ET SI LE DEBUT DE LA JOURNEE DE TRAVAIL ÉTAIT UN PEU MOINS PRECOCE ET BRUSQUE ?

13 décembre 2020

Par Dessy Damianova

A notre époque post-industrielle, la carence de sommeil représente, que l’on le reconnaisse ou non, un problème majeur de santé publique. Voire un vrai problème de société.

La carence en question est habituellement associée aux troubles de sommeil dont, de nos jours, souffrent bien des personnes en âge actif. Elle est attribuée aussi, plus généralement parlant, au nombre d’heures très limité que nos sociétés obsédées par l’idée de performance accordent aux employés pour pouvoir dormir et restaurer leurs forces.

Et quand on dit « limité », c’est au sens propre : chaque matin, la sonnerie du réveil retentit à une heure bien précise pour signifier on ne peut plus clairement la fin du temps du repos et le début d’une nouvelle journée d’activité et d’affairement, de surmenage (souvent), de stress (le plus souvent).

En ligne de mire : le réveil précoce.

Longtemps enclins à associer la carence de sommeil uniquement au nombre insuffisant d’heures de repos nocturne (après tout, c’est la définition classique de la notion de déficit de sommeil), ces derniers temps, les scientifiques ont tendance à pointer comme l’une des causes principales de cette carence la rupture appelée « réveil précoce». Des recherches récentes montrent en effet que le réveil trop matinal, celui qui ne se fait pas naturellement mais revêt un caractère forcé, coupe de nombreuses personnes d’une partie essentielle de leur sommeil et constitue en lui-même une source d’angoisse – quand bien même il surviendrait après un nombre suffisant d’heures de repos.

L’adage qu’il suffise de se coucher tôt pour se réveiller tôt est battu en brèche par certains spécialistes. Expert en neurosciences de l’Université d’Oxford, le Dr Paul Kelly constate une inadéquation entre le rythme circadien des adultes de la catégorie de 25-55 ans avec les horaires traditionnels du travail et pointe le réveil précoce comme la principale cause du malaise à la fois physique et psychique ressenti par des milliers de gens tout au long de leur journée de travail[1]. Le début de la journée du travail étant traditionnellement fixé à une heure bien matinale, le plus souvent avant 10 heures, la majorité des salariés se voient brutalement arrachés à leur repos nocturne. Le dérèglement du cycle circadien entraîne des troubles psychologiques, biologiques et comportementales, tels que l’effondrement de l’humeur, une concentration défaillante, des erreurs commises au bureau, nervosité et  irascibilité à l’égard des collègues,  ainsi que développement d’états dépressifs, de troubles bipolaires et de burnout. 

Certes, le réveil n’est pas ressenti comme un « arrachement » par tous ; il y a des lève-tôt qui acceptent plutôt avec allégresse un tel régime. Mais force est de constater que la grande partie des personnes actives, y compris les enfants en âge scolaire, souffrent des effets négatifs de ce réveil précoce.

L’un des bienfaits du travail à distance : choisir soi-même son heure de réveil.

Et pourtant le moyen pour y remédier serait plutôt simple : faire gagner une heure de plus de sommeil à la grande armée des dormeurs frustrés, à tous ces gens qui commencent leur travail avant 10 heures, avec le réveil assez précoce que cela présuppose. Une telle idée relèverait-elle vraiment de la chimère et de l’utopie socio- économique ? Et en effet, sur fond de restrictions anti- covid parfois drastiques, difficilement imaginables un an seulement auparavant, serait-ce trop demander que de suggérer aux autorités compétentes de faire retarder l’heure du début de travail d’une heure ou seulement de trente minutes ?

La bonne nouvelle est, qu’en cette matière, il serait superflu, de nos jours surtout, de parler d’autorités compétentes. L’heure exacte du début du travail peut être décidée au niveau de l’entreprise ou encore, à une époque où l’on opte de plus en plus pour les modes « télétravail » et « freelance » – par l’employé lui-même. La suggestion s’adresserait alors à ce dernier, désormais libre d’organiser sa propre activité et de gérer à sa guise son temps de travail : si vous n’avez pas vraiment le sentiment d’appartenir à la race des « lève- tôt », alors retardez l’heure de votre réveil d’une heure ou tout simplement choisissez une heure raisonnable (ni trop précoce ni trop tardive) pour quitter le lit. Pensez à tous les effets négatifs qu’une désynchronisation du rythme circadien mais aussi, plus globalement, une carence de sommeil, peuvent entraîner, quand elles se font chroniques et prolongées. 

Mais pensez surtout que dans le contexte sanitaire particulier où nous vivons, le moyen naturel les plus efficace pour résister au virus reste le sommeil – un sommeil reposant et pleinement réparateur, dont les vertus ne peuvent pas être imitées par nul médicament, remède ou même vaccin.


[1] Les révélations du Dr Kelly ont été relayées par bon nombre de médias dont « Slate » auquel nous nous référons.

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