Est-ce que traduire, c’est interpréter ; est-ce qu’interpréter, c’est tromper… ?

3 novembre 2019

Par Valérie Macquet

Ce titre un peu provocateur vise à clarifier les différences entre deux métiers qui, bien qu’ayant une finalité identique : la manipulation d’une ou plusieurs langues ; font en réalité appel à des compétences et savoir-faire assez différents.

Voyons cela d’un peu plus près…Traduction VS interprétation… Quelles différences ?

La traduction et l’interprétation sont deux professions connexes qui, globalement, se distinguent par le vecteur utilisé pour exercer : il est écrit pour le premier, oral pour le second.

Le traducteur transpose des textes écrits d’une langue à une autre, en respectant la forme et le fond du texte original. Il va traiter les documents qui lui sont confiés sous une forme audio/vidéo ou rédactionnelle et va les restituer, selon un délai plus ou moins long par écrit.

Le traducteur doit faire preuve d’une bonne maîtrise de la rédaction ainsi qu’une aptitude à étudier un contexte et à se documenter efficacement

L’interprète, lui, opère en direct ! Il restitue en effet en temps réel, un discours oral, dans une autre langue, après avoir écouté attentivement ce qui a été dit sans interrompre le locuteur. Il reformule alors le message dans la langue cible et doit reproduire sur-le-champ tout le sens du discours.

Quelles sont leurs compétences respectives ?

Le traducteur doit bien sûr faire preuve d’une bonne maîtrise de la rédaction ainsi qu’une aptitude à étudier un contexte et à se documenter rapidement et efficacement. Il doit être curieux et méthodique. L’interprète devra être très à l’aise à l’oral et savoir s’exprimer correctement. Il fera en outre preuve d’intuition et de grandes facultés d’adaptation.

Tous deux justifient en général d’un diplôme spécialisé dans les métiers de la traduction et/ ou de la communication multilingues. Des séjours fréquents à l’étranger sont assurément un plus.

Traducteur ou interprète : bien déterminer son besoin…

Le traducteur reçoit votre commande, vous transmet son devis ; et, si ce dernier vous convient, vous convenez alors ensemble de la date butoir de remise de sa traduction écrite. Il travaille à distance et il se peut donc qu’il n’y ait aucune interaction directe entre lui et vous, à part quelques échanges par téléphone ou par mails. 

Le rôle de l’interprète est totalement différent : il est un acteur de terrain et s’implique complètement à vos côtés, en traduisant, certes mais aussi en prenant en compte le contexte, la gestuelle, le ton des intervenants… Car – que sa mission concerne un monologue, un dialogue ou une conversation de groupe – l’interprète devra, tout en demeurant parfaitement neutre, détecter et traduire du non-verbal : des attentes, de la colère, de l’enthousiasme etc.

Il est certain que la tarification d’une prestation de traducteur et d’interprète sont différentes : le traducteur est en principe en mesure de déterminer un tarif fixe, généralement basé sur le nombre de mots traduits. Ce tarif pourra peut-être osciller un peu en fonction d’éventuels ajouts, retraits, difficultés de compréhension etc., mais les variations seront mineures.

Le coût de la prestation de l’interprète, en revanche est beaucoup plus fluctuant : seront pris en compte ses frais de déplacement, le nombre total d’heures sur le site, le type d’intervention souhaité etc.

Les subtilités de l’interprétation…

Le Larousse nous dit qu’interpréter c’est : « donner à des propos, à un événement, à un acte ; telle signification, les comprendre en fonction de sa vision personnelle ».

C’est dans cette notion de « vision personnelle » que réside toute la difficulté – et pose les limites quelquefois subtiles – du métier d’interprète. Car l’interprète ne se satisfait pas de traduire, il transposera les deux langues en tenant compte des registres linguistiques, éventuellement des termes correspondant à des spécialités mais aussi des nuances de sens qu’il perçoit. Or, sa perception sera bien sûr strictement personnelle… Que de responsabilités peuvent donc peser sur l’épaule de l’interprète ! Certains peuvent d’ailleurs être tenus pour responsables d’erreurs de perceptions à hautes conséquences diplomatiques… Ainsi, un quotidien Nord Coréeén le Chosun Ilbo, qui cite une source diplomatique, rapportait en mai dernier que l’interprète de l’émissaire chargé d’orchestrer le dernier sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un, Shin Hye-yong, aurait été envoyée dans un camp de prisonnier pour avoir mal traduit une proposition émise par Kim Jong-un alors que Donald Trump venait de déclarer qu’il n’y avait « pas d’accord »… 

Fort heureusement, les interprètes ne sont pas tous soumis à une telle pression… ! Mais la science de « l’interprétation langagière » qui remonterait à l’Égypte ancienne et servait à des fins diplomatiques, politiques, commerciales, religieuses et militaires confère cependant toujours à la fonction d’interprète un caractère très engageant. 

 

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