Le nucléaire : nouveau terrain de la puissance chinoise

22 octobre 2020

Le dragon chinois semble être dans tous les domaines. Discrètement, la Chine fait des pas de géant dans l’industrie de l’atome. Un proverbe chinois ne dit-il pas : « Ne craignez pas d’être lents, craignez seulement d’être à l’arrêt ». Le nouveau réacteur chinois dénommé « Hualong » (Dragon en mandarin), dévoilé ces derniers jours, est le signe d’un nucléaire chinois qui est en marche et qui ne compte pas s’arrêter. Quels sont les enjeux de ce programme dont la réussite toise les anciennes puissances.

Les ambitions et le succès du programme nucléaire chinois

En chine, l’énergie nucléaire est au cœur de la transition énergétique en faveur des énergies propres afin de réduire la consommation d’énergie fossile. L’ambition sur les dix prochaines années est aussi  de renverser la tendance actuelle largement dominée par le charbon qui représente 60% de la grosse production nationale d’environ 7000 TWh (1TWh= 1 milliard de kWh). Pour le moment, l’énergie nucléaire ne représente que 5% de cette production. Mais le géant chinois compte doubler cette production dans les toutes prochaines années, car elle a le potentiel et un programme bien ambitieux. La chine veut en effet d’ici l’année 2035, amener la part du nucléaire à 10% de la production d’énergie électrique. En plus de ses 47 réacteurs déjà fonctionnels, une dizaine d’autres sont en construction. La construction d’une centaine de nouveaux réacteurs devra aussi être lancée les 15 prochaines années soit 6 à 8 réacteurs par an.

Le programme chinois connaît donc une réelle réussite ces deux dernières années et éveille l’attention. Pour preuves, 3 nouveaux réacteurs ont été mis en service en 2019. L’exploitation de 5 réacteurs de troisième génération ont été aussi lancés sans incident, ce qui a conforté la décision de construction de 6 nouveaux réacteurs, dont deux du modèle Hualong. Quant à cette année 2020, même si elle est une année de planification pour le terme 2035, elle a connu le lancement du premier Hualong tandis que le second est en chantier. L’année 2020 est celle aussi des avancées technologiques nucléaires comme :

  • Le combustible MOX pour des réacteurs à neutrons rapides (RNR) de quatrième génération
  • Le développement du réacteur rapide au sodium CFR600
  • Le lancement de la construction du premier laboratoire souterrain en vue du stockage des déchets nucléaires
  • La construction de nouveaux petits réacteurs SMR « Small Modular Reactor» pour le chauffage urbain

Des pas rassurants sur le marché international

À l’international, la chine est le troisième producteur mondial d’électricité de provenance nucléaire après la France et les États-Unis. Mais le géant chinois compte bousculer les rangs. En effet, le projet  consiste à positionner la Chine comme la prochaine première puissance nucléaire d’ici 2035.  Le réacteur Hualong dit de troisième génération avec le CAP1400 est par exemple un concurrent de l’EPR français. Mais entre la Chine et les autres puissances nucléaires, il ne s’agit pas que de concurrence. Le pays entretient de bons liens de coopération avec les États-Unis, la Russie, la Chine et le Canada. Comme de coutume chez  les chinois, le but est de s’inspirer des modèles occidentaux tout en faisant mieux grâce à leur génie. C’est le cœur de leur stratégie.

Avec la France par exemple, les liens chinois sont étroits depuis déjà 35 ans. En témoigne la visite en Chine du président Macron, en novembre 2019, où un accord a été signé avec l’homologue chinois pour l’usine de traitement-recyclage d’une valeur de 20 milliards d’euros. De tels partenariats permettent aux Chinois d’apprendre des devanciers occidentaux. La conséquence est que  le nouveau réacteur Hualong est une version hybride de l’américain AP1000 et du français EPR. Sur le marché aussi, la chine conquiert des parts de plus en plus  croissantes comme  le prouvent les récents contrats signés avec des pays tels que le Pakistan et la Grande-Bretagne.  

Les enjeux géopolitiques du nucléaire chinois

Souvent indexée par les défenseurs de l’environnement, la Chine prévoit prendre le devant de la transition énergétique. Les pressions internationales y ont peut-être décidé le géant de l’Asie. Mais il en faut généralement plus pour bousculer les Chinois. Ce sont les besoins internes qui ont été les véritables moteurs de cette aspiration. En réalité, la demande interne d’énergie industrielle et résidentielle croît sans cesse. De même, l’énergie fossile très polluante n’honore plus le pays dont les grandes villes sont constamment sous un nuage de pollution. Toutefois, les besoins de consommation énergétiques sont souvent le bon prétexte pour la course à l’arme nucléaire. La chine ne fait pas l’exception. Tout ce développement nucléaire ne peut pas exclure l’enrichissement aux fins militaires.

Au début de ce mois de septembre, c’est le rival américain qui a mis à la puce à l’oreille. Les informations révélées font suite au refus chinois de négociations sur l’accord « Start » qui expire en février 2021. La chine semble vouloir gagner du temps. Puisque  le document publié par le Pentagone révèle que Pékin est en train de vouloir égaler voire surpasser la puissance américaine. Elle projette d’ici une décennie d’agrandir son arsenal nucléaire en missiles balistiques armés de têtes nucléaires depuis la terre, la mer et les airs. Il ne s’agira pas d’une modernisation, mais d’un agrandissement en double de la capacité chinoise. Elle pourrait atteindre près de 600 ogives selon les analyses. Ce qui inquiète surtout Washington est que Pékin pourrait placer des missiles au Pakistan, aux Seychelles, en Angola, en Indonésie ou encore au Sri Lanka. Ce déploiement entraînerait le bouleversement de l’ordre international actuel.

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