LE DEEPFAKE : QUELLE RIPOSTE AU TRUQUAGE ?

26 novembre 2019

Par Dessy Damianova

Le deepfake : encore un anglicisme technologique qui semble ne s’adresser qu’à la catégorie privilégiée des technocrates avertis et, bien évidemment, à cette génération de millennials dont la familiarité avec l’univers digital, y compris avec ses néologismes, n’est plus à prouver ! Pour tous les autres, une explication s’impose. Le Deepfake combine une forme contractée de deep learning (désigné ici seulement par deep) et le mot fake. Le néologisme doit donc être rendu en français comme « falsification au moyen de l’apprentissage profond », ce dernier (le deep learning) faisant partie des technologies de l’intelligence artificielle et permettant des manipulations extrêmement subtiles d’images, des truquages d’une vraisemblance totale.

Un mensonge rendu vraisemblable et ludique.

Le procédé est relativement nouveau mais assez fréquemment utilisé pour que des politiciens et des patrons d’entreprise ne commencent déjà à craindre son intrusion dans leurs campagnes et initiatives. Même les simples particuliers deviennent de plus en plus conscients du risque encouru de voir leur réputation entachée par le détournement ou le traitement abusif de leur image. Car le plus souvent, la supercherie consiste à mettre dans la bouche d’une personne, montrée sur la vidéo comme étant en train de parler, des paroles qu’elle n’avait jamais prononcées. Les manipulateurs réussissent à ajuster de manière parfois étonnamment adéquate le mouvement des lèvres du locuteur avec les paroles prétendument articulées par lui.   

Sur le plan économique, le deepfake est un moyen malhonnête de décrédibilisation du concurrent, utilisé le plus souvent par des débutants prêts à tout pour se tailler une place sous le soleil et sur le marché. Ces « prêts à tout », ces challengers qui ne s’arrêtent devant rien pour réussir et pour tordre le cou à la concurrence, on les trouverait même dans les rangs des startups.

Les concurrents malicieux sévissant sur le champ économique et commercial sont pleinement conscients du fait qu’en matière d’économie, quelques mots hâtifs et maladroits peuvent provoquer sinon la déroute totale d’une marque, au moins – mais c’est déjà beaucoup – son boycott par le public, la désaffection des clients, un scandale médiatique et l’imminent résultat de tout cela – une chute vertigineuse des ventes. Les truqueurs gardent sans doute encore en mémoire des cas comme le scandale qui, en 2014, a éclaboussé une célèbre marque pour adolescents et jeunes adultes ; le PDG de celle-ci s’étant permis de tenir des propos discriminatoires impliquant une préférence de son entreprise pour des collaborateurs et des clients au physique avantageux et  « beau», l’entreprise a dû faire face à la dégringolade de ses ventes et à la réprobation générale.

En l’occurrence, les paroles discriminatoires étaient réellement prononcées par le PDG de ladite marque (ce qui avait coûté à ce dirigeant son poste) mais il arrive que, comme on l’a dit, grâce aux nouvelles technologies, des messages haineux ou diffamatoires soient artificiellement mis dans la bouche des responsables de différentes structures économiques, politiques ou sociales. Et le plus inquiétant est qu’avec la mise à disposition à un public de plus en plus large des technologies de l’IA (l’intelligence artificielle), le deepfake peut devenir une pratique courante, voire un jeu, un sport.

Facebook prépare la riposte.

Face au fléau que risque de devenir, sous ses apparences ludiques, le truquage numérique d’images, les géants du Net organisent leur réplique. Le 5 septembre dernier, Facebook a lancé au monde de la recherche informatique, représenté en l’occurrence par Microsoft, le consortium « Partnership on IA », l’Université d’Oxford, le MIT et quelques autres universités, son « Deepfake detection Challenge » – un concours destiné à découvrir et à récompenser le meilleur outil de détection de supercheries numériques. A ce but Facebook a créé ses propres deepfakes qu’il s’agit d’analyser pour en identifier la fraude avant de révéler devant le « jury » le moyen technologique ayant permis d’aboutir à cette identification. Au jeu malicieux des truqueurs, l’entreprise de Zuckerburg réplique donc par un « Trouve les différences », version « IA » très avancée !

Facebook apporte aussi une précision très rassurante : les données qu’il utilisera pour la réalisation de ses « propres » deepfakes ne seront pas puisées dans les comptes des membres du réseau. Précision importante qu’on accueille avec soulagement ! 

 

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