Interview de Diane Barbier-Mueller: « Suite à la période de confinement, les ménages vont chercher des logements plus aérés »

27 juillet 2020

Interview de Diane Barbier-Mueller– Membre de la Direction chez Pilet & Renaud SA)

Le Monde Economique : Usines à l’arrêt, entreprises au chômage partiel, bourses qui décrochent… le Covid-19 fait des ravages sur tous les pans de l’économie. Quid du marché de l’immobilier ?

Diane Barbier-Mueller : Le marché immobilier a été ébranlé en particulier en raison de l’effet de surprise et du manque de visibilité sur l’évolution de la situation. De nombreux commerces ont été forcés de fermer leur arcade et n’ont plus eu les moyens de payer leur loyer. Heureusement, un consensus a rapidement pu être trouvé entre les représentants des locataires, des propriétaires et l’Etat de Genève, permettant aux commerçants de réduire une partie de leurs charges alors que leur chiffre d’affaires était en baisse. Par ailleurs, la possibilité de maintenir ou non des chantiers ouverts durant la période de confinement a également été débattue pendant le mois de mars, et de nombreuses entreprises travaillant dans le bâtiment ont vu leur chiffre d’affaires être impacté par le manque de clarté de la situation et par la diminution des travaux entrepris. Donc oui, le marché immobilier a été touché par la crise du Covid-19. En revanche, et jusqu’au début de la période estivale, on a pu observer un nombre étonnamment soutenu de transactions immobilières, malgré le confinement.

Le Monde Economique : Pendant le confinement, les suisses ont découvert la nécessité de disposer d’un chez soi agréable. Pensez-vous que les critères de recherche vont évoluer en termes de prestations et de localisation ?

Diane Barbier-Mueller : Je le pense, oui. Ces dernières années, en raison d’une législation très stricte et de la rareté du sol helvétique, les logements ont souvent été construits de manière efficiente, en réduisant les surfaces « non utilisables » qui pourraient pourtant apporter de l’espace et du volume aux logements. Il en résulte des plafonds parfois bas (2m20 de hauteur) et des pièces à vivre restreintes. Suite à la période de confinement, les ménages vont chercher des logements plus aérés, et probablement une pièce de plus que leur besoin, afin d’y aménager un espace pour le travail. Les balcons et jardins ont également été des espaces salutaires pour ceux qui en possédaient, et regrettés par ceux qui n’en avaient pas. Je pense que les nouvelles constructions devront penser à intégrer plus d’espaces extérieurs.

Le Monde Economique : Certains observateurs estiment que les surfaces artisanales et les espaces de bureau pâtiront le plus de la crise. Partagez-vous cette crainte ? Si oui, justifiez votre réponse.

Diane Barbier-Mueller : Les propriétaires et constructeurs de surfaces de bureaux et d’artisanat devront probablement repenser les espaces qu’ils offrent aux locataires-travailleurs. Le télétravail est une manière de travailler qui avait été initiée avant le confinement, mais qui va rapidement se démocratiser. Toutefois, pour l’instant, je ne pense pas que le travail à la maison remplacera complètement le travail au bureau. Sur le long terme, des quartiers pourront être repensés pour regrouper les activités de travail, la vie personnelle (écoles, logements, parcs,…), et les arcades commerciales et de restaurations. Cette vision permettra plus facilement aux personnes de concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle, tout en réduisant les trajets quotidiens.

Le Monde Economique : Est-il encore trop tôt pour faire un bilan sur une baisse possible effective des prix de l’immobilier à Genève ?

Diane Barbier-Mueller : Les prix de l’immobilier commercial pourraient effectivement subir une baisse dans les prochains mois, et ce pour plusieurs motifs. La première raison est que certaines entreprises ne se relèveront malheureusement pas de la crise de 2020, d’autres réduiront leurs effectifs de travail (coupe de budget, diminution des postes…), ou encore l’activité de recherche de nouvelles surfaces peut être suspendue par des sociétés, le temps de comprendre comment va évoluer le monde post-Covid. Enfin, de nombreux projets, dont la construction a démarré bien avant le Covid-19, sortiront de terre et offriront de nouveaux espaces commerciaux flambant neufs, rendant la concurrence dans le secteur encore plus féroce.

Concernant l’immobilier résidentiel, la crise sanitaire ne devrait avoir que peu, voire pas, d’effet direct sur ce secteur. En revanche, nous devrions observer une baisse des prix, en raison des nombreux projets de construction prévus à Genève à court terme (Praille-Acacias-Vernets, Communaux d’Ambilly à Thônex, les Cherpines, Bernex, les Grands-Esserts…). Un regard sur le site de l’Etat annonçant les projets d’envergure laisse entrevoir que le nombre de logements va fortement augmenter ces 5 prochaines années. Le taux de vacance va donc se détendre, conduisant alors à une baisse des prix.

Le Monde Economique : Valeur sûre et essentielle, la pierre se révèle dans l’épreuve un atout inestimable. Quelles perspectives pour le marché immobilier genevois ?

Diane Barbier-Mueller : A chaque crise économique, l’immobilier s’est révélé une valeur sûre. Mais c’est un actif très difficile à revendre en cas de besoin rapide de liquidité, et dont les prix sont très élevés, donc difficilement accessible. Les taux d’intérêt bas sont aujourd’hui une bonne opportunité pour investir dans la pierre, je pense que cet atout a plus d’impact sur l’évolution des prix de transaction que l’insécurité financière causée par le Covid-19.

Interview réalisée par Thierry Dime

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