La méritocratie et le mythe des 2 mondes

31 août 2020

Le mérite est sans aucun doute le grand paradoxe du culte économique de notre temps. L’applicabilité du principe du mérite a toujours été une question litigieuse. C’est la notion de « désert » qui est au cœur du débat, notamment entre les partisans et les critiques de la méritocratie. Le mérite ou la récompense peut dépendre d’un ou de plusieurs des éléments suivants : la contribution, l’effort et la compensation. Chaque élément nécessitant une proportionnalité de récompense et de coût. Deux conditions préalables doivent être réunies pour que le principe du désert ait un sens : l’égalité des chances et l’équité.Suivant ce principe, la méritocratie est-elle également accessible aux jeunes des quartiers défavorisés ? Nous allons ouvrir une piste de réflexion à cette problématique.

Le paradoxe de la méritocratie

La méritocratie, qui implique un système de récompenses (mérite ou démérite), soulève de sérieuses questions de justice. Dans l’idéal, les gens pourraient être récompensés en fonction de leurs efforts ou de leur contribution, mais dans la réalité, il y a toujours des gens dont les récompenses ne sont pas proportionnelles à leurs efforts ou à leurs contributions. De plus, personne ne commence sur un pied d’égalité.

Les jeunes des quartiers défavorisés ne disposent pas des moyens ou n’ont pas le choix de pouvoir contribuer. C’est souvent le cas dans l’univers du travail et du recrutement. En France, le taux de chômage des jeunes dans les zones urbaines dites « sensibles » est deux fois supérieur à la moyenne nationale.

Le paradoxe de la méritocratie réside alors dans l’écart entre sa promesse idéale et sa concrétisation concrète. En d’autres termes, la méritocratie, qui revendique une distribution des ressources basée sur le mérite individuel, n’est pas authentique (c’est un mythe). Les facteurs de mérite et de non-mérite tels que l’héritage, la chance et toutes sortes d’avantages culturels et sociaux sont souvent mélangés dans le mythe. Concrètement, ce qui compte en fin de compte, ce n’est pas seulement le talent et le travail acharné. Ainsi, un employé qui travaille deux fois plus que les autres peut ne jamais voir sa carrière évoluer.

Cela implique qu’une méritocratie juste ou pure relève de l’impossible. Au lieu de cela, en raison de ce mélange de facteurs de mérite et de non-mérite, ce que nous avons est une succession d’événements aléatoires semblable à la loterie. Alors, comment la méritocratie peut-elle être juste lorsque les points de départ de la vie ne sont pas les mêmes pour tout le monde ?

La méritocratie : une promesse utopique ?

D’ores et déjà, on peut soutenir que toute définition du mérite doit favoriser certains groupes de la société tout en handicapant d’autres. Nous avons raison de comprendre alors la médiocratie non seulement comme une promesse non tenue, mais comme une promesse non réalisable. C’est pourquoi l’omniprésence des politiques méritocratiques dans la gestion et le soutien des jeunes des quartiers défavorisés menace de se faire passer pour des principes de justice sociale, de besoin et d’égalité. La médiocratie peut alors constituer un obstacle plutôt qu’une voie vers l’égalité des chances.

Les jeunes des quartiers défavorisés, souvent issus d’une minorité, resteront donc toujours victimes d’inégalités sociales.

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