Interview de Karim Keita: « Il faut aller à l’essentiel, en se posant les bonnes questions »

7 février 2021

Photos © MASODA

Interview de Karim Keita – – Directeur Général de MASODA

Monde Economique Dans un monde toujours plus connecté, l’heure est à la transformation digitale. Mais de quoi parle-t-on vraiment ?

Karim Keita : D’abord, on parle de transformation. Pas seulement de changement ou d’évolution. L’enjeu principal, pour les entreprises, ce n’est pas seulement de digitaliser l’expérience client ou automatiser les tâches répétitives. C’est faire pivoter, de manière irréversible, leur système de gouvernance et leurs processus Métiers vers des modèles économiques centrés sur la data et la connaissance (knowledge management). Cela peut paraître très éloigné des réalités d’artisans ou de commerçants. Et pourtant, avec la montée en puissance de l’Intelligence Artificielle, qui a le potentiel de virtualiser la quasi-totalité des activités humaines, il est grand temps d’anticiper et de se préparer à une bascule, progressive, dans un monde radicalement différent de celui que nous connaissons ! Qui sait : peut-être que, dans un futur proche, les boulangers fabriqueront leur pain par imprimante 3D et livreront à domicile par drone !

Monde Economique Si avant la COVID-19, certaines entreprises ne comprenaient pas toujours l’importance de la transition digitale, pensez-vous que cette pandémie pourrait servir d’accélérateur aux PME qui hésitent encore ?

Karim Keita : Pour se transformer, il faut toujours un événement déclencheur. On ne se transforme pas sur commande ! La crise liée au Covid-19 en est un. Les entreprises ont pu constater qu’un problème aussi simple qu’une restriction de mobilité pouvait avoir un effet destructeur sur leurs activités. La digitalisation, parce qu’elle s’affranchit des distances physiques, résout partiellement cette problématique. L’autre avantage du digital, c’est qu’il permet d’automatiser certaines tâches, palliant ainsi au problème de pénurie d’effectifs.

Monde Economique Il apparait évident aujourd’hui que les entreprises doivent placer le digital au centre de leur activité pour rester compétitives. Comment les entreprises doivent-elles s’y prendre pour éviter un fiasco et une perte d’argent ?

Karim Keita

Karim Keita : Il faut aller à l’essentiel, en se posant les bonnes questions : quels sont mes processus critiques ? Comment les optimiser pour qu’ils captent davantage de valeur sur le marché ? Quels sont ceux qu’il faut prioritairement dématérialiser ? Comment mesurer les performances de leur transformation ? Quels seront les impacts sur mes salariés, mes fournisseurs, mes clients ? L’approche par les processus et les besoins Métiers est ici fondamentale. L’erreur serait de se précipiter sur des solutions technologiques à la mode mais pas forcément efficientes par rapport au système d’organisation de l’entreprise.

Monde Economique Si la prise de conscience du besoin d’évolution numérique à l’échelle de la direction est souvent lente, la résistance au changement dans les équipes est souvent tout aussi forte, voire plus encore. Comment mieux faire accepter les changements au sein du groupe ?

Karim Keita : Dans tous les cas, le changement commence bien par la tête ! C’est à la Direction de s’approprier, d’incarner et de promouvoir la transformation digitale de l’entreprise. Pour mobiliser en interne, ne jamais dire qu’il s’agit d’une condition de survie : vous créeriez des blocages, liés à la peur, à la méfiance, au désarroi. Restez focalisés sur les Besoins Métiers, sur l’employabilité des salariés, sur la satisfaction des clients.

Monde Economique Certains experts affirment que pour bien préparer une mutation organisationnelle, il est utile d’agir au préalable au niveau de la marque. Pourquoi le branding intervient-il dans un processus de transformation digitale ?

Karim Keita : Je suis heureux que vous abordiez ce point, souvent négligé. J’ai travaillé une quinzaine d’années dans le branding et le marketing à Paris. C’est dans cette discipline que j’ai assisté aux transformations les plus spectaculaires : la premiumisation d’Air France, la revitalisation de MMA (ex Mutuelles du Mans Assurances), le repositionnement des lessives d’Unilever autour du concept « Dirt is good »… Je pense que la marque facilite la transformation digitale (et RSE) à 3 niveaux :

  • Elle permet de prendre de la hauteur par rapport à l’organisationnel et incite à bousculer les conventions, à risquer la destruction créatrice
  • Elle fédère tous les salariés, quelque soient leur métiers ou fonctions, en donnant de l’allonge, de la perspective, de l’émotion au processus de transformation
  • Elle permet de matérialiser, de visualiser le processus de transformation (changement d’identité visuelle, de baseline, voire de nom !), ce qui rassure et motive à la fois

Monde Economique Partant de votre expertise et en tenant compte de ce qui vient d’être dit, qu’est-ce qu’une transition digitale réussie ?

Karim Keita : Je me risquerai à affirmer qu’une transition digitale est réussie si on peut répondre par l’affirmative à ces 3 questions :

  • Lors d’une prochaine crise d’envergure, suis-je capable de basculer très rapidement en mode Continuation d’Activités ? C’est le test de la résilience
  • Ai-je constaté une amélioration significative de ma performance opérationnelle (développement du CA, baisse des coûts, optimisation de marge brute…) et suis-je capable de la contrôler et de la mesurer dans le temps ? C’est le test de l’efficience.
  • Suis-je certain que la technologie employée satisfait également les besoins de mes parties prenantes et de l’environnement ? C’est le test de la responsabilité sociétale et environnementale.

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