Par André Bonetti, Spécialiste en sécurité au travail

Fort d’une expérience dans l’accompagnement des entreprises romandes, particulièrement dans le secteur de la construction, j’ai développé une approche globale combinant sécurité au travail, protection de la santé et enjeux environnementaux, notamment grâce à mes formations dans la sécurité ainsi que dans la protection des eaux. Mon parcours d’ancien ouvrier dans l’industrie me
permet aujourd’hui d’aborder ces problématiques avec un pragmatisme adéquat.
Ces dernières années, une série de drames liés aux accidents du travail a marqué notre pays (chutes de grues, chutes d’échafaudages). En comparaison avec d’autres pays développés où j’ai eu l’occasion de donner des conférences, notamment le Canada, nous pouvons observer que nous avons des normes plus restrictives contre les accidents du travail. C’est le même cas concernant la protection de la santé, par exemple la protection contre les polluants du bâtiment comme l’amiante, où les analyses sont obligatoires et systématiques.
Pourtant, la prévention pure se heurte à un socle culturel profond : la responsabilité individuelle. Ce concept est indissociable de notre système de milice. Qu’il s’agisse de la politique, de l’armée ou de l’engagement civil, notre modèle repose sur l’autonomie et la responsabilité de chacun. Dans la sécurité au travail, cela se traduit par une attente forte envers l’individu et l’employeur,
supposés être les premiers garants de leur propre intégrité.
Le défi du fédéralisme et des contrôles de chantier: Je dirais que, dans notre pays, le premier point est très bien fait et valorisé. En revanche, notre fédéralisme introduit une complexité majeure. Bien que les ordonnances soient fédérales, la souveraineté cantonale permet d’ajouter des exigences locales. Pour une entreprise active sur plusieurs cantons, cette hétérogénéité devient un casse-tête les exigences lors d’un contrôle de chantier peuvent varier d’une frontière cantonale à l’autre, créant une insécurité juridique pour l’employeur ainsi qu’une difficulté supplémentaire pour le contrôleur.
L’application opérationnelle Ensuite, l’application de ces normes est un facteur à améliorer. L’État, soit les Cantons et la Suva, ne disposent pas des ressources humaines suffisantes pour inspecter chaque chantier ou chaque entreprise avec une récurrence adaptée. Certes, la Loi sur le travail et l’Ordonnance sur la prévention des accidents (OPA) délèguent la responsabilité des contrôles à l’employeur, mais en pratique, sans une obligation stricte de rendre des comptes, cette autosurveillance montre ses limites. Il devient impératif d’instaurer des contrôles obligatoires (internes ou externes) dont la fréquence serait proportionnelle à la taille du chantier et au degré de danger.
Le facteur humain et l’évolution des mentalités Le facteur humain demeure le plus crucial. L’attitude face au danger est souvent liée au parcours et à l’âge de chacun. Il y a 40 ans, la vision sociétale sur la santé (tabac, pollution) ou la sécurité (ceinture en voiture) était radicalement différente. Cette ancienne culture influence encore certains collaborateurs expérimentés, très présents sur les chantiers. À l’inverse, les jeunes formés dès le CFC intègrent la sécurité comme une compétence technique à part entière et se mettent moins en danger.
Malgré les drames récents liés aux chutes de grues ou d’échafaudages, le bilan sur 25 ans montre une diminution de 25 % des accidents graves. C’est la preuve que l’amélioration du matériel et l’évolution des mentalités portent leurs fruits, même si le chemin vers le « zéro accident » exige encore de renforcer le suivi sur le terrain.
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