Journée internationale des femmes – 3 témoignages de femmes d’affaires

8 mars 2021

Journée internationale des femmes – 8 mars 2021 – Déclarations

Profil des femmes interviewées

Lamara von Albertini, avocate et responsable du service juridique et de la conformité dans des banques renommées, conseille les institutions financières, les jeunes entreprises, les FinTechs et les PME sur les questions de licences, de réglementation, de conformité, de droit et de gestion des risques en tant qu’experte indépendante en matière de conformité.

Susanne Schaller, Responsable des investissements chez Yova, la principale plateforme numérique d’investissement à impact en Suisse.

Katka Letzing,  CEOde Kickstart Innovation, une plateforme d’innovation mondiale qui rassemble des entreprises établies suisses et des start-ups pour travailler sur de nouveaux produits, services et solutions pour l’avenir.

Thèmes abordés

1. Quel est le statut des femmes aux postes de direction en Suisse ? Avons-nous progressé assez vite ou en sommes nous encore au début ?

Lamara von Albertini, avocate et responsable du service juridique et de la conformité

Lamara von Albertini : Le secteur financier est toujours dominé par un monde d’hommes, même si les femmes sont plus nombreuses à occuper des postes de direction. Tant que les anciennes structures ne seront pas démantelées et que les conditions cadres pour les femmes ne seront sensiblement améliorées, nous continuerons à avancer très lentement.

Susanne Schaller : Les choses vont dans la bonne direction, mais à petits pas. La présence de 3 femmes parmi 7 conseillers fédéraux est un bel exemple au niveau fédéral. Mais lorsqu’il s’agit de questions importantes pour les femmes, comme le congé paternité, l’évolution est très lente. D’autres pays ont des décennies d’avance sur nous en termes de leadership féminin.

Katka Letzing : Il y a eu beaucoup de progrès au cours des cinq dernières années, mais il reste encore beaucoup de chose à améliorer. Malheureusement, le pourcentage de femmes occupant des postes de direction – notamment des postes de haut niveau – est encore très faible, surtout en Suisse. De nombreuses études montrent par exemple que les femmes occupent un peu moins de 20 % des sièges dans les conseils d’administration dans le monde, mais en Suisse, ce chiffre n’est que de 3 %. Les femmes cheffes d’entreprise représentent 2 % des postes de direction en Suisse. Et ce ne sont là que quelques exemples. J’espère que cela changera dans un avenir proche et qu’il y aura davantage de modèles féminins aux postes de direction.

2. Le coronavirus a-t-il « fait reculer les femmes » en leur faisant assumer l’éducation à domicile, etc. ou a-t-elle plutôt apporté de la visibilité dans ce qu’elles accomplissent ? Quels sont les modèles établis ?

Lamara von Albertini : Les femmes ont peut-être été un peu plus mises en avant grâce à la pandémie, notamment en ce qui concerne leur double charge de travail. Cependant tant qu’il n’est pas fait mention de cette double charge pour les hommes, nous continuerons à perpétuer des modèles similaires.

Susanne Schaller, Responsable des investissements chez Yova

Susanne Schaller : Le confinement a malheureusement montré que les modèles établis ont toujours un effet important – dans de nombreux cas, les femmes ont dû assumer plus de la moitié de la double charge du travail et de la famille. Cependant, nous avons également constaté un petit effet positif: pour de nombreux enfants, il est devenu évident que leur mère occupait un emploi exigeant – ce qui renforce peut-être la position de la ‚working mum’.

Katka Letzing : Je pense que la crise du coronavirus a amené des défis et des opportunités pour tout le monde. Elle nous a montré combien il est important d’être flexible et d’emprunter de nouvelles voies pour arriver à ses fins. Les femmes ont montré à quel point elles sont des héroïnes, à quel point elles sont flexibles pour jongler à tout moment, ce malgré les obstacles auxquels elles sont confrontées au quotidien. Pourtant, ce n’est pas facile et nous avons pu constater au niveau mondial que l’impact des crises, comme celle du coronavirus, a eu un impact économique sur les femmes. Je pense que les entreprises devraient créer des conditions bien meilleures pour les parents : des horaires de travail flexibles, la possibilité de travailler à domicile. Elle devraient aussi s’assurer que les structures existantes soutiennent les employés au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues.

3. Les femmes et la finance – que faut-il faire ici pour que cette question ne soit plus un problème particulier ? Quelle est la chose la plus importante dans ce contexte ?

Lamara von Albertini : Tout comme nous suivons de manière naturelle les dernières tendances de la mode, il devrait en être de même pour la finance. Ce serait bien de pouvoir aborder ce sujet dès à présent avec les filles et les jeunes femmes, de manière à éveiller leur intérêt financier dès le plus jeune âge.

Susanne Schaller : De nombreux médias et produits financiers ont été créés « par des hommes pour des hommes ». Il est tout à fait normal que les femmes parlent librement d’argent, de finances et d’investissements. Nous devons aller au-delà des fondamentaux et surmonter non seulement l’écart salarial mais aussi le celui des rentes.

Katka Letzing,  CEOde Kickstart Innovation

Katka Letzing : Pour répondre à cette question, je pense que nous devons examiner quelques facteurs clés. En Suisse, selon l’Office fédéral de la statistique en 2019, les femmes gagnaient en moyenne 72 800 francs pour un emploi à 90-100 %, tandis que les hommes rapportaient 86 000 francs à la maison. Cet écart de rémunération entraîne, entre autres, un écart d’investissement. Cela étant dit, nous devons parler davantage d’argent en général. Cela commence par la présence d’un plus grand nombre de modèles qui prennent des décisions financières (au sein des équipes, conseils d’administration, etc.), à la manière dont nous investissons et dont nous parlons des possibilités d’investissement.

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