LA PLUS « GENEVOISE » DE TOUTES LES INSTITUTIONS MONDIALES FETE SES CENT ANS D’EXISTENCE

21 juillet 2019

L’une des plus anciennes et, en un certain sens, la plus « genevoise » des institutions mondiales, fête cette année ses cent ans d’existence. Créée en 1919, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) est aujourd’hui centenaire – une centenaire dont l’importance ne diminue point et dont le rayonnement ne faiblit pas avec les années. Ayant vu le jour dans cette même Genève d’où, d’un côté, a émané la doctrine protestante du travail et dans laquelle, d’un autre côté, est né l’auteur du Contrat social, Jean- Jacques Rousseau, l’OIT, porte, profondément inscrites dans son ADN, des influences spécifiquement et originellement genevoises.

Un lien intime et privilégié avec Genève

L’Organisation Internationale du Travail entretient, effectivement, un lien privilégié avec Genève, centre historique des institutions mondiales. Et pas seulement pour les raisons que nous venons d’évoquer. Son côté « genevois » vient également du fait qu’elle est plus proche  des premiers élans et enthousiasmes ayant entouré, à ses débuts, le projet des Nations Unies que ne le sont les autres organismes onusiens. Rappelons que l’année 1919 qui a vu sa création sous l’égide du Traité de Versailles (dont est issue aussi la Société des Nations) marquait l’apothéose de tous les espoirs de paix et de justice nés de la fin de la Première guerre mondiale. C’était l’époque où Genève, berceau des organisations mondiales, devenait l’incarnation vivante de ces espoirs. Et si la SDN, cette la « première » ONU, devait garantir la paix dans le monde, l’OrganisationInternationale du Travail, elle, se consacrait à la promotion d’une des composantes les plus importantes de la paix – la justice sociale.

Dans les années suivantes, les initiatives de l’organisation furent à la base de conquêtes sociales majeures, aujourd’hui considérées comme fondamentales et irrévocables, comme la durée de la journée de travail de huit heures, le droit des femmes au congé maternité, la protection des travailleurs, le dialogue social autour des problèmes du travail.

Le dialogue social et le tripartisme

Le tripartisme est la formule aussi unique que féconde qui a régi les initiatives et les actions de l’OIT dès sa création cent ans en arrière jusqu’à nos jours. Trois grands acteurs collectifs coopèrent dans la recherche de solutions des problèmes liés au travail – les gouvernements, les employeurs et les syndicats. Les problèmes changaient avec les années et les décennies et de nouveaux défis surgissaient devant l’OIT, mais cette formule gagnante restait inchangée. Des premiers challenges devant l’OIT liés à la gestion des tensions entre le capital et le travail et la très difficile (au début du 20-ème siècle) tâche d’amener à la même table de négociations le patronat et les syndicats ouvriers aux impératifs nouveaux d’assurer la protection contre « le tout numérique » et de promouvoir l’équité et un climat de confiance au travail, les questions se sont toujours résolues par l’accord et les concessions mutuelles de ce partenariat tripartite – gouvernements, employeurs, salariés. Le tripartisme de l’OIT est défini par certains observateurs comme « la grande découverte sociale du 20-ème siècle » (nous citons plus spécialement le Prof. V. Mrachkov).

Mais quels devraient être les acquis sociaux du 21-ème siècle ?

Nous avons déjà mentionné les défis majeurs qui se posent devant l’OIT aujourd’hui et qui vont des risques de précarisation du travail humain à l’ère du numérique à la nécessité d’une équité salariale entre hommes et femmes ainsi que, dans un registre plus social- éthique, à l’amélioration du climat du travail par interdiction du harcèlement sur le lieu professionnel. Certes, un « pont » a été jeté entre les préoccupations dans le monde du travail telles qu’elles se présentent aujourd’hui et celles qui étaient encore hier, avec, notamment, le discours d’Emmanuel Macron devant la « Session du Centenaire » de la Conférence internationale du Travail, discours qui dénonçait « les dérives du capitalisme » et qui exaltait « la lutte contre les inégalités ».

La notion de « justice au travail » recèle aujourd’hui des significations que le 20-ème siècle peinait à lui reconnaître. Quelques décennies en arrière, le problème de l’égalité salariale entre hommes et femmes ne se posait encore que très timidement tandis que tout ce qui relevait de l’éthique du travail dans l’entreprise était tacitement considéré comme accessoire et secondaire. Assurément, les temps ont bien changé si aujourd’hui la lutte contre le harcèlement fait l’objet d’une convention spéciale et solennelle de l’OIT. Ce document postule que la violence et le harcèlement sur le lieu du travail sont désormais couverts par de nouvelles et très strictes normes internationales. Adoptée à la Conférence du Centenaire, la convention sera soumise à ratification aux Etats- membres de l’OIT.

 

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