d’intuitions, de toujours regarder vers l’avant tout en puisant ses forces dans la richesse de son passé. Je crois que la Brafa dispose de merveilleux atouts : une position géographique centrale avec de grandes facilités d’accès avec les principales capitales européennes, entourée de régions dynamiques tant du point de vue financier que culturel, avec énormément de collectionneurs, et un public fidèle et connaisseur. Et enfin sa faculté à rester proche des galeries et des marchands, à l’écoute du marché et de ses tendances, à en intégrer quelques-unes sans succomber aux effets de mode… Le défi est de taille mais il est passionnant !

Propos recueillis par Bruno Nélis

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