Interview de Ricardo Karam : « J’ai été le pionnier au Moyen Orient à repérer les Success Stories ».

8 octobre 2019

Interview de Ricardo Karam  – Président de la Fondation Takreem

Ricardo Karam*, vous êtes un journaliste réputé et avez interviewé les plus grands patrons arabophones du monde. Vous êtes vous-même chef d’entreprise. Vous présidez enfin la fondation Takreem, que vous avez lancée il y dix ans. Elle a pour ambition de valoriser l’excellence arabe partout dans le monde, notamment à travers une grande cérémonie annuelle de remise de prix, sur le modèle des prix Nobel. Dans un mois très précisément, ce sera la dixième édition à Beyrouth.

Monde Economique D’abord, comment avez-vous eu l’idée d’une telle initiative ?

Ricardo Karam J’ai été le pionnier au Moyen Orient à repérer les « Success Stories » et à leur dédier des heures d’antenne. Ayant sondé l’intérêt de tout un public et surtout des jeunes à la recherche de modèles auxquels ils peuvent s’identifier, j’ai décidé de fonder une plateforme durable qui inspire, motive et pousse de l’avant. Takreem a donc vu le jour. Aujourd’hui, je suis fier d’avoir apporté ma pierre à l’édifice de cette noble cause, et de travailler avec des hommes et des femmes de grande qualité, qui œuvrent pour le changement contre vents et marées.

Monde Economique Takreem a une dimension mondaine, un peu people. Pensez-vous que ce type de démarche peut au-delà des élites, avoir aussi un réel impact sur les populations arabes de manière plus générale ?

Ricardo Karam Le tapis rouge et la cérémonie sont des ingrédients mondains peut-être, mais ils attirent (les médias surtout) et aident à avoir une plus grande visibilité et toucher un public au-delà des élites. On ne mesure sans doute pas assez l’impact dans la région, sur les jeunes générations en particulier, de cette succession ininterrompue d’images dans les grands médias panarabes et internationaux.

En choisissant de mettre en valeur la réussite et la création, nous œuvrons à promouvoir la jeunesse arabe, ses talents et ses initiatives. Les neufs prix décernés annuellement par Takreem révèlent ce que l’on ne montre encore pas assez : les jeunes acteurs d’un monde en mouvement, riches d’une identité plurielle et ouverte sur le monde.

Monde Economique Est-ce que vous vous définiriez comme un militant au service de valeurs et quelles sont celles-ci ?

Ricardo Karam J’ai choisi de rester au Liban pourtant les horizons m’étaient ouverts. Je voulais créer un « social impact ». Mon objectif ultime fut donc d’encourager les générations futures dans le monde Arabe à viser l’excellence et à rester fidèles aux valeurs fondamentales, que sont le respect, l’éthique, l’humilité, la passion et l’autonomisation. Mon œuvre s’attache ainsi à mettre en valeur le patrimoine intellectuel et politique du monde arabe, ses figures et les exemples sur lesquels s’appuyer pour construire l’avenir.

Monde Economique Comment se prépare une telle manifestation ?

Ricardo Karam Cette manifestation vient couronner un travail continu tout au long de l’année. La singularité de Takreem se situe dans le professionnalisme et l’impartialité du processus de sélection des lauréats depuis l’appel à candidatures et la constitution et vérification des dossiers, jusqu’à la délibération du jury international en passant par le travail fondateur et méticuleux des Comités d’experts composés de personnes respectées et respectables de la société civile, de l’univers académique et du tissu économique des différents pays arabes.

TAKminds, une nouvelle plateforme, en a émané. Elle vise à montrer comment les acteurs du changement et les nouveaux talents abordent les défis sociétaux actuels et tissent ensemble des liens entre éducation, technologie, affaires, médias et arts en vue de bâtir un avenir plus durable. TAKminds est pour nous le moyen de franchir une étape supérieure, de créer de nouvelles synergies et d’engager une conversation à la fois passionnante et nécessaire.

Monde Economique En dix ans, vous avez vu passer plusieurs dizaines de lauréats, est-ce qu’il y n’a un souvenir que vous gardez particulièrement en mémoire, qui vous a ému ou touché ?

Ricardo Karam Plein… À rebours des clichés, les parcours exceptionnels des lauréats de Takreem ne peuvent que toucher tout un chacun. Fière sur scène dans son fauteuil roulant, la Marocaine Amina Laraki Slaoui qui a créé la première ONG de son pays pour l’intégration et l’inclusion des handicapés, a reçu une « standing ovation ». La députée irakienne yazidie, Vian Dakhil, qui a osé dénoncer les exactions commises contre sa communauté par l’EI, a été primée sous les acclamations du public qui s’était levé pour une longue ovation. Autre moment d’émotion lorsqu’à titre posthume, un prix a été décerné au philanthrope autodidacte libanais Maroun Semaan quand ses jeunes filles montèrent sur scène pour célébrer sa mémoire. Ou encore l’entrepreneuse sociale copte orthodoxe, qui a pris la décision radicale, à l’âge de trente ans, de renoncer à ses vêtements à la mode et à son style de vie pour se consacrer au service des enfants dans les bidonvilles et les zones de déchets en Egypte. Mama Maggie, une fois sur scène au Koweit, se mit à genoux et embrassa le sol.

Interview réalisée par Thierry Dime

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