Green IT et PME : entre performance numérique et durabilité environnementale

16 février 2026

Green IT et PME : entre performance numérique et durabilité environnementale

Par   Raoul Sanchez*

La transformation numérique est devenue un levier incontournable pour toutes les entreprises, y compris les PME. Les technologies digitales optimisent les processus, facilitent la collaboration et stimulent l’innovation. Mais derrière ces progrès apparents se cache une réalité moins visible : l’empreinte énergétique et matérielle croissante du numérique. En Suisse, les data centers représentent environ 4 % de la consommation électrique nationale, soit l’équivalent de celle de l’ensemble des trains du pays. Avec la croissance rapide du cloud et de l’intelligence artificielle, cette proportion tend à augmenter. Dans ce contexte, le Green IT regroupe des pratiques visant à limiter l’empreinte environnementale des technologies numériques tout en préservant la performance.

Qu’est-ce que le Green IT ?

Le Green IT désigne un ensemble de pratiques et de stratégies visant à réduire l’impact environnemental du numérique, depuis la conception des équipements jusqu’à leur usage et leur recyclage. Il englobe désormais la gestion responsable des infrastructures cloud, l’efficacité énergétique des data centers, la maîtrise de la croissance des données et l’usage raisonné de technologies émergentes comme l’intelligence artificielle.

Au-delà des aspects techniques, le Green IT renvoie également à une démarche organisationnelle : repenser les usages numériques, intégrer la sobriété dans les pratiques quotidiennes et aligner les choix technologiques avec les objectifs de durabilité de l’entreprise.

Pourquoi les PME s’y intéressent-elles de plus en plus ?

Pour les PME, le numérique représente une part croissante des dépenses énergétiques et des coûts de fonctionnement. Ceux-ci ne concernent pas uniquement les équipements, mais aussi les flux de données, l’usage des services cloud, le stockage massif d’informations et les effets liés à l’automatisation et à l’intelligence artificielle.

Dans un contexte marqué par la hausse des prix de l’énergie, l’évolution des attentes des clients et partenaires et la diffusion de cadres réglementaires européens, de nombreuses entreprises suisses examinent désormais la place du numérique dans leur stratégie de durabilité. Le Green IT apparaît alors comme l’un des moyens d’améliorer la cohérence entre performance, consommation d’énergie et responsabilité environnementale.

Des exemples concrets adaptés aux PME

Les pratiques de cette approche peuvent être mises en œuvre progressivement, selon les priorités et les moyens de chaque organisation :

• Des services numériques responsables : des prestataires suisses comme Infomaniak (Genève) alimentent leurs data centers à 100 % en électricité renouvelable et valorisent la chaleur produite par leurs serveurs pour chauffer leurs bâtiments.

• Des infrastructures optimisées : virtualisation des serveurs, limitation du stockage inutile, optimisation des flux et adoption de solutions cloud locales à faible empreinte carbone.

• Un matériel plus durable : choix d’équipements basse consommation et réparables, recours au reconditionné ou à la location circulaire. À titre d’exemple, e-Durable SA (Gland) propose un cloud local reposant sur des serveurs remis à neuf, ce qui évite la fabrication de nouveaux équipements et réduit l’empreinte carbone associée.

• Favoriser des usages plus sobres : mise en veille automatique, extinction des appareils hors horaires, réduction des impressions et sensibilisation continue des équipes aux écogestes numériques.

Vers une articulation entre culture d’entreprise et durabilité numérique

Le Green IT dépasse désormais le cadre purement technique ou matériel. Il s’observe comme une évolution progressive des pratiques numériques au sein des entreprises, impliquant la gestion des données, la conception des services et l’organisation des processus internes.

Dans les PME, cette évolution prend des formes diverses selon les contextes : certaines ajustent leurs usages numériques pour renforcer la cohérence interne, tandis que d’autres intègrent des critères environnementaux dans la gestion de leurs infrastructures. Ces démarches traduisent le plus souvent une adaptation progressive plutôt qu’une transformation systématique.

Dans une perspective plus large, cette approche met en évidence la convergence entre les dimensions numériques, énergétiques et organisationnelles, sans nécessairement modifier la structure ou la finalité de l’entreprise.

Dans l’enquête globale de PwC “Global Workforce ESG Preferences Study 2024”, 68,6 % des participants déclaraient que les politiques environnementales de leur employeur sont importantes lorsqu’ils choisissent une entreprise.

https://www.pwc.com/gx/en/issues/workforce/pwcs-global-workforce-sustainability-study.htmlr.

*Raoul Sanchez est ingénieur et expert en durabilité numérique. Auteur de plusieurs ouvrages et études sur la technologie et la durabilité, il est également vice-président de l’Association des communes vaudoises.

Retrouvez l’ensemble de nos articles Inside

 

Recommandé pour vous