La maîtrise du virus en Europe pourrait l’aider à surperformer les Etats-Unis

9 août 2020

Des mesures de confinement plus strictes pourraient stimuler les performances à court terme.

Par Tomasz Wieladek, International Economist, T. Rowe Price

Les États-Unis se sont toujours remis plus rapidement des récessions que l’Europe, mais cette fois-ci, cela pourrait être différent. Bien que la réponse budgétaire de la Fed à la pandémie du COVID ait été nettement plus importante que celle de la BCE, les mesures de confinement en Europe ont été plus radicales et plus longues. Cela pourrait entraîner une meilleure performance de l’économie européenne par rapport à celle des États-Unis à court terme, ce qui favoriserait un euro plus fort.

Par le passé, les États-Unis ont su se remettre plus rapidement des périodes de récessions notamment parce que les ralentissements précédents avaient été principalement provoqués par des différents économiques à un moment avancé du cycle financier. Les responsables politiques américains ont non seulement adopté des politiques monétaires et fiscales strictes pour atténuer ces récessions, mais ont aussi déployé des mesures visant à remédier directement au problème principal de l’économie. 

En réponse à la crise de l’épargne et des prêts de 1987 et à la crise financière mondiale de 2009, le gouvernement américain a rapidement recapitalisé les institutions financières viables tout en en apportant une solution adéquate aux autres. La flexibilité du marché du travail aux États-Unis a également contribué à réaffecter les travailleurs des secteurs en déclin vers des secteurs en croissance, accélérant encore les reprises passées.

L’Europe a toujours historiquement adopté une approche différente. Si la BCE a réagi aux chocs négatifs de la demande, elle n’a pas été aussi vigoureuse que la Fed, et les mesures budgétaires prises ont été appliquées de manière inégale d’un pays à l’autre. Par ailleurs, la rigidité plus importante du marché du travail en Europe a amené les entreprises à moins embaucher de travailleurs dès le début de la reprise, et les allocations de chômage importantes ont incité les travailleurs à chercher des emplois similaires à leur dernier emploi, ce qui a entraîné un retard dans la reprise économique. Après la crise financière mondiale, des problèmes structurels – tels que la faiblesse du secteur bancaire de la zone euro – sont restés longtemps sans réponse, ce qui a également entravé la reprise.

Cette fois, c’est différent

La crise liée au coronavirus est différente des précédentes récessions du cycle économique. La baisse de production a été provoquée par des réglementations gouvernementales drastiques visant à prévenir la propagation de la maladie, telles que le confinement et la distanciation sociale. A cela c’est ajouté une baisse de la confiance des consommateurs par crainte de tomber malade. La crainte du chômage a également contribué à la baisse de confiance des consommateurs. Bien que les politiques monétaires et fiscales aient été utilisées pour atténuer ces effets sur la confiance, elles seront probablement moins efficaces dans la situation actuelle. 

La manière la plus probable de se remettre du choc économique engendré par le coronavirus est d’arrêter la propagation du virus et de mettre fin aux mesures de confinement. Lorsque les consommateurs seront convaincus qu’ils peuvent revenir à un mode de vie normal, tel qu’avant l’apparition du virus, avec un risque très faible d’attraper la maladie, la demande devrait revenir rapidement et l’économie devrait se redresser également. Le choix du moment est primordial : si les mesures de confinement prennent fin trop tôt, une deuxième vague du virus pourrait être déclenchée, ce qui pourrait ébranler la confiance dans les autorités de santé publique et anéantir la demande des consommateurs pendant une période prolongée. Si le confinement se termine trop tard, l’effondrement d’un grand nombre d’entreprises touchera gravement l’économie. 

Aux États-Unis, les autorités étatiques semblent avoir adopté la première approche. Dans de nombreux États, les mesures de confinement ont pris fin lorsque la croissance des affaires était encore élevée, bien qu’en baisse. Il semble aujourd’hui évident que ce dé-confinement précoce a déclenché une seconde vague d’épidémie aux États-Unis. 

Les pays européens, en revanche, ont adopté une approche beaucoup plus prudente. Les mesures de confinement ont été mises sur pied au niveau national, les masques de protection ont souvent été obligatoires en public et les déplacements entre les pays ont été interdits. Les pays européens ont également attendu plus longtemps pour ne relâcher que progressivement leurs mesures de confinement, en ne le faisant que lorsque la croissance des cas de virus était très faible. Alors que la croissance des cas aux États-Unis a commencé à s’accélérer à nouveau en juin, dans les pays européens, elle reste très faible.

Le prix à payer 

La stratégie européenne de confinement plus agressif et prolongé a certes un prix à payer. Elle frappera plus durement l’économie à court terme, ce qui entraînera probablement une récession plus profonde. Toutefois, le maintien d’une croissance faible a renforcé la crédibilité des gouvernements européens en matière de lutte contre les virus. Cela aidera probablement les consommateurs à retrouver la confiance dans le fait qu’il est sûr de revenir à leurs habitudes de consommation sociale d’avant le coronavirus, même si les mesures de distanciation sociale sont progressivement levées.

Comme le dit l’adage, la confiance des consommateurs est essentielle. Vous ne pouvez pas faire boire un cheval qui n’a pas soif. Les politiques monétaires et fiscales peuvent guider le consommateur, mais seule la confiance le fera consommer à nouveau. L’approche européenne semble dès lors être plus efficace. Si la confiance des consommateurs dans la zone euro a chuté plus rapidement qu’aux États-Unis en mars et avril, elle s’est rétablie plus fortement. Cette tendance devrait être encore plus prononcée en juillet, étant donné la différence majeure de croissance actuelle entre les États-Unis et la zone euro. 

Dans l’ensemble, il y a selon nous une plus grande chance d’un rebond rapide de la confiance des consommateurs en Europe grâce à une meilleure lutte contre le virus. Cela  amènera probablement l’économie européenne à être plus performante que l’économie américaine à court terme. Par ailleurs, la réponse de la politique monétaire et budgétaire européenne a été forte cette fois-ci, ce qui a également soutenu la reprise. En effet, les ventes de détail en Allemagne au mois de mai étaient déjà supérieures à leur niveau de février, avant l’apparition du virus. Tout cela laisse à penser que l’euro continuera probablement à surperformer le dollar américain au cours des deux prochains mois.

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