Interview d’Olivier Chabanel: « la classe moyenne peut être considérée comme la vache à lait »

22 février 2021

Monde Economique Dans une récente tribune, vous avez affirmé que la classe moyenne est sous pression. Ceci n’est pas nouveaux car plusieurs études ont révélé que, dans de nombreux pays de l’OCDE, les revenus intermédiaires ont moins progressé. Quelle analyse faites-vous de cette disparité ?

Olivier Chabanel : A l’approche des votations fédérales et élections communales dans certains cantons, il est important de rappeler que le modèle de démocratie occidentale s’est construit à partir d’une classe moyenne qui par ailleurs, évolue dans sa grande majorité au centre de l’échiquier politique. Cette population est effectivement mise sous pression du fait avant tout d’une globalisation qui instaure un rythme de transformation économique et technologique très exigeant.

Monde Economique En Suisse, les revenus augmentent mais les frais aussi. La classe moyenne est-elle devenue la vache à lait du pays ?

Olivier Chabanel : Je ne crois pas que les revenus augmentent. L’indice à prendre en compte est plutôt le pouvoir d’achat, qui lui stagne voire régresse depuis des années. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la cherté du franc suisse a induit une augmentation de la compétitivité des PME qui n’a pas permis une revalorisation des salaires. Dans ce contexte, la classe moyenne peut être considérée comme la vache à lait et ce d’autant plus que la réforme sur l’imposition sur les personnes morales a trouvé une validation dans les urnes mais pas les personnes physiques qui ont contribué à cet allègement fiscal. C’est le paradoxe.

Monde Economique Compte tenu du contexte économique actuelle et les leçons que nous pourrions tirer de cette pandémie, le temps n’est-il pas venu de suivre une nouvelle logique de croissance ?

Olivier Chabanel : La pandémie sera certainement un catalyseur des changements profonds dont notre société a besoin. La préservation des ressources et le développement des cycles courts de consommation seront une nouvelle tendance auprès des consommateurs. Néanmoins, un autre modèle de croissance plus vertueux est possible grâce à l’utilisation de nouvelles technologies plus compatibles avec notre environnement. En revanche, il faut être clair un modèle de décroissance serait catastrophique pour maintenir la prospérité de la Suisse dans le futur. 

Monde Economique Si la classe moyenne suisse n’a pas tiré parti de cette richesse, à qui profite la croissance en Suisse?

Olivier Chabanel : Selon certains adeptes de la théorie du ruissellement, tout le monde a bénéficié peu ou prou des investissements directs étrangers en Suisse. Mais dans les faits, les nouveaux besoins nés d’une économie exogène ont attiré surtout des talents étrangers et notamment anglo-saxons. Dans ces circonstances, la classe moyenne a plutôt été impactée négativement dès lors que son niveau de rémunération/formation n’était plus aussi compétitif au niveau international.

Monde Economique Est-ce que ce n’est pas ironique quand on sait que le capitalisme et le libéralisme exacerbé est en grande partie porté par le PLR ?

Olivier Chabanel : Il n’y a rien d’ironique à rappeler que notre modèle politique a été conçu historiquement par le parti radical aidé en cela par des capitaines d’industrie essentiellement en Suisse alémanique à la fin du 19e siècle. Ce modèle a contribué à créer un pôle de richesse en Suisse alors que le pays dans sa géographie n’y était pas destiné.

Monde Economique Face aux défis économiques et à la Croissance inclusive, quelles solutions apporter pour soulager la classe moyenne ?

Olivier Chabanel : Face aux défis tant climatiques qu’économiques, je vois une évolution paroxystique vers une économie toujours plus globalisée mais où une place importante sera laissée à une économie locale qui se sera au préalable dans la digitalisation de ces services.

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