INTERVIEW du DR JOHNSON ODIBO: « NIDO rassemble les Nigérians vivant aussi bien en Suisse qu’au Liechtenstein »

30 juillet 2020

Par Nathalie Kemadjou

“Un village n’est pas fait d’une poignée de héros, mais bien d’individus nombreux » – CHINUA ACHEBE (Things Fall Apart).

Environ 6351 personnes issues de la diaspora nigériane vivent en Suisse et au Liechtenstein. L’organisation NIDO Swiss – Nigerians in the Diaspora Organization Europe s’emploie à apporter par sa politique et ses actions, un soutien et des conseils à sa diaspora pour consolider son integration et également dynamiser celle-ci pour un déploiement de ses compétences et de son savoir faire au Nigéria.

Entretien avec son president Dr. Johnson Odibo

Monde Economique:  Pourriez-vous nous présenter votre organisation NIDO SWISS et nous évoquer la diaspora nigériane en Suisse et au Liechtenstein?

DR Johnson Odibo: Conformément à la vision centrale NIDO Europe, NIDO rassemble les Nigérians vivant aussi bien en Suisse qu’au Liechtenstein ; identifiant ainsi ceux qui sont disposés à offrir leurs competences (Education, Information, Santé, Economie, Science, Gestion, Droit, Gouvernance politique et des entreprises, Management, etc.) pour contribuer au développement national du Nigéria.

Ces compétences seront nécessaires pour les projets de développement émanant du gouvernement et des organisations non gouvernementales. Par consequent, NIDO SWISS exige que les Nigérians vivant en Suisse et au Liechtenstein soient susceptibles de passer une période de temps au Nigéria et mettent leurs compétences au service du processus de développement du Nigéria.

NIDO Swiss offre une oportunité unique aux  Nigérians vivant aussi bien en Suisse et au Liechtenstein, d’apprendre à travailler et à collaborer les uns avec les autres pour la mission d’édification de notre nation et de notre patrie. L’organisation est fermement convaincue que les Nigérians de Suisse et du Liechtenstein peuvent apporter une contribution significative au Nigéria au travers de programmes, de politiques, de plaidoyer afin de mettre leurs talents, leurs expertises, et ressources au service du développement et de l’édification la nation du Nigéria.

Monde Economique: Pourriez-vous nous présenter un aperçu des activités au cours de ces 3 dernières années et nous dire comment NIDO intervient dans les opérations entre la Suisse, le Liechtenstein et le Nigéria ?

DR Johnson Odibo: Selon les statistiques mondiales et le discours “Diaspora Day 2020” du président du Nigéria Monsieur Muhammadu Buhari,   les Nigérians de la dispora (y compris ceux de Suisse et du Liechtenstein) ont versé plus de 25 milliards de $ par an les trois précédentes années. Ce qui correspond à environ 6% du Produit intérieur brut annuel du Nigéria et à plus de 80% du budget national du Nigéria. Ces transferts ont eu un impact positif sur les moyens de subsistence des Nigérians dans le domaine de l’éducation, du logement, de la promotion immobilière, de l’industrie, du commerce et des investissements, de l’agriculture et des transferts de technologie/compétences.

Du côté des opérations, NIDO Swiss était sous la direction d’un comité de prise en charge mis en place par l’ambassade du Nigéria et des principales parties prenantes en Suisse et au Liechtenstein, de 2016 à 2019 ( juste après la crise de 2015 qu’avait traversé NIDO Swiss).

Depuis le mois de décembre 2019, date de mon élection en tant que president et d’autres membres du Conseil exécutif de NIDO Swiss, nous avons initié et lancé des programmes afin de définir au sein de NIDO Swiss et Liechtenstein une nouvelle voie :

Rien qu’en 2020, nous avons procédé à l’enregistrement de NIDO Swiss auprès de Handelsregisteramt. Nous avons également construit une base de données sur notre site Web collaboratif afin de recenser et de traiter les informations relatives aux professionels nigérians. Nous avons élargi notre déploiement pour accroître le nombre de professionnels nigérians enregistrés auprès de NIDO Swiiss et du Liechtenstein. Nous avons organisé avec succès la reunion de la marie et organisé une session de formation ZOOM afin d’aider les Nigérians en Suisse et au Liechtenstein à initier un investissement immobilier et un plan de retraite sur 10 ans.

Monde Economique: Votre organisation NIDO facilite la participation des Nigérians en ce qui concerne l’impact au Développement durable, ceci au Nigéria ; quelle forme cela revêt-il ?

DR Johnson Odibo: Ma réponse à cette question est mitigée : En premier lieu, il est vrai que NIDO facilite l’implication des Nigérians dans l’impact du développement durable au Nigéria, toutefois, en plus d’encourager la mise à niveau et l’acquisition de nouvelles compétences, afin que la diaspora puisse ainsi transférer ces compétences dans les TIC et le domaine de l’industrie, les missions médicales, les professeurs dans les universités les écoles polytechniques nigérianes, NIDO souhaite ajouter davantage de valeur, si tous les Nigérians de la diaspora peuvent voter et être élus quel que soit leur lieu de résidence en dehors du Nigéria. Si cela se produit, les Nigérians de la diaspora seront en mesure d’influencer le paysage politique du Nigéria et seraient capables d’influencer les dirigeants pragmatiques pour une gouvernance bonne et responsable.

Au sein du leadership de NIDO Swiss et Liechtenstein, nous avons fait de notre mieux pour propulser cette conscience dans les programmes et au travers d’initiatives nous continuons par exemple à :

  • Renforcer l’intégration et l’édification de la nation,
  • Promouvoir les emplois et l’accompagnement de parcours professionnels,
  • Densifier le réseautage et la croissance sociale,
  • Assurer l’autonomisation et un appui à la nouvelle génération,
  • Organiser les séminaires sur l’investissement/Entrepreneuriat et le développement des idées.

Monde Economique: Comment la communauté nigériane, spécialement en Suisse et au Liechtenstein, a-t-elle réagi durant le confinement ?

DR Johnson Odibo: Au depart, il ya eu de la peur et de la panique. Cependant à NIDO Swiss, nous avons envoyé un courriel pour calmer leurs craintes et renforcer le fait qu’un infime pourcentage de personnes infectées mourront du virus. Après cela, les Nigérians en Suisse et au Liechtenstein étaient sereins et ont observé les mesures de sécurité annoncées au mois de mars de cette année. A titre personnel, je n’ai entendu parler d’aucune violation des directives de sécurité émises par le gouvernement Suisse.

Hormis quelques pertes d’emplois, particulièrement ceux inhérents à la relation directe avec le client, la plupart des personnes actives ont dû trvailler à distance. Ma fille a également perdu son emploi, cependant elle travaille à nouveau, après que le gouvernement Suisse ait assoupli les restrictions.

Du point de vue de l’exécutif de NIDO, nous nous sommes évertués à sensibiliser le public à travers les courriels et les messages WhatsApp en communiquant des liens utiles des sites Web officiels du gouvernement suisse pour obtenir des informations utiles sur le coronavirus et la COVID-19, les actes et les choses à faire et à ne pas faire, ainsi que les statistiques mondiales relatives au coronavirus.

Un seul Nigérian vivant à Genève a été infecté par le virus mais a été traité, mis en quarantaine à domicile. A ce jour, il s’est rétabli et est retourné au travail.

Monde Economique: En ce qui concerne la monnaie originelle ECO, pourrait-on espérer

De voir sa réelle mise en place au sein de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest,

Un enroulement uniforme de la monnaie ? Quels pourraient être les quelques avantages pour la diaspora nigériane ?

A ce sujet, je aussi bien partagé entre optimisme et pessimisme. Hormis le fait que l’Eco apportant une indépendance économique tant attendue de la France et du CFA, aux régions et à l’Afrique, la monnaie unique pourrait encore être une cible à l’avenir. Comme le disait Monsieur Andrew S. Nevin, Economiste en chef, Responsable Clients et Marchés du Nigéria chez PricewaterhouseCoopers (PwC) ; “pour le Nigéria, une éventuelle adoption de la monnaie unique porte atteinte à la souveraineté du Naira”.

Tandis que que huit pays francophones accélèrent la mise en place de l’Eco, je crains que de nombreuses dépendances  regionales qui pourraient faire dérailler le déploiement uniforme de la monnaie n’aient pas été entièrement abordées ou articulées et et cela peut prendre un certain temps avant que de nombreux autres pays ne se développent. Cependant je suis optiismiste quant à l’adoption de l’Eco mettant fin à 75 ans de domination de la France dans les affaires monétaires de ses anciennes colonies. Je reste convaincu que les pays qui ont adopté l’Eco ou qui sont dans un processus d’implémentation, seront déterminés à voir la nouvelle liberté financière et ses possibilités de se concrétiser; et ne voudront pas par défaut à ces années où ils ont été appauvris par les politiques monétaires draconiennes  françaises en Afrique francophone.

Pour les Nigérians de la diaspora souhaitant investir dans l’un des pays de la zone Eco, c’est un énorme avantage, mais ils  attendent toujours de voir comment cela se déroulera.

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