La guerre au Yémen…les enjeux et les dégâts économiques

29 octobre 2018

Selon Mohamed Ben Salman (MBS) la guerre au Yémen débutée fin mars 2015 ne devait durer que quelques jours. Confiant envers sa coalition et souhaitant démontrer à la face du monde sa capacité à asseoir son leadership sur l’Arabie saoudite, son ambition pour diriger la première économie arabe et faire face à l’extension iranienne au Moyen-Orient.

Les résultats ne sont pas au rendez-vous, la guerre continue jusqu’à aujourd’hui entre la coalition arabe guidée par l’Arabie Saoudite et les rebelles des Houthis soutenus par l’Iran. Les Nations Unies constatent un bilan catastrophique sur le plan humain, le conflit a en effet causé la mort de près de 10’000 personnes, sans parler des quelques 40’000 blessées et des 2,3 millions de personnes déplacées. Des maladies d’un autre âge comme le choléra ont refait leur apparition mettant en péril la survie de près d’un million d’enfants.

A ce titre, plus de 8 millions de personnes au Yémen souffrent de la famine et 18 millions attendent quotidiennement les aides alimentaires étrangères données par les organisations onusiennes.

Sur le plan économique, on enregistre un désastre économique avec une baisse de 30% au niveau du PIB et une régression des exportations de 40% surtout les produits pétroliers en présence d’un embargo sur les ports et les aéroports.

L’échange commercial est paralysé au Yémen à cause de la guerre, ce qui impacte le niveau de vie et augmente le taux d’inflation dans un pays qui importe 80% de ses besoins alimentaires. De plus, le pays connait une destruction massive de ses infrastructures dont les forces impliquées ont bombardés des écoles, des hôpitaux et d’autres services publics.

A ce point, le Yémen est actuellement en bas de classement du développement humain avec une augmentation fulgurante de la pauvreté, la marginalité et la fuite des capitaux. Les forces émiriennes ont mis la main sur le port d’Aden et le détroit de Bab-el-Mandeb en les transformant en bases militaires ce qui limite le circuit commercial et économique dans le pays. De même, la stratégie émiratie d’extension a visé l’île de Socotra bien située au cœur de l’Océan indien afin de contrôler l’axe maritime par lequel transite une part importante du pétrole mondial.

Dans ce contexte, la monnaie du Yémen a beaucoup dévalué; un seul dollar vaut presque 700 Riyals yéménites, ce qui a booster l’inflation et par conséquent, la hausse des prix des produits alimentaires et les médicaments de 50%. De même, l’incapacité de payer les salaires d’un million et demi des fonctionnaires depuis 2 ans à cause de la guerre a démontré un dysfonctionnement global du secteur public.

Plusieurs analystes constatent que le comportement politique agressif de l’Arabie Saoudite et son allié les Emirats Arabes Unis vise des enjeux économiques outre ceux politiques, en détruisant l’économie du Yémen pour faire échouer sa transition démocratique et son projet de développement après le printemps arabe. Les deux alliés dépensent sans cesse énormément d’argent pour la déstabilisation du Yémen, de la Lybie et de l’Egypte afin de contrecarrer toute forme de changement politique, soit par la guerre ou le soutien des dictatures militaires.

 

In fine, le peuple du Yémen paye la facture des conflits régionaux et des jeux de pouvoir entre les pays du golfe et l’Iran. L’économie du Yémen a besoin tout d’abord d’une stabilité politique et la réouverture des points maritimes et aériens suivie d’une restructuration profonde de son infrastructure et le retour des investissements étrangers et, finalement, l’amélioration du niveau de vie et la mise en place d’une stratégie optimale pour exploiter la richesse naturelle de ce pays.

Younes BELFELLAH

Economiste et Universitaire spécialiste du monde arabe

 

Recommandé pour vous