Interview de Karina Uebelhart: L’art abstrait a un côté magique en ce sens qu’il déconditionne les individus

21 novembre 2016

Interview de Karina Uebelhart, décoratrice d’intérieur et artiste peintre à Neuchâtel.

Monde Economique : Vous avez reçu une éducation artistique plutôt classique, comment êtes-vous arrivée à l’art abstrait?

Karina Uebelhart : Effectivement au début de ma carrière j’ai reçu une éducation artistique plutôt axée sur l’art figuratif. Et puis un jour, j’ai vécu une véritable crise existentielle qui a profondément modifié ma perception de la vie. Durant cette période j’étais en permanence affectée par le doute et je me posais beaucoup de questions. Afin de retrouver ma sérénité intérieure et d’aller à la rencontre de moi-même, je me suis lancée dans une démarche spirituelle. A l’occasion de cette expérience que le destin m’a imposée, je me suis rendu compte que je ne vivais pas en concordance avec mon moi véritable et authentique. Ce dernier était complètement étouffé par mon identité sociale qui elle, avait été façonné non par mon for intérieur mais par le milieu social dans lequel j’avais évolué. La spiritualité m’a permis d’être plus à l’écoute de moi-même. C’est ainsi que j’ai découvert une autre dimension de moi-même qui ne demandait qu’à s’exprimer. Cette partie de moi qui était synonyme de joie, de liberté et d’ouverture ne pouvait s’exprimer qu’à travers l’art abstrait. A côté de cela ma perception de la matière a également changée. Aujourd’hui pour créer je m’appuie sur ses qualités intrinsèques.

Monde Economique : Selon certains artistes une peinture abstraite a pour but de représenter ce que l’homme ne voit pas ou ne veut pas voir. Etes-vous de cet avis ?

Karina Uebelhart : L’art abstrait a un côté magique en ce sens qu’il déconditionne les individus. En effet l’univers de la peinture abstraite n’est régi par aucune loi. A la différence de l’art figuratif, l’art abstrait n’a pas vocation à représenter le monde réel. Ce courant artistique vise à favoriser l’impression au détriment de l’expression. Une œuvre abstraite a pour unique but de faire émerger des idées et des sentiments propres. C’est un espace de liberté où l’amateur d’art utilise sa capacité à ressentir des émotions pour décrypter une œuvre. C’est pour cela que l’on dit que l’interprétation ou la compréhension d’une œuvre abstraite relève d’une démarche personnelle propre à chacun. La découverte d’une œuvre abstraite se fait sans grille de lecture, autre que celle de l’inconscient et de la sensibilité profonde. L’art abstrait se divise en deux grandes écoles, celles de l’abstraction géométrique et celle de l’abstraction lyrique. L’abstraction géométrique s’exprime à travers des formes géométriques et des couleurs influençant directement les sentiments. L’abstraction lyrique s’exprime à travers des formes libres, elle vise à déclencher des ‘émotions individuelles.

Monde Economique : Si je vous ai bien compris l’art abstrait à des vertus thérapeutiques. Comment se manifestent-elles ?

Karina Uebelhart : Pour bien comprendre les effets positifs de l’art abstrait sur la santé psychique des individus, il faut se rappeler que le stress est une maladie très répandue à notre époque. La preuve en est ici en Suisse, nous avons l’une des plus grandes densités de psychiatres par habitants au monde (40 psychiatres pour 100 000 habitants). Et pourtant nous vivons dans un beau pays. Cette maladie se caractérise par une incapacité de l’individu à s’adapter à une situation donnée. Nombreux sont les patients atteints par ce mal qui affirment que le stress auraient moins d’emprise sur eux, s’ils arrivaient à se relaxer. L’art abstrait me paraît tout à fait indiqué pour lutter contre le stress puisque de par la liberté d’interprétation qu’il engendre, il offre la possibilité à l’homme de s’évader. En s’évadant l’homme oublie la réalité et en oubliant la réalité il oublie ses soucis. Ainsi peu à peu il arrive à créer autour de lui un environnement propice à la résolution de ses problèmes, car il se retrouve plus apaisé et serein. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que plus une œuvre nous séduit plus elle nous captive, et plus elle nous captive plus belle elle nous arrache à la réalité extérieure. C’est pour cette raison que dans certains hôpitaux on encourage la pratique de l’art abstrait dans les unités de soins palliatifs.

Monde Economique : En parallèle de votre activité artistique vous êtes aussi décoratrice d’intérieur. Est-ce pour vous un bon moyen de porter la bonne parole dans chaque foyer ?

Karina Uebelhart : Tout d’abord une décoratrice d’intérieur peut être amenée à décorer aussi bien des maisons que des bureaux. Son rôle n’est pas de porter la bonne parole, mais d’aider les occupants d’un lieu à créer autour d’eux un univers qui leur est propre et dans lequel ils se sentent à l’aise. C’est pour cela qu’une décoratrice d’intérieur doit avoir une capacité d’écoute très développée. C’est grâce à l’écoute qu’elle pourra connaître, le type d’ambiance auquel le client est sensible, les couleurs et les matières qui lui parlent. Cette première étape de découverte du client est nécessaire, car les clients appréhendent la décoration de leur intérieur en fonction de leur éducation et de leurs influences culturelles. Toute demeure est le reflet de la personnalité de ceux ou celles qui l’occupent. Ainsi, si votre maison est encombrée on aura tendance à dire que vous avez du mal à vous séparer des choses. Si son design est froid et moderne vous serez perçu comme un être sans émotion.

Monde Economique : On dit souvent que la décoration d’intérieur est un caprice réservé uniquement aux riches. Qu’en pensez-vous?

Karina Uebelhart : Contrairement à une idée reçue la décoration d’intérieur n’a jamais été un privilège réservé aux riches. La preuve en est avec un peu d’imagination et de curiosité on peut créer autour de soi un univers de rêve. Aimer le bricolage être habile de ses deux mains ça peut aider mais ce n’est pas obligatoire. En visitant régulièrement les brocantes ou les grandes surfaces dédiées au bricolage, on peut à l’occasion des soldes acquérir quantité de matériaux ou d’objets décoratifs à des prix intéressant. De même qu’avec un bon coup de pinceau on peut donner une seconde vie à de vieux meubles.

Karina Uebelhart

Tel : 079 214 38 33

Email : uebelhartkarina@gmail.com

 

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