Interview de Stéphane Jayet: « Notre secteur d’activités est souvent soumis à des « trous d’air » »

22 juin 2020

Interview de Stéphane Jayet – Voyagiste et Vice-Président de la Fédération Suisse du voyage

Le Monde Economique Un récent rapport de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) consacré aux restrictions sur les voyages, montre l’ampleur de l’onde de choc de la Covid-19 sur le tourisme mondial. Doit-on s’inquiéter pour nos vacances d’été ?

Stéphane Jayet: A ce jour, de nombreux signaux positifs se sont allumés sur notre tableau de bord « vacances à l’étranger », surtout avec nos voisins limitrophes mais également pour le bassin méditerranéen. L’intercontinental reste, quant à lui, encore sujet à de nombreuses incertitudes et n’avons que très peu de visibilité. Nous savons maintenant que nous pourrons passer nos vacances estivales à l’étranger, certes avec quelques aménagements sanitaires tant au niveau du transport que du séjour, mais le changement d’air et la dynamique « vacances » sont à nouveau accessibles. Nos membres sont parfaitement au courant de la situation et se feront un plaisir d’amener, en plus de la valeur ajoutée habituelle, cet éclairage pour le choix et la prise de décision quant à vos vacances.

Le Monde Economique Le business principal des agences de voyages et des voyagistes étaient d’envoyer leurs clients à l’étranger. Aujourd’hui avec la crise, le message est plutôt tourné vers le tourisme domestique. Est-ce un tournant ou juste de l’opportunisme ? 

Stéphane Jayet: Notre secteur d’activités est très souvent soumis à des « trous d’air » et à des perturbations dus aux événements géopolitiques, mais également aux catastrophes naturelles. Nous avons toujours pu nous relever et passer au travers, toutefois cette crise est la plus grave que nous n’ayons jamais connue depuis de très nombreuses décennies. Certains de nos membres étaient déjà présents sur le tourisme domestique avec de nombreuses offres liées aux différentes régions et attractions touristiques de notre pays.

Toutefois, d’autres structures (voyagistes et agences de voyages) se sont effectivement penchées sur de nouvelles offres en Suisse pour pouvoir les proposer à leur clientèle. Je n’aime pas trop le terme « opportunisme », mais comme j’aime à le souligner, l’effet d’une crise nous poussent à être créatifs, réactifs et proactifs !

Le Monde Economique Même si les gens sont peut-être « un peu frileux » aujourd’hui, ne pensez-vous pas que les anciennes habitudes seront vite reprises après la crise? 

Stéphane Jayet: Dans le fond, certaines de ces anciennes habitudes seront effectivement reprises, mais dans la forme il y aura quelques modifications et je ne peux que l’espérer. Comme exemple, le modèle d’affaire low cost qui a généré, génère et alimente indiscutablement l’effet « tourisme de masse » (1 nuit à Barcelone pour faire la fête, 1 nuit à Milan pour le shopping, etc…) devrait se contracter et cela nous réjouit au niveau de la Fédération. Ce volume nous échappe déjà depuis de nombreuses années, n’ayant quasi aucune valeur ajoutée à amener aux voyageurs concernés.

Le Monde Economique Encourager le tourisme domestique, c’est bien mais la Suisse demeure un ilot de cherté. Est-il envisageable pour les professionnels du secteur d’élaborer des forfaits afin de permettre à toutes les familles suisses qui le souhaitent, de bénéficier de vacances sans se ruiner ?

Stéphane Jayet: Comme dans tous les pays du monde, il existe des « bons plans » et le fait de s’appuyer sur des professionnels permet d’y accéder tout en jouant la carte de la sécurité. Il y a de très nombreuses régions suisses qui ont mis sur pied des offres promotionnelles (nuit gratuite dès 2 achetées, carte cadeau de 100.—pour un restaurant de la région, carte cadeau de 50.—valable auprès des partenaires touristiques comme les zoos, transports publics, remontées mécaniques, etc…) pour compresser le prix final, mais il faut être conscient que notre pouvoir d’achat sur les pays méditerranéens est quand même en faveur d’un séjour à l’étranger, pour la grande majorité des cas.

Le Monde Economique La crise du Covid-19 peut-être l’occasion de réinventer ce que signifient vacances et voyages. Le Covid-19 aura-t-il la peau du tourisme de masse? 

Stéphane Jayet: Comme exprimé ci-dessus, il devrait sincèrement y avoir une contraction significative du tourisme de masse et cela nous réjouit, tant pour l’écologie que pour l’éthique même du voyage et de ses valeurs. Réinventer n’est, à mon avis, pas la bonne terminologie, mais une prise de conscience, une réorientation et la volonté de s’appuyer sur des professionnels du voyage pour garantir la qualité et le pertinence d’un choix de vacances, OUI !

Interview réalisée par Thierry Dime

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