Interview Paul Oberson: « Contrairement au tableau, la photo entretient une relation intime avec la vérité »

14 juillet 2021

Photos © Paul Oberson

Monde Economique: Paul Oberson, pourriez-vous nous parler de l’œuvre que vous avez choisi de nous présenter aujourd’hui ? 

Paul Oberson: « Ombre» est un cliché pris en Nouvel Orléans avec un sténopé. C’est le résultat d’une journée de travail, le seul cliché ramené de cet espace temps. Pour moi il évoque un voyage, un réveil matinal dans le marais, une errance en bateau puis, la nuit tombée, un développement dans une chambre noire improvisée. C’est une tranche de vie volée à l’oubli.

Monde Economique: Parmi toutes vos œuvres, pourquoi avoir choisi celle-ci en particulier ?

Paul Oberson: Elle dégage une sérénité atemporelle. Comme beaucoup d’écosystème le Bayou de Louisiane est menacé par l’homme. Mais ce cliché évoque un lieu loin de l’humain, sans souillure, un espace de poésie entre ombre et lumière, un monde originel soumis à d’autres règles.

Monde Economique: Dans quelle mesure, cette œuvre est-elle représentative de votre travail artistique ?

Paul Oberson: Ce qui m’intéresse dans la photographie c’est le hors cadre, ce qui reste invisible, ce dont parle le cliché mais qu’il ne montre pas. Cette image est un récit qui va au-delà de la prise de vue. Comme la peinture, la photo autorise une abstraction qui permet au spectateur de projeter son univers intérieur, de mieux se connaître, de se révéler. Mais contrairement au tableau, la photo entretient une relation intime avec la vérité, elle est perçue comme un reflet du réel. Ce paradoxe entre abstraction et réalité me fascine.

Monde Economique: A ce propos, comment définiriez-vous votre approche artistique ? 

Paul Oberson: L’usage du sténopé s’apparente à l’artisanat. Chaque prise de vue est un travail qui s’inscrit dans le temps long. La durée de pose permet de capter la lumière avec une acuité rare. La prise d’une seule photo implique plusieurs heures de travail. Il n’y a pas de seconde chance. Cette démarche interdit le consumérisme des images propre au monde numérique, où chacun prend des centaines de clichés qui sont rarement montrés et jamais imprimés. Comme souvent dans la vie. C’est une affaire de coïncidence avec l’instant. Ce que les grecs anciens nommaient le Kairos (καιρός). C’est une recherche de simplicité et d’authenticité, mais également la capacité ou la chance de coïncider avec son environnement, d’être au bon moment, au bon endroit, avec la bonne attitude, le geste juste. La création s’apparente ainsi à une philosophie de vie inscrite dans la parcimonie, qui est à mon sens une attitude à valoriser aujourd’hui.

L’association Artistes.ch (www.artistes.ch) promeut les artistes suisses romands en augmentant leur visibilité et la viabilité économique de leur activité artistique. Récemment, le magazine Monde Economique et Artistes.ch ont conclu un partenariat. C’est dans ce cadre queMonde Economique publie désormais à intervalles réguliers l’interview d’un(e) artiste promu(e) par Artistes.ch et participant à sa plateforme en ligne et à ses expositions ponctuelles et permanentes.

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