Est-ce que vous avez appris un métier ou un emploi ?

18 novembre 2021

Photo © SHMS Swiss Hotel Management School

Par Claire Jollain

Récemment, je me suis retrouvée à discuter avec des quadras, des études que nous avions faites. La plupart d’entre nous avions fait des écoles de management et nous occupons actuellement des postes dits d’encadrement. Mais d’autres autour de cette table étaient vignerons, infirmiers, vétérinaires, fleuristes …et ils ont appris leurs métiers majoritairement dans des écoles spécialisées.

Quand on me demande ce que j’ai appris dans mon école, je me plais à dire « Donner l’illusion que je comprends, jusqu’à ce que je comprenne vraiment ce que je dois faire. » Il n’y a rien de mal à cela, en soi. Je considère même que c’est plutôt une force, qui démontre une certaine flexibilité et adaptabilité.

Bore-out ou la quête du sens.

Là, où le bât blesse, c’est quand on perd le sens de son emploi. Avec les confinements et le travail à la maison, certains de mes anciens copains d’école, ont commencé à se demander quel était leur vrai métier. Si votre emploi est d’être un manager, mais que vous ne voyez plus vos équipes et que vous vous rendez compte, qu’elles se débrouillent très bien sans vous, vous commencez à douter de vos compétences. D’autres amis ont commencé à se rendre compte qu’ils produisaient des quantités de planches de power point, se perdaient dans des séances sans fin, sans vraiment comprendre l’objectif final.

Lorsqu’on soigne un être humain, un animal, une vigne, lorsqu’on confectionne un bouquet de fleurs, on sait pour qui et pourquoi on le fait. C’est bien la différence entre un métier et un emploi. Apprendre un métier, si on l’aime, est souvent une source de satisfaction et d’épanouissement personnel, car ce métier a un sens et répond à notre besoin d’existence.

D’ailleurs, 20 ans après, certains de mes camarades d’école, ne sont plus managers, mais sophrologues, instructeur de pilates, expert en médecine chinoise …Ils se sont reconvertis, ils ont quitté leurs emplois et ils ont appris un métier.

La crise sanitaire a été un révélateur de cette dichotomie entre métier et emploi. Le phénomène d’ennui au travail, appelé Bore-out en opposition au fameux Burn-out, peut aussi créer des dépressions et une perte de sens.

La nouvelle génération s’interroge.

Lorsque je demande à mes étudiants en hôtellerie combien d’entre eux veulent devenir Directeur / Directrice, de moins en moins lèvent la main. Pourquoi ? Oh, ils ne manquent pas d’ambition, mais être un manager fait moins rêver. Quand je parle aux anciens élèves, ils se rappellent surtout les cours pratiques : le service, la cuisine, l’événementiel et bien plus vaguement des cours de leadership et de management.

Petit à petit, je me rends compte que la génération Z est bien plus cartésienne et terre à terre qu’on ne le croit. Ils ont peur du « Bore-out ». Ils veulent apprendre un ou des métiers, ils ont envie d’un savoir concret. Et c’est la raison pour laquelle, même avec la crise sanitaire qui a fortement affecté le secteur du tourisme et des loisirs, nous avons accueilli en septembre 2021, presque 800 étudiants à SHMS (Swiss Hotel Management School) ! Les voir si sérieux et si enthousiastes pour leur premier cours de service illustre bien cette envie d’apprendre un métier, mais aussi un savoir-être. Être orienté client est un métier qui s’apprend, comme on apprend à choisir des fleurs et composer un bouquet.

Metier, emploi et/ou vocation.

Alors, si vous êtes un manager qui se questionne sur le sens de son emploi et l’existence ou non d’un métier, ne sautez pas sur la première formation en ébénisterie ou pâtisserie que vous trouverez. Faites comme moi, regardez autour de vous, sortez la tête d’Excel et de Power point, annuler quelques séances, retourner au bureau (si vous le pouvez) et observer là où vous contribuez le plus. Vous n’avez peut-être pas de métier, mais vous avez peut-être une vocation ? La vocation au sens de Harvard Business Review, ce n’est pas le fait que vous ayez rêvé depuis tout petit d’être pompier et que vous le soyez devenu. Non, cette vocation, c’est ce pourquoi vous êtes bons, ce qui fait que vous avez un impact sur les choses et / ou sur les gens, et par voie de conséquence sur votre entreprise.

Ma vocation c’est de révéler les talents, qu’il s’agisse de mes étudiants, mais également de mes collègues, c’est de les mettre en confiance tout en les challengeant un peu, afin qu’ils découvrent ce qu’ils sont capables de faire et qu’ils soient fiers d’eux. Leur fierté est ma réussite.

Ce n’est certes pas un métier, mais cela donne du sens à mon emploi, tous les jours.

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